À peine assis, les députés français doivent s’initier à l’art du compromis: « Ça s’appelle la démocratie »

Situé sur le quai d’Orsay au bord de la Seine à Paris, le majestueux palais Bourbon qui abrite l’Assemblée nationale est en partie recouvert d’échafaudages et d’une immense bâche sur laquelle il est écrit : « Pendant les travaux, la séance continue. » Au programme de ce mardi dès 15 h : la séance publique inaugurale de l’Assemblée et l’élection de son président.

Prenant l’air dans les jardins en fleurs du palais Bourbon, plusieurs nouveaux députés attendent bien sagement. « J’ai été élue à ma première élection, explique Cyrielle Chatelain, députée Europe Écologie-Les Verts (EELV) de l’Isère. Je pense que la Nupes, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale, a permis de porter énormément d’espoir et aujourd’hui, je m’attends à beaucoup travailler pendant 5 ans. Nous sommes là pour porter les projets que nous avons défendus pendant la campagne. Ceux qui permettent de répondre à une double crise : climatique et sociale. »

Rentrée des classes

À l’ombre des arbres, Marina Ferrari et Delphine Lingemann, deux nouvelles députées du Modem et donc de la coalition présidentielle Ensemble, évoquent leur souhait de rester en connexion avec leur territoire, ainsi que leurs premiers sentiments. « En arrivant ici, on mesure le poids de la fonction, souligne Marina Ferrari, élue de Savoie. J’ai l’impression d’être comme une petite fille à la rentrée des classes, comme quand je suis entrée pour la première fois au conseil départemental de Savoie. »

« C’est tout à fait ça : une rentrée des classes, enchaîne Delphine Lingemann, élue du Puy-de-Dôme, qui montre sa sacoche de député. Nous avons reçu le règlement de l’Assemblée, une écharpe pour les cérémonies officielles, une cocarde pour la voiture, un pin’s… Nous sommes aussi accompagnées par des déontologues de l’Assemblée qui nous disent ce que nous avons le droit de faire, et de ne pas faire. »

Delphine Lingemann a d’ailleurs dû fermer sa société de conseil aux entreprises, tandis que Marina Ferrari a dû démissionner de son poste dans le privé. Cet impact sur la vie professionnelle, et familiale, elles en avaient discuté avec leurs proches avant de se lancer en campagne. « Il faudra être très organisée », lâche la députée de Savoie. « Tout est une question d’équilibre, et il s’agira de le trouver », ajoute la députée du Puy-de-Dôme.

Trouver l’équilibre

La coalition présidentielle devra, elle aussi, forger un équilibre, politique celui-là, puisqu’elle ne possède plus de majorité absolue. Pour faire approuver des lois, elle sera contrainte de sceller un accord, de manière pérenne ou au coup par coup, avec un ou plusieurs autres partis.

« C’est positif puisque cela participe à la re-parlementarisation de la vie politique et démocratique », lance le député La France insoumise (LFI) Adrien Quatennens, réélu dans le Nord. Le quinquennat précédent a été celui de la toute-puissance d’un exécutif qui reposait sur un hémicycle qu’il considérait comme une chambre d’enregistrement. Et ça, c’est terminé. »

Dans la salle des Quatre Colonnes, Philippe Gosselin (LR), réélu dans la Manche, distille ses bons mots. « À quelque chose malheur est bon, lâche-t-il au sujet de l’absence de majorité absolue pour Emmanuel Macron. Il a tout fait pour tuer les partis et il doit aujourd’hui composer avec eux. C’est un sacré pied-de-nez pour Emmanuel Macron qui n’a pas le sens de la concession. Mais ça s’appelle la démocratie. Il a aussi dit qu’il ferait tout pour lutter contre le Rassemblement national et on voit ce que ça donne. Mais au-delà de ça, mettons-nous à rêver : cela va peut-être remettre le parlement au centre du dispositif institutionnel. Et si ça devait aboutir à cela, et non au chaos, cet épisode ne serait pas négatif et nous pourrions en tirer des enseignements pour le bien commun. Mais nous n’y sommes pas encore. C’est un vœu. J’espère juste qu’il ne sera pas pieux. »

À 14 h 45, les députés La République en marche (LREM) défilent en coup de vent. Gilles Le Gendre, réélu à Paris, évoque rapidement la candidature de Yaël Braun-Pivet, députée des Yvelines, à la présidence de l’Assemblée nationale. « Nous allons l’aider à assumer ce rôle-là, assure-t-il avant qu’une sonnerie ne retentisse à 14 h 50, comme s’il s’agissait de la fin de la récréation. Pardon, mais je dois y aller. »

À 15 heures, la Garde républicaine fait tonner les tambours dans la salle des Pas Perdus. Le président de la séance inaugurale, qui doit être le doyen des députés, soit José Gonzalez (RN), s’avance au milieu des officiers. À 18 h 45, après deux tours de votes, Yaël Braun-Pivet est élue au perchoir de l’Assemblée nationale.