« 2022 doit être l’année d’un tournant européen » : Macron met la barre haut pour la présidence française de l’UE

A minuit (23H GMT vendredi), elle a succédé à la Slovénie, qui présidait le Conseil de l’UE depuis le 1er juillet, et laissera la place au second semestre à la République tchèque.

Symbole de ce relais, la Tour Eiffel et le palais de l’Elysée se sont illuminés au même moment en bleu, couleur de l’Europe.

Mais l’installation du drapeau européen sous l’Arc de Triomphe à Paris a aussi déclenché une polémique.

Les candidats d’extrême droite à la présidentielle, Marine Le Pen et Eric Zemmour, se sont dits « outrés » que le drapeau français ait été remplacé par celui de l’UE « au-dessus de la tombe du soldat inconnu ».

« Le drapeau français sera évidemment réinstallé », a répliqué le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Clément Beaune, dénonçant des « polémiques stériles ».

Le Conseil de l’UE représente les intérêts des 27 Etats-membres face à la Commission et au Parlement européens. La présidence semestrielle convoque les réunions des ministres, fixe l’agenda et conduit les négociations.

Berlin au rendez-vous

Pendant six mois, la France va donc disposer d’un important pouvoir d’influence pour faire avancer certains sujets et trouver des compromis à 27 même si l’exercice, très encadré, implique neutralité et doigté.

Le président Emmanuel Macron a placé la barre très haut : « 2022 doit être l’année d’un tournant européen », a-t-il lancé lors de ses voeux de Nouvel An.

Il s’agit de rendre « l’Europe puissante dans le monde, pleinement souveraine, libre de ses choix et maître de son destin », avait-il expliqué le 9 décembre.

Des ambitions qu’il ne cesser d’afficher depuis son élection en 2017, non sans crisper certains de ses partenaires, notamment est-européens.

Lui-même ne présidera pas les sommets de chefs d’Etat et de gouvernement ou Conseils européens – un rôle dévolu au Belge Charles Michel – mais il pourra peser sur les discussions et intervenir en cas de crise.

Or l’UE se trouve à la croisée des chemins sur une série de sujets, de la sécurité en Europe – des dizaines de milliers de soldats russes sont massés aux portes de l’Ukraine – à la crise sanitaire qui obscurcit de nouveau l’horizon économique.

Emmanuel Macron peut compter sur le soutien du nouveau chancelier alllemand, le social-démocrate Olaf Scholz, qui présidera de son côté le G7 en 2022 et plaide aussi pour une « Europe plus souveraine et forte ».

« Ensemble, nous oeuvrerons pour une Europe plus numérique, écologique et sociale, dont la voix porte haut dans le monde », a aussi tweeté samedi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

« Un atout et un risque »

La présidence française de l’Union européenne (PFUE) s’est fixé trois chantiers prioritaires : l’instauration de salaires minimum dans toute l’UE, la régulation des géants du numérique et la création d’une taxe carbone sur les produits importés en Europe en fonction de leur impact environnemental.

Emmanuel Macron prône également une réforme de l’espace Schengen afin de mieux « protéger les frontières » européennes face aux crises migratoires, un sujet qui sera au coeur de la campagne présidentielle française.

Il entend aussi mettre sur la table une révision des règles budgétaires – les fameux critères de Maastricht – qui encadrent les déficits européens, afin de pouvoir financer plus d’investissements européens et de croissance.

Et continuer à faire avancer l’Europe de la défense, malgré les réticences de certains partenaires attachés avant tout à la protection de l’Otan.

Il s’agit de la 13e présidence semestrielle tournante exercée par la France depuis 1958.

L’élection présidentielle de mai et les législatives de juin en France vont toutefois la percuter de plein fouet, réduisant d’autant l’espace temps pour agir.

La déferlante du variant Omicron va en outre contrarier l’agenda, au moins en janvier où nombre de réunions passeront en distanciel.

L’opposition dénonce quant à elle une instrumentalisation de la « PFUE » par Emmanuel Macron, très probable candidat à sa réélection même s’il s’est gardé jusqu’ici de toute annonce.

« Ca peut être un atout pour le président français (..) mais aussi un risque » si ses adversaires politiques choisissent de l’attaquer de front sur sa politique européenne, résume Thierry Chopin, professeur de science politique à l’Université catholique de Lille (nord).