À J-2, huis clos autour de l’installation des bureaux de vote en RDC

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La Commission électorale nationale indépendante (Céni) installait dans la plus grande discrétion son matériel électoral vendredi dans les centres de vote en République démocratique du Congo (RDC), à moins de 48 heures de l’ouverture du scrutin prévu dimanche. Les médias n’ont pas été autorisés à assister à cette installation, dernière ligne droite du processus électoral marqué par trois reports du scrutin et d’innombrables rebondissements et rumeurs en tous sens.

Dans la capitale Kinshasa, un centre de vote du quartier de Matonge abritait une vingtaine de valises noires sous surveillance policière, a constaté un journaliste de l’AFP. Un officier de la Céni a refusé d’ouvrir les valises. Elles sont supposées contenir les « machines à voter » que la Céni doit déployer d’ici à dimanche dans les centres et bureaux de vote pour les élections présidentielle, législatives et provinciales.

Une autre équipe de l’AFP a fait le tour de six centres de vote sans voir aucun matériel électoral à part un isoloir.

Dans un centre du quartier huppé de la Gombe, où doivent voter des personnalités, cette équipe a croisé six policiers en faction et vu une liste électorale provisoire déchirée.

Dans la capitale, qui concentre 4,4 millions d’inscrits, soit 11% de l’électorat, la Céni a confirmé avoir réduit d’un millier le nombre des bureaux de vote. Près de 8.000 étaient prévus initialement.

« Là où on devait compter 600 électeurs, il y en aura 100 de plus dimanche », a déclaré le secrétaire exécutif de la Céni de Kinshasa, Mbolo Isefale, à l’AFP, confirmant une information de Radio France Internationale (RFI).

La Céni explique qu’elle n’a pas pu réunir assez de « machines à voter » pour la capitale après l’incendie d’un de ses entrepôts à Kinshasa le 13 décembre.

Selon elle, quelque 8.000 « machines » sur les plus de 10.000 destinées à la capitale ont brûlé dans cet incendie. Aucune image n’a filtré des écrans tactiles carbonisés.

A Kinshasa, plusieurs médias ont eu des difficultés à obtenir leur accréditation auprès de la Céni, certains ne l’ont pas eue. Sur 84 demandes, 67 ont été satisfaites, affirme la Céni.

A Lubumbashi, une équipe de l’AFPTV a filmé des « machines », mais au QG de la Céni, et non dans les bureaux de vote.

« Nous venons juste pour retirer nos macarons de témoins électoraux, si c’est déjà prêt au niveau de la Céni », a déclaré le président fédéral du parti d’opposition UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès social, de Felix Tshisekedi), Bruno Tshibangu Kabaji, à une correspondante de l’AFPTV.

La Céni n’a pas confirmé si ces macarons étaient prêts ou pas.

« Pour des raisons de sécurité, le matériel électoral ne sera mis en place dans les bureaux de vote de Goma que demain samedi », a indiqué l’antenne locale de la Céni dans le chef-lieu de la province du Nord-Kivu (est).

A Tshikapa, au Kasaï (centre), 27 motos et 13 vélos ont quitté le secrétariat exécutif de la Céni locale avec des « kits » supposés contenir les machines à voter, pour leur installation dans neuf secteurs, a constaté un correspondant de l’AFP.

La Conférence des évêques (Cenco) a affirmé qu’elle allait déployer 40.000 observateurs pour superviser les élections.

Une ONG congolaise a annoncé la mise en place d’une « situation room électorale » du 30 décembre au 2 janvier pour suivre le déroulement du scrutin: « ouverture des bureaux de vote, disponibilité du matériel électoral, dépouillement, incidents… ».

La RDC a refusé toute mission d’observation électorale européenne ou américaine. L’Union africaine (UA) et des organisations sous-régionales ont dépêché quelques centaines d’observateurs.

A Bruxelles, le ministre belge des Affaires étrangères et de la Défense, Didier Reynders, a critiqué l' »impréparation » de la Céni pour les scrutins prévus dimanche, après trois reports depuis décembre 2016.