Après l’annonce de la Russie, l’optimisme prudent de l’Otan : « Nous n’avons pas encore constaté de signes de désescalade »

La Russie a envoyé des signaux de sa volonté de dialoguer, mais « aucun signe de désescalade » sur le terrain n’a pour le moment été constaté par l’Otan avec le maintien des armements aux frontières de l’Ukraine, a déclaré mardi le secrétaire général de l’Alliance atlantique Jens Stoltenberg.

« Il y a des signaux de la part de Moscou pour une poursuite de la diplomatie. Cela incite à un optimisme prudent (…) mais le déplacement de troupes par la Russie ne permet pas un apaisement des tensions si les équipements lourds restent sur place, car elles peuvent revenir rapidement », a-t-il précisé au cours d’une conférence de presse à Bruxelles à la veille d’une réunion des ministres de la Défense des Etats membres de l’Otan.

« Nous voulons voir un retrait des équipements », a insisté Jens Stoltenberg. « Les capacités restées sur place permettent une invasion quasi immédiate », a-t-il averti. « Il est trop tôt pour dire que la situation se décante sur le terrain », a-t-il affirmé.

Les ministres des l’Alliance rencontreront jeudi leurs homologues ukrainien et géorgien, dont les pays sont candidats à l’adhésion à l’Otan, au début de la deuxième journée de leur réunion.

Ils discuteront mercredi du renforcement de la présence militaire en Roumanie, sur le flanc sud-est de l’Alliance, avec un groupement tactique dirigé par la France.

« Les Américains ont envoyé des renforts en Roumanie et 2.000 soldats de l’Otan avec des contingents allemands et italiens sont déjà déployés dans ce pays avant même la mise en place du groupement tactique », a précisé Jens Stoltenberg.

« Nous verrons si nous devrons ajuster notre posture de défense. Il est trop tôt pour des conjectures, car, à ce stade, nous n’avons pas vu de désescalade de la part de la Russie », a-t-il poursuivi.

« Nous attendons une réponse à nos propositions. Nous ne l’avons pas encore reçue, mais nous avons l’espoir de la recevoir bientôt », a annoncé M. Stoltenberg.

Mais Moscou « n’a pas répondu » à l’invitation en vue d’organiser une nouvelle réunion du Conseil Otan-Russie, a-t-il déploré.

Jens Stoltenberg a averti qu’une reconnaissance de l’indépendance des territoires séparatistes prorusses dans l’est de l’Ukraine serait « une violation flagrante de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de ce pays, car Donetsk et Lougansk font partie de l’Ukraine dans ses frontières internationalement reconnues ».

Les députés russes ont voté mardi un appel au président Vladimir Poutine à ce que la Russie reconnaisse l’indépendance de ces deux républiques autoproclamées dont les forces combattent l’armée ukrainienne avec le soutien de Moscou depuis huit ans.

Une telle reconnaissance « compliquerait la possibilité de trouver une solution politique et minerait les efforts déployés en ce sens », a souligné le secrétaire général de l’Otan.

« Le fait d’avoir exposé publiquement les agissements de la Russie visait à dissuader Moscou de fomenter des émeutes ou d’envahir l’Ukraine », a-t-il expliqué.

Les renseignements « toujours pas encourageants », selon Boris Johnson

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a estimé mardi que les renseignements concernant la présence russe aux frontières ukrainiennes n’étaient « toujours pas encourageants » malgré l’annonce d’un retrait de certaines troupes et une « ouverture » au « dialogue » de la part de Moscou.

« La Russie se montre ouverte au dialogue, mais d’un autre côté les renseignements que nous voyons aujourd’hui ne sont toujours pas encourageants », a déclaré le dirigeant à l’issue d’une réunion interministérielle de crise sur l’Ukraine.

Il a évoqué « des hôpitaux de campagne russes construits près de la frontière ukrainienne au Bélarus » et « davantage de groupes tactiques de bataillons se rapprochant de la frontière ».

« Les signaux sont mitigés pour l’instant, ce qui nous donne d’autant plus raison de nous montrer très fermes et très unis en particulier concernant les sanctions économiques » qui seraient mises en place en cas d’intervention russe, ciblant notamment l’accès des entreprises russes aux marchés financiers à Londres, a-t-il poursuivi.

Les Occidentaux craignent que les plus de 100.000 soldats russes massés aux frontières de l’Ukraine ne préparent une invasion.

La Russie, qui a déjà annexé la Crimée en 2014 et soutient des séparatistes prorusses dans un conflit dans l’Est de l’Ukraine depuis huit ans, a constamment nié toute intention belliqueuse.

Elle s’estime à l’inverse menacée par l’expansion de l’Otan en Europe de l’Est et réclame des « garanties de sécurité », notamment l’assurance que l’Ukraine n’adhérera jamais à l’Alliance et que celle-ci retire ses infrastructures militaires d’Europe de l’Est.

Boris Johnson a réclamé « un programme de désescalade » de la part de la Russie comprenant la retrait de troupes et « le sentiment que la menace est terminée ».

« Nous pensons qu’il y a une voie pour la diplomatie », a-t-il estimé.