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Volkswagen s’appuie sur la Chine et sa voiture électrique à 25 000 € pour sortir de l’impasse.

Volkswagen a dépassé Tesla sur le marché européen des véhicules 100 % électriques, avec une hausse de 60 % des ventes de véhicules électriques en Europe sur les dix premiers mois de l’année. Les modèles 100% électriques représentent désormais 18,4 % des ventes totales de la marque sur le Vieux Continent, contre seulement 12,3 % l’année précédente.

Après plusieurs années d’investissements dans le secteur électrique, Volkswagen est enfin en mesure de commencer à en récolter les bénéfices. La marque allemande a surpassé Tesla sur le marché européen des véhicules 100 % électriques et se prépare à une offensive avec le lancement de l’ID.Polo à 25 000 euros.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : avec une augmentation de 60 % des ventes de véhicules électriques en Europe durant les dix premiers mois de l’année, Volkswagen a détrôné Tesla de sa première place.

Encore plus révélateur, les modèles entièrement électriques représentent désormais 18,4 % des ventes totales de la marque sur le Vieux Continent, contre seulement 12,3 % l’année précédente.

Martin Sander, le directeur des ventes de Volkswagen, manifeste une confiance mesurée mais tangible dans les colonnes d’Automotive News Europe. La stratégie repose sur un fait simple : pour convaincre, il faut proposer des véhicules électriques au même prix que leurs équivalents à moteur thermique, avec des marges équivalentes. Cela constitue tout l’enjeu de l’ID.Polo, prévue pour 2026, dont les premières infos viennent d’être divulguées.

Affichée à environ 25 000 euros, cette citadine électrique cherche à populariser l’accès à la mobilité zéro émission en s’appuyant sur un nom emblématique de la gamme Volkswagen, qui a plus de 50 ans d’histoire. L’argument commercial semble solide : selon Martin Sander, l’ID.Polo dépasserait ses concurrentes directes comme la Renault 5 électrique sur tous les critères techniques, en termes d’autonomie, de rapidité de recharge et d’espace intérieur. Reste à voir si ces promesses se réaliseront sur le terrain, et surtout si les clients seront au rendez-vous.

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Cependant, malgré l’enthousiasme affiché, la question de la parité des marges entre véhicules électriques et thermiques reste sans réponse claire. Martin Sander mentionne des « game changers » (terme à la mode dans les open spaces) avec l’ID.Polo et la future ID.Cross, mais refuse de préciser une date pour atteindre cette fameuse parité.

La Chine, laboratoire de l’urgence stratégique de la marque

Alors que l’Europe présente des résultats prometteurs, la Chine sera un véritable test de survie pour Volkswagen. Sur ce marché en pleine évolution, la marque allemande fait face à une concurrence intense : plus de 100 acteurs s’engagent dans une guerre des prix souvent « irrationnelle », selon les mots de Martin Sander.

Confrontée à cette réalité impitoyable, Volkswagen a choisi de modifier radicalement sa méthode. Fin du développement centralisé en Allemagne : les nouveaux modèles sont désormais conçus en Chine, pour les consommateurs chinois, avec une intégration poussée dans l’écosystème technologique et industriel local.

Le résultat ? La capacité à développer des véhicules en 36 mois, proche de la « vitesse de la lumière » par rapport aux standards antérieurs du constructeur. Entre 2026 et 2027, pas moins de 20 nouveaux véhicules à énergie nouvelle (électriques, hybrides rechargeables et prolongateurs d’autonomie) arriveront sur le marché chinois.

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L’ID.Era symbolise cette nouvelle philosophie : ce SUV spacieux doté de 7 places sera le premier Volkswagen équipé d’un prolongateur d’autonomie. Le principe est simple : un générateur thermique recharge la batterie en roulant, offrant 700 kilomètres supplémentaires aux 300 kilomètres en mode purement électrique. Une technologie qui séduit les consommateurs chinois, encore hésitants face aux contraintes de recharge, et que Volkswagen envisage d’étendre à d’autres marchés.

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Volkswagen ID. Polo // Source : Volkswagen

Volkswagen reconnaît apprendre de ses concurrents chinois, notamment en termes de rapidité d’ingénierie. C’est un aveu qui aurait semblé impossible il y a quelques années pour un constructeur occidental. Le discours officiel fait état de confiance et de gains de parts de marché à venir, mais la réalité est plus complexe : sur le segment thermique, Volkswagen demeure numéro un en Chine, tandis que dans le domaine des nouvelles énergies, la compétition fait rage et l’issue reste incertaine.

Des ambitions mondiales aussi contrariées par les réalités politiques

De l’autre côté de l’Atlantique, la situation de Volkswagen illustre les aléas de la géopolitique commerciale. Les nouveaux droits de douane américains ont eu un impact significatif sur les volumes de ventes, même si le lancement du nouveau Tiguan et le succès de l’Atlas aident à limiter les pertes.

Martin Sander annonce un retour à la croissance en 2026, tout en admettant que l’ID.Buzz, cet emblématique van électrique, peine à séduire le public américain. Des critiques concernant un prix trop élevé et une autonomie insuffisante émergent de la part des concessionnaires et des clients.

Dans l’intervalle, la marque mise sur les hybrides, un segment en forte montée aux États-Unis, surtout depuis que la nouvelle législation a freiné l’essor des véhicules électriques. En somme, Volkswagen donne actuellement l’impression d’une stratégie à géométrie variable, contrainte de s’adapter aux exigences locales de chaque région.

L’électrique en Europe, les prolongateurs d’autonomie en Chine, le retour à l’hybride aux États-Unis : Volkswagen devra jongler avec des réalités contradictoires, au risque de diluer son message et ses investissements. La marque affirme croire fermement que « l’avenir est électrique », mais cette conviction semble régulièrement mise à l’épreuve par les résistances du marché et les décisions politiques.

Reste à poser une question essentielle : cette multitude de ce que l’on pourrait appeler des « paris technologiques » est-elle le signe d’un pragmatisme réfléchi ou le symptôme d’un manque de direction claire ? Avec une marge opérationnelle de seulement 2,3 % sur neuf mois (4 % hors effets exceptionnels), Volkswagen ne peut vraiment pas se permettre de se fourvoyer. Les mois à venir, marqués par le lancement de l’ID.Polo et une montée en puissance en Chine, offriront les premiers éléments de réponse.