Test de l’Elegoo Centauri Carbon 2 : Bambu Lab est-il en danger ?
1. La Centauri Carbon 2, sortie début 2026, est une imprimante 3D FDM fermée, multicolore et rapide qui offre un volume d’impression de 256 × 256 × 256 mm et une vitesse maximale annoncée de 500 mm/s pour un prix d’environ 350 € (seule) ou entre 480 et 500 € (avec module CC2 multicolore).
2. Elegoo a annoncé que des mises à jour du firmware et du logiciel Elegoo Slicer visant à corriger l’estimation du temps d’impression, qui était systématiquement erronée durant les tests, seraient disponibles mais n’étaient pas encore mises en ligne à la date de ce test.
Récemment, le marché des imprimantes 3D FDM fermées haut de gamme a été largement dominé par un acteur clé : Bambu Lab. Grâce à ses machines, la marque a établi un standard de vitesse, de fiabilité et d’expérience utilisateur que ses concurrents ont eu du mal à égaler. Certains prétendants ont tenté de revendiquer une part de marché, comme Creality avec l’Ober ou la K2 Plus, et Qidi avec la X-Max 3, mais aucun n’a réussi à détrôner le leader actuel.
Elegoo, jusqu’ici reconnu principalement pour ses excellentes imprimantes résine (la Saturn, la Jupiter), était peu présent sur le segment FDM fermé. La Centauri Carbon 1, lancée en 2025, avait marqué un premier pas prometteur, bien qu’elle manquait d’un système multicolore.
Début 2026, Elegoo a lancé une nouvelle version : la Centauri Carbon 2. La promesse est ambitieuse : fournir une machine Core XY fermée, multicolore, silencieuse et rapide à un prix très compétitif. J’ai eu l’occasion de la tester pendant trois semaines. Après des dizaines d’heures d’impression et une cinquantaine de modèles différents, voici mon avis.
Fiche technique
| Caractéristique | Détails |
|---|---|
| Technologie | FDM, cinématique Core XY |
| Volume d’impression | 256 × 256 × 256 mm |
| Vitesse max annoncée | 500 mm/s |
| Accélération max | 20 000 mm/s² |
| Température buse | Jusqu’à 350 °C |
| Température plateau | Jusqu’à 110 °C |
| Type de plateau | PEI magnétique flexible |
| Système de nivellement | Auto-nivellement multipoints |
| Extrudeur | Direct Drive (double engrenage) |
| Filaments compatibles | PLA, PETG, ABS, ASA, TPU, PA, PA-CF, PC |
| Connectivité | Wi-Fi 2,4 GHz / 5 GHz, USB-A, caméra intégrée 1080p |
| Interface | Écran LCD tactile couleur 4,3″ |
| Niveau sonore | |
| Dimensions machine | 390 × 370 × 465 mm |
| Poids | ~9,5 kg |
| Prix | ~350 € (seule) / |
Déballage et Installation : une mise en route soignée
L’emballage
La Centauri Carbon 2 est livrée dans un emballage dense en mousse moulée, parfaitement conçu pour protéger la machine lors du transport. Tous les accessoires sont soigneusement rangés : bobine de PLA de démarrage, outils (clés Allen, pince, cutter), câbles et documentations. Un soin qui est appréciable, surtout dans cette gamme de prix.

L’assemblage
Comme c’est le cas pour de nombreuses machines modernes, la CC2 arrive en grande partie pré-assemblée. L’installation se limite à libérer le plateau en retirant trois vis clairement identifiées et à brancher quelques connecteurs ainsi que les tubes PTFE qui dirigent les filaments vers l’extrudeur. Comptez moins de 30 minutes pour être opérationnel, même pour les novices. Une vidéo de démarrage est disponible via un QR code imprimé sur l’emballage.
La calibration initiale

C’est à ce stade que la CC2 impressionne. Une fois allumée, la machine propose une séquence de calibration automatique complète d’environ 30 minutes : mesure de la résonance (Input Shaping), auto-nivellement multipoints du plateau, calibration du Z-offset et de la pression d’extrusion. L’ensemble est entièrement automatisé, avec des instructions claires affichées à l’écran. À l’issue de cette séquence, la machine est prête à imprimer. Un véritable plaisir.
Ergonomie sobre mais design imparfait
Construction générale
La Centauri Carbon 2 adopte un design cubique fermé devenu standard dans cette catégorie. Le châssis est en aluminium extrudé avec des panneaux en plastique noir mat. La construction est globalement solide, avec des axes se déplaçant sans jeu perceptible et des rails de bonne qualité. Néanmoins, en y regardant de plus près, certaines finitions révèlent des économies réalisées par Elegoo : les panneaux latéraux en plastique manquent de rigidité, et quelques points de fixation semblent moins précis que ceux de la Bambu Lab P1S.
Le module multicolore Canvas : la grande évolution

C’est l’élément phare de cette nouvelle version, sur lequel Elegoo a le plus investi. Le module Canvas se fixe sur le côté de la machine et peut alimenter la tête d’impression en quatre couleurs différentes via un système de tubes PTFE.
Contrairement à l’AMS de Bambu Lab, qui est un boîtier entièrement fermé et motorisé, le module Canvas est un système ouvert où les bobines sont directement accessibles. Cela présente des avantages et des inconvénients. D’une part, la mécanique est plus simple, moins susceptible de se bloquer, et le remplacement d’une bobine est instantané. D’autre part, le filament est exposé à l’humidité ambiante, ce qui peut poser problème sur le long terme pour des matériaux hygroscopiques comme le PA ou le PETG.
Le principal défaut esthétique et pratique du système reste le capot supérieur amovible. Ce capot en plastique nuit à l’apparence générale de la machine et augmente son encombrement vertical. Ce choix d’ingénierie est économiquement compréhensible, mais est difficile à justifier esthétiquement face à la concurrence.

L’écran et l’interface utilisateur
C’est l’une des meilleures surprises de cette machine. L’écran LCD tactile de 4,3″ est réactif avec une fluidité et une précision remarquables pour une machine de cette gamme de prix. L’interface organise les informations de manière logique : statut en temps réel, contrôle des températures, accès aux fichiers, monitoring de la caméra.
La caméra intégrée, d’une résolution de 1080p, permet une surveillance à distance adéquate, même si la qualité de l’image en conditions de faible éclairage reste perfectible.

Le « Smart Grille » et la gestion thermique
La CC2 intègre un système baptisé « Smart Grille » : des aérations motorisées sur le panneau arrière s’ouvrent ou ferment automatiquement selon le matériau détecté dans le profil d’impression. Pour le PLA, les grilles s’ouvrent pour évacuer la chaleur et favoriser le refroidissement. Pour l’ABS ou l’ASA, elles se ferment pour maintenir une température ambiante homogène dans le caisson et éviter le warping.
En pratique, ce système fonctionne comme attendu et contribue à améliorer la qualité des résultats sur des matériaux techniques. C’est une fonctionnalité bien pensée.
Logiciel et Écosystème : une bonne base, quelques bugs
Elegoo Slicer
Elegoo propose son propre logiciel de slicing, Elegoo Slicer, basé sur les fondations open-source d’OrcaSlicer. Les utilisateurs familiers avec ces environnements se sentiront immédiatement à l’aise. Le logiciel offre des profils préconfigurés pour chaque matériau, une gestion avancée des supports, un mode de prévisualisation des couches et le contrôle à distance de la machine via Wi-Fi.

La connexion Wi-Fi est rapide et stable. L’envoi d’un fichier depuis l’ordinateur vers l’imprimante prend quelques secondes, et le suivi en temps réel via la caméra fonctionne sans latence notable.
Un bug de taille : l’estimation du temps d’impression
C’est le défaut le plus agaçant constaté durant ma période de test. L’estimation du temps affichée par le logiciel est systématiquement et significativement erronée. Pour plusieurs impressions, la machine annonçait 30 minutes là où il en fallait 1h30, ou 2 heures pour une impression qui a finalement duré 3h15. Cette incohérence rend la planification des impressions difficile.
Il ne s’agit pas d’une erreur ponctuelle : le phénomène est récurrent et concerne plusieurs profils de matériaux différents. Le problème semble lié à la façon dont le slicer calcule le temps en tenant compte des accélérations réelles de la machine. Elegoo est conscient de l’anomalie et a annoncé une correction à travers une mise à jour du firmware et du logiciel Elegoo Slicer, mais à la date de mon test, celle-ci n’était pas encore disponible.
Compatibilité avec d’autres slicers
Bonne nouvelle pour les utilisateurs avancés : la CC2 est compatible avec OrcaSlicer directement, et des profils communautaires commencent à apparaître. La flexibilité de l’écosystème est donc réelle, même si Elegoo Slicer reste la solution la plus simple pour débuter.
Fonctionnalités Cloud : une surveillance à distance bien pensée
Nouvelle caractéristique : Elegoo a clairement investi dans la connectivité de la Centauri Carbon 2, et cela se ressent dès la première utilisation. Via l’application mobile Elegoo Matrix (disponible sur iOS et Android), il est possible de surveiller, contrôler et gérer les impressions de n’importe où, à condition d’avoir une connexion Internet active.

La fonctionnalité la plus utile au quotidien reste le monitoring en temps réel. La caméra intégrée diffuse un flux vidéo accessible depuis l’application, permettant de s’assurer d’un coup d’œil que l’impression se déroule normalement, que ce soit depuis son canapé ou de l’autre côté du monde. La qualité de l’image est suffisante pour détecter un spaghetti (ces fils de filament indiquant une impression ratée) ou un décollage prématuré du plateau. La latence du flux est raisonnable, de l’ordre de deux à trois secondes, sans décrochage notable durant mes tests.
L’application permet aussi d’envoyer des fichiers à imprimer directement depuis un smartphone ou une tablette, de démarrer, mettre en pause ou annuler une impression à distance, ainsi que de consulter l’historique des travaux effectués. Une notification push est envoyée à la fin de chaque impression, ce qui est appréciable pour éviter de laisser une pièce terminée refroidir trop longtemps sur le plateau.
Elegoo propose également une détection automatique des erreurs par intelligence artificielle (encore en version bêta lors de mon test). Ce système est censé analyser le flux vidéo en continu et alerter l’utilisateur en cas d’anomalie détectée — décollage, enchevêtrement de filament ou impression visiblement ratée. Cette fonctionnalité s’est montrée prometteuse, mais reste encore à peaufiner : elle a correctement identifié deux impressions ratées sur quatre, mais a également généré deux fausses alertes sur des impressions correctes. Le potentiel est réel, mais la fiabilité doit progresser avant de pouvoir s’y fier entièrement.
Côté gestion de fichiers, le cloud Elegoo permet de stocker en ligne ses modèles et profils, accessibles depuis n’importe quel appareil. C’est pratique pour les utilisateurs qui travaillent sur plusieurs machines ou depuis différents postes de travail. La synchronisation est rapide et je n’ai rencontré aucune perte de fichier durant mes tests.
En fin de compte, l’écosystème cloud d’Elegoo est solide et bien pensé pour un usage grand public. Il rivalise efficacement avec les solutions de Bambu Lab sur ce terrain et satisfait amplement les besoins de la majorité des utilisateurs. Cependant, les professionnels les plus exigeants en matière de sécurité des données devront faire preuve de prudence.
Performances d’impression : le vrai test
C’est évidemment l’aspect central de cet appareil. J’ai imprimé plus de cinquante modèles différents sur une période de trois semaines, couvrant la plupart des cas d’usage : objets décoratifs, pièces mécaniques, modèles multicolores, prototypes fonctionnels. Voici le bilan, matériau par matériau.
PLA : excellent, sans surprise

Le PLA est le terrain de jeu naturel de cette machine, et la CC2 s’y illustre. La qualité de surface est impeccable à des vitesses raisonnables, les détails fins sont bien rendus et la précision dimensionnelle est excellente.
En ce qui concerne la vitesse, le chiffre de 500 mm/s mis en avant par Elegoo est une vitesse de pointe et non une vitesse d’utilisation réelle. En pratique, mes tests montrent que la qualité reste parfaite jusqu’à 300 mm/s, avec de très rares artefacts. Entre 300 et 400 mm/s, la qualité demeure acceptable pour des pièces utilitaires bien que des irrégularités légères soient visibles sur les parois. Au-delà de 400 mm/s, des artefacts visuels (ringing, légères déformations aux coins) deviennent plus clairs. Cela reste une performance très compétente pour le prix, comparable à celle de la concurrence directe.

PETG : propre, avec quelques ajustements nécessaires
Le PETG s’imprime sans problème sur la CC2, mais nécessite quelques ajustements par rapport aux profils par défaut. En particulier, la rétraction et la ventilation doivent être améliorées pour éviter un léger stringing sur les pièces avec de nombreux déplacements. Une fois ces réglages effectués, la qualité est au rendez-vous.
TPU (flexible) : une belle surprise
L’extrudeur Direct Drive de la CC2 traite le TPU (Shore 95A) de manière très convaincante. Aucun stringing notable, bonne adhérence entre les couches et résultats satisfaisants sur des géométries complexes. Une condition demeure : sécher le filament avant impression (minimum 6 heures à 45 °C) : sans cette précaution, des bulles et un aspect rugueux peuvent rapidement apparaître.
ABS / ASA : le caisson fermé fait la différence
Avec son caisson fermé et le Smart Grille, la CC2 manage bien l’ABS et l’ASA. Le warping est maîtrisé sur des pièces de taille raisonnable (jusqu’à environ 150 mm de côté), et les résultats sont stables et reproductibles.
Multicolore : le vrai point fort de cette version
C’est là que la CC2 se démarque vraiment et justifie son existence face à la concurrence. Le module CC2 assure des transitions de couleur fluides et fiables. Pour tous les modèles multicolores, tels que les bustes de personnages, les logos en relief, et les pièces comportant des insertions de couleur, les changements se sont effectués proprement, sans mélange indésirable et sans blocage mécanique.

Comparativement à la Bambu Lab P2S, sur un modèle multicolore imprimé dans des conditions identiques, la CC2 a terminé en 3h50 contre 4h55 pour la P2S, soit une économie de temps d’environ 22%. C’est significatif et inattendu pour une machine moins coûteuse.
Cependant, le point négatif demeure la purge. Pour chaque changement de couleur, la machine extrude une quantité importante de filament de purge (les fameux « tours de purge » et « déchets de purge »), générant un gaspillage considérable, surtout sur des impressions comportant de nombreuses variations de couleur. Ce comportement est courant dans tous les systèmes de ce type, mais il pourrait être optimisé via des profils de purge plus agressifs dans le logiciel.

Pour qui est cette machine ?

La Centauri Carbon 2 cible clairement plusieurs profils :
Les makers ou bricoleurs enthousiastes désirant passer à une machine fermée, rapide et multicolore sans débourser 800 euros ou plus. Pour eux, la CC2 est probablement le meilleur rapport qualité-prix du marché début 2026.
Les créateurs de contenu ou artisans qui impriment principalement du PLA ou du PETG en grandes quantités, pour qui le multicolore représente un atout appréciable. La fiabilité et la rapidité seront au rendez-vous.
En revanche, elle ne convient pas aux professionnels ou ingénieurs qui impriment régulièrement des matériaux techniques exigeants (PA, PC, fibres de carbone). Pour ces usages, la taille du plateau et la buse par défaut ne sont pas adaptées.
Prix et disponibilité
L’Elegoo Centauri Carbon 2 est disponible depuis début 2026 sur le site officiel d’Elegoo ainsi que chez plusieurs revendeurs européens. Les tarifs observés sont les suivants :
CC2 seule (sans module multicolore) : environ 350 euros
CC2 + module Carbon Color 2 (4 couleurs) : environ 480–500 euros
Module CC2 vendu séparément : environ 150 euros
À titre de comparaison, le module AMS Lite de Bambu Lab se vend seul autour de 230 €, soit 80 € de plus. De plus, la P2S seule dépasse les 600 €. La différence de prix est significative et représente sûrement l’argument commercial le plus fort d’Elegoo.

