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Accident de trains en Espagne : Enquête sur la collision étrange

Dimanche soir vers 19h45, la collision de deux trains à grande vitesse dans le sud de l’Espagne a fait au moins 39 morts et 122 blessés. Un train transportant 317 passagers a déraillé au niveau d’Adamuz, dans la région de Cordoue, et a percuté un train circulant en sens inverse.


L’émotion est à la hauteur de la gravité du choc. Dimanche soir, aux alentours de 19h45, la collision de deux trains à grande vitesse dans le sud de l’Espagne a provoqué la mort d’au moins 39 personnes et blessé 122 autres. Selon les premières informations de l’enquête, un premier train transportant 317 passagers a déraillé près d’Adamuz, dans la région de Cordoue. Les derniers wagons ont quitté les rails, se retrouvant sur la voie opposée au moment où un train arrivait en sens inverse. Les wagons du premier train ont alors violemment heurté le second. Les images de la catastrophe, diffusées par la Guardia Civil, illustrent la violence du choc : certains wagons sont complètement déchiquetés et lacérés, tandis que d’autres se trouvent en travers des voies.

L’enquête n’en étant qu’à ses débuts, le ministre des Transports espagnol, Oscar Puente, a exprimé son incompréhension face à un tel accident, le qualifiant même « d’extrêmement étrange ». Le déraillement s’est produit sur une ligne droite, sur une voie entièrement rénovée – 700 millions d’euros ont été investis et les travaux se sont achevés en mai – et le train n’avait que 4 ans. « C’est très difficile d’expliquer ce qui s’est passé », a-t-il déclaré. Une commission d’enquête indépendante sur les accidents ferroviaires a été chargée d’examiner la situation.

Les bandes Atess sont au cœur des investigations. « Ce sont des enquêtes complexes et nécessairement longues », souligne Jean-Damien Poncet, directeur du BEA Transport-Terrestre, l’équivalent français de cette commission. Contrairement à l’enquête pénale, la mission ici n’est pas d’identifier des responsables, mais d’établir la vérité sur les faits et de formuler des recommandations pour l’avenir. Pour cela, les enquêteurs spécialisés utilisent différents enregistrements, en commençant par les bandes Atess, que l’on pourrait assimiler aux boîtes noires d’un avion. « Elles sont toutefois nettement moins complètes », précise l’expert. Elles documentent toutes les actions effectuées par le conducteur et les interactions entre le train et le sol : la courbe de vitesse, les différentes actions de conduite, le freinage… « Dans les trains les plus modernes, il est parfois possible de connaître la température des têtes d’essieux ou la pression sur le système de freinage. Cela devient de plus en plus précis, mais ce ne sera jamais exhaustif », note Jean-Damien Poncet.

Ces dernières années, plusieurs accidents graves ont été liés à une vitesse excessive, le plus notable étant celui qui a causé la mort de 79 personnes à Saint-Jacques-de-Compostelle, en Galice, en 2013. Cependant, cela ne semble pas être le cas ici. « L’accident s’est produit sur une ligne droite, une section limitée à 250 km/h. Un train circulait à 205 km/h et l’autre à 210 km/h, il n’y avait donc pas d’excès de vitesse », a précisé Alavaro Fernandez Heredia, directeur de la Renfe, l’équivalent espagnol de la SNCF. En outre, la zone est équipée d’un système de sécurité qui active automatiquement un freinage d’urgence si la vitesse est excessive.

En plus des données des bandes Atess, les enquêteurs examinent également les enregistrements des communications radio du conducteur et analysent la voie : y a-t-il eu une faiblesse dans un rail, un obstacle ? Dans certains pays, les trains sont dotés de caméras frontales (filmant les voies). « En France, il y a des expérimentations sur les trains de passagers, mais c’est encore très rare et cela pose de nombreux problèmes législatifs », indique le chef du BEA Transport terrestre.

Selon le gouvernement espagnol, les voies ont été récemment mises en service, mais seul un examen approfondi de la zone du déraillement pourra confirmer cette hypothèse de travail. Le choc avec un arbre, un animal ou un obstacle sur la voie peut entraîner un déraillement. En 2023, aux Pays-Bas, un train de voyageurs a percuté une grue, faisant dérailler quatre wagons. Bien que la piste d’un sabotage n’ait pas été évoquée par les autorités, elle fera l’objet d’une enquête approfondie.

L’enquête du bureau d’études se déroule parallèlement aux investigations judiciaires. Bien que les mêmes enregistrements soient analysés, l’enquête pénale cherche à mettre en lumière d’éventuelles fautes ou responsabilités. Le rôle du conducteur sera particulièrement examiné : était-il expérimenté ? Avait-il consommé de l’alcool ou des substances ? De même, si des manquements ou un sabotage sont détectés sur les infrastructures, il faudra établir la chaîne de responsabilité.