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Tesla ne se positionne plus comme constructeur automobile, finances à l’appui.

En 2025, le bénéfice net de Tesla est de 3,8 milliards de dollars, soit une baisse de 46 % par rapport à l’année précédente. La marge opérationnelle a diminué pour atteindre 4,9 %, tandis que 52 % du bénéfice net provient des crédits réglementaires.


Tesla continue à enregistrer des bénéfices, mais les dernières analyses révèlent une autre réalité. Sans les crédits carbone cédés à ses concurrents, le bilan de 2025 serait désastreux. Entre la chute des ventes et la désaffection des clients américains, la société de Palo Alto n’a jamais paru aussi fragile.

L’année 2024 avait déjà été difficile, mais 2025 a élevé le pessimisme à un nouveau niveau. Tesla a publié ses résultats annuels, qui sont plutôt mitigés pour les investisseurs espérant un miracle permanent. Le bénéfice net a chuté de 46 %, s’élevant à 3,8 milliards de dollars, contre plus de 7 milliards l’année précédente.

Le plus alarmant ? Pour la première fois dans l’histoire de la marque, le chiffre d’affaires global a diminué de 3 %. Tesla, qui nous avait habitués à des croissances à deux chiffres pendant une décennie, a vendu 1,63 million de voitures en 2025, représentant une baisse de plus de 8 % par rapport à 2024. Pendant ce temps, le concurrent chinois BYD a réalisé 2,25 millions de véhicules livrés.

La situation est pire en termes de rentabilité : la marge opérationnelle, qui avait atteint des sommets à 23,8 % en 2022, a chuté à seulement 4,9 %. En d’autres termes, Tesla génère aujourd’hui autant de bénéfices par voiture vendue qu’un constructeur automobile traditionnel.

En 2025, 52 % du bénéfice net de Tesla provient des crédits réglementaires. En d’autres termes, Tesla tire plus de revenus de la vente de « droits à polluer » à ses concurrents que de la vente des modèles 3 ou Y. Sans ce flux de trésorerie purement administratif, Tesla serait à peine rentable.

L’ombre de BYD plane sur Tesla. Sur les 3,8 milliards de dollars de bénéfice net, plus de la moitié (2 milliards) provient de la vente de crédits réglementaires. Sans ce soutien des gouvernements et des concurrents, Tesla atteindrait presque l’équilibre.

Le marché américain, qui était autrefois le bastion de la marque, subit un retournement. L’élection de Trump et l’arrêt des aides fiscales à l’achat ont stoppé brutalement la croissance. Les ventes ont explosé l’été dernier juste avant la fin des primes, puis se sont effondrées en fin d’année. L’image de marque ne compense pas cette chute : 37 % des Américains ont désormais une perception négative de Tesla.

En Europe, la situation est différente mais tout aussi sévère pour Elon Musk. Bien que le marché des véhicules électriques continue de croître, dépassant même en décembre les ventes de voitures thermiques, les consommateurs ne choisissent pas nécessairement des Tesla. Les constructeurs chinois comme Geely, Xpeng ou SAIC connaissent un essor fulgurant, offrant aux clients européens de véritables alternatives crédibles.

Quelle est la réponse d’Elon Musk face à ces chiffres ? Une manœuvre stratégique caractéristique. Tesla ne souhaite plus être simplement un constructeur automobile. L’objectif est de se transformer en une « entreprise d’IA physique ». Pour matérialiser cet engagement, la marque a pris une décision radicale : l’arrêt pur et simple des modèles S et X, les entreprises qui ont bâti sa réputation.

La chaîne de production de l’usine historique de Fremont sera démontée pour faire place au robot humanoïde Optimus. Elon Musk promet une production de masse dès cette année, en parallèle de celle du Cybercab, un taxi autonome sans volant ni pédales. C’est un pari immense, voire insensé, alors que le logiciel FSD (Full Self-Driving) peine à convaincre en dehors d’un cercle restreint de passionnés.

Pour financer cette vision, Elon Musk va injecter 20 milliards de dollars en investissements cette année. Il évoque également un chèque de 2 milliards de dollars envoyé à xAI, sa propre entreprise d’intelligence artificielle. Cet investissement est significatif.

Alors qu’un constructeur automobile investit généralement dans des plateformes, des moteurs ou des batteries, Elon Musk annonce 20 milliards de dollars d’investissements pour 2026. L’objectif est l’intelligence artificielle, le robot Optimus et le Cybercab.

En résumé, Tesla se réinvente. La société abandonne son statut de leader dans le secteur des véhicules électriques pour devenir un vaste laboratoire d’intelligence artificielle et de robotique. En délaissant le segment des voitures abordables (la fameuse Tesla à 25 000 euros semble définitivement abandonnée), Elon Musk ouvre une large voie à BYD, aux autres constructeurs chinois et aux fabricants traditionnels. Tesla n’est plus la voiture de demain, mais un pari incertain d’un homme qui regarde déjà ailleurs.