Allemagne : un ex-officier néo-nazi qui se faisait passer pour un réfugié syrien condamné pour avoir planifié un attentat

Après plus d’un an de débat, Franco Albrecht, 33 ans, a été reconnu « coupable de planification d’un acte de violence grave menaçant la sûreté de l’État », a déclaré le juge Christoph Koller, président du tribunal de Francfort.

Ce militaire portant le grade de lieutenant, stationné dans la base franco-allemande d’Illkirch près de Strasbourg en France, était accusé notamment de préparation d’un attentat inspiré par une idéologie d’extrême-droite, qu’il développait « depuis plusieurs années », selon le tribunal, et de détention illégale d’armes.

Le Parquet avait réclamé six ans et trois mois de détention contre cet homme qu’il a présenté comme « un terroriste d’extrême droite ».

Le trentenaire père de trois enfants, cheveux retenus par un catogan et barbe fournie, menait une double vie en se faisant également passer pour un réfugié syrien avant d’être interpellé en avril 2017.

Il avait même réussi, sans parler arabe et en assurant s’appeler David Benjamin, à obtenir un permis de séjour en tant que demandeur d’asile et touchait les allocations dont bénéficient les réfugiés. Il avait fait croire aux services d’immigration qu’il était originaire de Damas et était simple vendeur de fruits.

Cette affaire avait secoué l’armée, accusée de sous-estimer l’idéologie d’extrême droite dans ses rangs, et les services d’immigration mis à rude épreuve par l’afflux de réfugiés arrivés en Allemagne en 2015-16.

« Décomposition »

L’ancien soldat est accusé d’avoir ciblé pour ses funestes desseins l’ancien ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas, alors ministre de la Justice, l’ancienne vice-présidente du Bundestag, Claudia Roth ou encore une militante juive des droits humains. Il les considérait comme responsables de la « décomposition de la nation allemande », selon le tribunal.

Durant le procès, Franco Albrecht s’était dit « désolé » d’avoir dupé le système d’immigration. Mais il avait nié la préparation d’attentats et celle d’appartenance à l’extrême droite.

Un contrôle policier durant le procès a mis à mal sa défense : l’accusé transportait dans ses affaires des décorations militaires nazies et des épingles décorées de croix gammées.

Cette découverte lui a valu d’être incarcéré en février alors qu’il comparaissait libre jusque là.

« Il voulait commettre une attaque ayant un impact politique majeur », a affirmé la procureure Karin Weingast.

La révélation de cette affaire avait fait grand bruit en Allemagne qui a longtemps négligé la menace d’attentats perpétrés par la mouvance néo-nazie, les services de renseignement intérieur se concentrant plutôt sur la menace islamiste.

Après l’arrivée de centaines de milliers de demandeurs d’asile en 2015 et 2016, le scandale avait mis en lumière la gestion erratique de l’accueil des réfugiés malgré les assurances répétées des autorités allemandes affirmant contrôler strictement les procédures de demandes d’asile.

« On ne m’a demandé ni de parler l’arabe, ni de détailler mon récit », a raconté l’accusé à la barre.

Pour se faire sa « propre idée » et tester le système, selon lui, il s’était présenté à l’hiver 2015, au plus fort de l’afflux de réfugiés syriens en Allemagne, à un centre d’accueil de migrants près de Francfort, sous le nom David Benjamin.

Pistolet

« Je me suis habillé comme j’imaginais quelqu’un qui venait de faire des milliers de kilomètres pour venir en Allemagne », avait-il détaillé devant la Cour.

L’arrestation de Franco Albrecht est survenue alors qu’il tentait de récupérer un pistolet qu’il avait caché dans des toilettes de l’aéroport de Vienne, en Autriche.

Ses empreintes ont alors révélé leur similitude avec celles du réfugié syrien David Benjamin.

Après son interpellation, l’armée allemande s’était vu accuser de ne pas suffisamment lutter contre les idées d’extrême droite en son sein. Des messages xénophobes avaient été retrouvés sur son téléphone portable, ainsi qu’un travail universitaire qu’il avait rédigé, truffé de propos nationalistes ou extrémistes.

L’affaire avait conduit la ministre de la Défense d’alors, Ursula von der Leyen, aujourd’hui présidente de la Commission européenne, à durcir le ton à l’égard de l’armée allemande. Ce qui lui avait valu en retour des critiques dans les rangs des militaires.