Anthony Blinken se rend à Kiev pour apporter son soutien face à la Russie

Premier haut responsable américain à visiter l’Ukraine depuis l’investiture de Joe Biden, il s’entretiendra jeudi avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky et d’autres hauts responsables ainsi que des militants pro-réformes et anti-corruption.

M. Blinken va « réaffirmer le soutien américain indéfectible à la souveraineté et l’intégrité territoriale ukrainiennes face à l’agression de la Russie », avait souligné vendredi son conseiller pour l’Europe, Philip Reeker.

Pour les experts, comme l’ex-ambassadeur ukrainien Kostiantyn Ielyseïev, fondateur du centre d’analyse New Solutions Center, ce déplacement est « un très bon signal de soutien à l’Ukraine ».

Cette visite intervient moins de deux semaines après une nouvelle escalade dans les tensions qui opposent la Russie et l’Ukraine depuis l’arrivée au pouvoir de pro-occidentaux à Kiev et l’annexion de la Crimée par Moscou en 2014.

Pendant des semaines en avril, la Russie a déployé des dizaines de milliers de soldats aux frontières de l’Ukraine, officiellement pour des « exercices militaires » qui ont fait craindre au pays et aux Occidentaux une possible invasion.

Ce déploiement militaire massif s’était accompagné d’un regain de violences dans l’Est de l’Ukraine, où Kiev affronte depuis 2014 des séparatistes prorusses soutenus par Moscou.

Après des joutes verbales et des menaces, Moscou a finalement annoncé le 23 avril le retrait de ses troupes, source de soulagement même si l’Ukraine, les Etats-Unis et l’Otan, que Kiev ambitionne de rejoindre, ont dit rester « vigilants ».

Des experts ukrainiens ont ainsi affirmé que Moscou a laissé des armements sur place, y voyant un parallèle avec les événements qui avaient précédé la courte guerre opposant la Russie et la Géorgie à l’été 2008.

La Russie a de son côté répété « ne menacer personne » et avoir le droit mener des manoeuvres sur son territoire comme elle l’entendait.

Mise en garde sur la corruption

Dans ce contexte, les autorités ukrainiennes attendent de Washington la confirmation du feu vert pour recevoir des livraisons d’armes létales, selon M. Ielyseïev.

Washington doit fournir à Kiev une aide de plus de 400 millions de dollars rien que cette année, un dossier très important pour l’Ukraine dans le contexte de sa guerre contre les séparatistes prorusses dans l’Est.

Le voyage de M. Blinken intervient aussi au moment où le président Biden a accru la pression sur la Russie avec de nouvelles sanctions et des expulsions de diplomates. Il a également lancé l’idée d’un sommet avec son homologue Vladimir Poutine.

Au delà des tensions internationales, le chef de la diplomatie américaine va également exiger de Kiev des progrès tangibles dans la lutte anti-corruption et les réformes destinées à moderniser cette ex-république soviétique.

Une récente décision ukrainienne a crispé tant Washington que Bruxelles: le limogeage fin avril du patron du géant énergétique Naftogaz, Andriï Koboliev, réputé réformateur, et du conseil d’observation de cette société.

Washington avait dénoncé une « décision calculée » témoignant d’un « mépris des pratiques de gouvernance équitable et transparente » et qui met en péril « un progrès économique durement acquis » en Ukraine.

La transformation de Naftogaz, autrefois symbole d’une corruption endémique, en une société transparente et contributrice essentielle au budget de l’Etat était jusque là considérée comme « l’une des rares réformes réussies ces dernières années », selon l’influent site spécialisé Evropeïska Pravda.

Sur une note plus personnelle, l’Ukraine doit aussi remettre à Antony Blinken des documents historiques sur son arrière-grand-père, qui quitta Kiev pour les Etats-Unis au début du siècle dernier pour fuir des pogroms anti-juifs.