Au Burundi, les biens des opposants en exil saisis par l’État

InternationalTrente-deux personnes – opposants, journalistes et militaires – sont visées. Toutes sont assimilées à des putschistes.

La justice burundaise a ordonné la saisie des biens, notamment immobiliers, d’une trentaine d’opposants en exil et de neuf militaires condamnés à la perpétuité pour leur participation à un coup d’État raté en mai 2015 contre le président Pierre Nkurunziza. C’est ce qu’indique une déclaration consultée jeudi par l’AFP.

Le président de la Cour suprême et le procureur général de la République, dans une déclaration conjointe signée mardi, ont demandé la saisie des « biens meubles et immeubles » de 32 personnalités en exil et qu’ils « soient exploités par l’État« .

Ces 32 personnes sont des leaders de partis d’opposition et des figures de la société civile qui ont mené, en avril et mai 2015, la contestation contre la volonté de Pierre Nkurunziza de se présenter à un troisième mandat, pourtant expressément interdit par l’Accord de paix d’Arusha, qui avait mis fin à la guerre civile (1993-2005), qui avait fait quelque 300 000 morts. Il s’agissait de manifestations de rue, pacifiques, mais cruellement réprimées.

Et des journalistes indépendants en exil

On trouve aussi, parmi ces 32 personnes, des journalistes de médias burundais indépendants, vivant aussi en exil depuis la destruction de leurs locaux par des forces au service du président Nkurunziza, en 2015.

Ces 32 personnes sont accusées de complicité dans la tentative de coup d’État des 13 et 14 mai 2015, au plus fort de la contestation contre M. Nkurunziza. Elles font l’objet de mandats d’arrêt internationaux.

La même déclaration demande aussi la saisie des « immeubles » appartenant à neuf officiers supérieurs, condamnés à la prison à perpétuité pour avoir pris part au coup d’État, et à ce qu’ils soient également « versés dans le patrimoine de l’État« .

Persécution des opposants

« Pierre Nkurunziza et ses sbires continuent la persécution des opposants au troisième mandat en saisissant leurs biens« , a réagi sur Twitter Vital Nshimirimana, l’une des personnes visées par la mesure. Il dénonce une décision qui « ridiculise encore une fois la justice burundaise ».

Les violences et la répression qui ont accompagné la crise auraient fait au moins 1 200 morts et ont déplacé plus de 400 000 personnes entre avril 2015 et mai 2017, d’après les estimations de la Cour pénale internationale, qui a ouvert une enquête. (Avec AFP)