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Aéronautique : Les compagnies aériennes jugent inaccessibles les objectifs de l’UE pour 2035

Les compagnies aériennes estiment que les objectifs de l’UE pour le carburant vert, selon l’Union européenne, sont « hors d’atteinte » pour 2035. Willie Walsh, le directeur général de l’Iata, a déclaré que « nous sommes très en retard » concernant la production de carburants d’aviation durable (SAF).


Il y a un doute presque certain : les entreprises aériennes considèrent que les objectifs de l’UE concernant le carburant vert sont « hors d’atteinte ». En effet, la principale association mondiale des compagnies aériennes a déclaré ce jeudi qu’il est impossible d’atteindre les objectifs d’incorporation de carburants d’origine non fossile dans les réservoirs des avions de ligne, tels que définis par l’Union européenne pour 2035.

### Très en retard

« Nous ne voyons pas de progrès dans la production de SAF », acronyme pour « sustainable aviation fuels » (carburants d’aviation durable), a affirmé Willie Walsh, directeur général de l’Iata, lors d’un rassemblement de transporteurs aériens à Paris. « Nous sommes très en retard […] j’ai toujours pensé que l’ambition européenne était hors d’atteinte », a-t-il déclaré, interrogé spécifiquement sur l’objectif de 2035, qui prévoit que la proportion de SAF atteigne 20 % contre 2 % aujourd’hui, selon le règlement RefuelEU adopté en 2023.

L’Iata avait déjà exprimé des doutes quant à ces mandats d’incorporation européens – une première étape de 6 % est prévue pour 2030 – mais sans affirmer que ceux-ci étaient impossibles à respecter. En décembre, Willie Walsh avait averti que si la production de SAF n’augmentait pas, « de nombreuses compagnies aériennes allaient réexaminer leurs objectifs » d’utilisation de ces produits. Ces carburants, dérivés de la biomasse ou d’huiles usagées, restent encore rares et considérablement plus coûteux que le kérosène classique, en raison de l’absence d’une filière structurée.

Le mois précédent, l’Iata avait évalué que la production mondiale de SAF atteindrait 1,9 million de tonnes en 2025, soit presque le double du million de tonnes prévu pour 2024, tout en précisant que le rythme de croissance ralentirait pour atteindre 2,4 millions de tonnes en 2026. Cela représenterait seulement 0,8 % du carburant d’aviation en 2026, contre 0,6 % l’année dernière.

Willie Walsh a également souligné que les objectifs d’incorporation seraient d’autant plus difficiles à réaliser en 2035, car RefuelEU stipule qu’un quart des SAF, soit 5 % du total des carburants, devront être synthétiques, produits à partir d’hydrogène « vert » et de CO2. Ce processus complexe doit encore prouver son efficacité à grande échelle et produit actuellement un carburant 12 fois plus coûteux que le kérosène, contre trois à quatre fois plus pour les SAF issus de biomasse.

Comme en décembre, M. Walsh a assuré que son appréciation de la situation à moyen terme ne signifiait pas que les compagnies aériennes renonçaient à leurs objectifs de « zéro émission nette » d’ici 2050. « Les compagnies restent engagées vis-à-vis de l’objectif à long terme », a-t-il affirmé.