Arabie Saoudite : cinq condamnations à mort pour le meurtre de Jamal Khashoggi

Cinq Saoudiens poursuivis pour le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi ont été condamnés à mort par un tribunal de Ryad qui a disculpé deux des principaux suspects, un conseiller royal et un chef du renseignement.

Cinq condamnations à mort ont été prononcées, lundi 23 décembre , pour le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, assassiné en octobre 2018 au consulat saoudien d’Istanbul, selon le procureur du royaume. Pour l’ONG Reporters sans frontières, « la justice a été bafouée ».

Selon Chalaan al Chalaan, procureur d’Arabie saoudite, cinq personnes ont été condamnées à mort, lundi 23 décembre, dans le procès des meurtriers du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, assassiné en octobre 2018 au consulat du royaume à Istanbul, en Turquie.

« Le tribunal a condamné à mort cinq hommes qui ont directement participé à l’assassinat », a indiqué le procureur, qui ajoute que deux des principaux suspects ont été disculpés.

Aucune accusation n’a été retenue contre Saoud al-Qahtani, un proche conseiller du prince héritier, a ajouté le procureur, indiquant que l’ancien numéro deux du renseignement, le général Ahmed al-Assiri, a été acquitté.

Le général Assiri était soupçonné d’avoir supervisé l’assassinat du chroniqueur du Washington Post et d’avoir été conseillé par Saoud al-Qahtani, confident du prince héritier.

Saoud al-Qahtani a été interrogé mais n’a pas été inculpé « faute de preuves » et le général Assiri a été inculpé mais acquitté pour les mêmes raisons, selon le communiqué du procureur général.

Au total, onze suspects étaient poursuivis dans le cadre d’une procédure tenue secrète. Sur ces onze personnes, cinq ont été condamnées à mort, trois à des peines de prison totalisant 24 ans, et les autres ont été acquittées.

« chef de file » -Maher Mutreb, un agent de renseignement qui voyageait fréquemment avec le prince héritier lors de ses déplacements à l’étranger, l’expert médico-légal Salah al-Tubaigy et Fahad al-Balawi, un membre de la garde royale saoudienne, faisaient partie des personnes inculpées dans l’affaire, ont indiqué des sources proches du dossier à l’AFP.

Il n’est pas clair s’ils faisaient partie ou non des condamnés à mort.

Ces sources ont indiqué que beaucoup de ces accusés se sont défendus devant le tribunal en affirmant qu’ils exécutaient les ordres d’Assiri, le décrivant comme le « chef de file » de l’opération.

Sur les 11 personnes qui ont été inculpées dans cette affaire, cinq ont été condamnées à mort, trois à des peines de prison totalisant 24 ans, et les autres ont été acquittées. Les condamnés peuvent interjeter appel, selon le texte du communiqué.

Le tribunal de Ryad chargé de l’affaire a tenu au total neuf audiences en présence de représentants de la communauté internationale ainsi que de proches de Jamal Khashoggi selon le communiqué.

Pour l’ONG Reporters sans frontières, « la justice a été bafouée ».

Le procès n’a pas respecté « les principes internationalement reconnus de la justice » et cette condamnation pourrait être « un moyen de faire taire à jamais des témoins de l’assassinat », selon Christophe Deloire, secrétaire général de l’ONG.

« On peut s’interroger sur le caractère discrétionnaire de ces décisions », a-t-il poursuivi. « On espère bien que l’Arabie saoudite va se rattraper avec un procès en appel public, et des preuves. Ce n’est pas en rendant la justice de cette manière que le royaume va reconstruire son image ».

Le meurtre « n’a pas été prémédité »

Critique du régime saoudien après en avoir été proche, le journaliste a été étranglé et son corps découpé en morceaux par une équipe de 15 hommes venus de Ryad dans le consulat du royaume à Istanbul, selon les responsables turcs. Ses restes n’ont jamais été retrouvés.

Après de multiples déclarations contradictoires, les autorités saoudiennes ont reconnu que Jamal Khashoggi, qui s’était exilé aux États-Unis, avait été tué et démembré le 2 octobre 2018 par des agents saoudiens ayant agi, selon elles, de leur propre initiative.

Selon le communiqué du procureur général d’Arabie saoudite, le tribunal de Riyad chargé de l’affaire a tenu au total neuf audiences en présence de représentants de la communauté internationale ainsi que de proches de Jamal Khashoggi. « Nous avons conclu que le meurtre de Khashoggi n’a pas été prémédité », indique le communiqué.

En juin, une commission d’enquête de l’ONU annonçait détenir des preuves de l’implication personnelle du prince héritier, que la CIA et plusieurs pays occidentaux considèrent comme le commanditaire du meurtre.

Le prince a admis fin septembre porter la responsabilité du meurtre, mais sans reconnaître en avoir donné l’ordre. « C’est arrivé sous ma direction. J’assume toute la responsabilité, parce que c’est arrivé sous ma direction », a-t-il déclaré dans un documentaire diffusé à l’occasion du premier anniversaire de la mort du journaliste saoudien.

Avec agences