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Rachat de Warner Bros. par Paramount Skydance : quels enjeux ?

Netflix a annoncé ne pas surenchérir face à l’offre de 111 milliards de dollars de Paramount pour le rachat de Warner Bros. Discovery. Selon les analystes, la part de marché combinée de Paramount et Warner Bros. dépasserait facilement les 30 % sur le marché du box-office et celui de la production TV.

Le dernier rebondissement dans la bataille d’enchères entre Netflix et Paramount pour l’acquisition de Warner Bros. Discovery est survenu ! Le géant de la SVoD a annoncé qu’il ne surenchérira pas sur la dernière offre de Paramount, semblant abandonner. Cependant, un rachat de Warner par Paramount pourrait ne pas être une si bonne nouvelle.

Le feuilleton financier autour du rachat de Warner Bros. pourrait approcher de sa conclusion. En réponse à l’offre de 111 milliards de dollars de Paramount, Netflix a choisi de ne pas surenchérir, laissant le champ libre à son concurrent. Après avoir formulé presque dix offres de rachat, Paramount est à deux doigts de s’approprier l’un des Big Five d’Hollywood. Cela dit, cette acquisition pourrait se transformer en cadeau empoisonné, alors que les red flags s’accumulent.

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Les risques pour Paramount

Une acquisition coûteuse

111 milliards… Bien que Paramount ait proposé la somme la plus élevée pour acquérir Warner Bros., son montage financier semble bien plus fragile que celui de Netflix. Déjà endetté à hauteur de 15 milliards de dollars, le géant du divertissement augmente sa dette en empruntant plus de 57 milliards de dollars à différentes banques d’affaires. La dette brute pourrait alors atteindre 87 milliards de dollars.

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De plus, David Ellison a bénéficié du soutien financier de Jared Kushner et de Larry Ellison pour pouvoir proposer ce montant colossal. Paramount Skydance envisage d’absorber une entité qui a une valeur boursière près de six fois supérieure, ce qui pourrait avoir des conséquences désastreuses.

Au début de la guerre des enchères, Warner Bros. avait même averti ses actionnaires que Paramount aurait des difficultés encore plus grandes que Netflix pour rembourser ses dettes. Cela s’explique par sa note de crédit (BB+) classée « junk » par S&P Global. La baisse des revenus des chaînes câblées et la cure d’austérité inévitable après un achat à 111 milliards rendent le remboursement des dettes de Paramount difficile à envisager.

Des défis pour les autorités de la concurrence

Warner Bros. et Paramount sont considérés comme deux géants du divertissement à Hollywood, aux côtés de Disney, Universal et Sony. La fusion de deux de ces Big Five représente un véritable casse-tête pour les autorités de la concurrence. Cela entraînerait une reconfiguration du paysage audiovisuel.

Bien qu’une fusion HBO Max-Paramount+ soit moins problématique qu’une fusion HBO Max-Netflix, la concentration des médias d’information et des studios de production sous une même propriété est préoccupante. La part de marché combinée dans le box-office et la production télévisuelle pourrait dépasser les 30 %, selon les analystes.

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Avec un tel risque antitrust, qui pourrait entraîner des abus de position dominante, l’autorité de la concurrence pourrait obliger Paramount à céder une partie de sa part de marché, en vendant des chaînes qu’elle possède déjà ou en abandonnant certains actifs de Warner Bros. avant même l’acquisition. Cela avait déjà été le cas lors de l’acquisition de la Fox par Disney en 2019.

Si la fusion échoue, Paramount devra verser 7 milliards de dollars à Warner en frais de rupture. Si les autorités donnent leur accord, ce ne sera probablement pas moins compliqué pour Paramount, qui accumulera une montagne de dettes à rembourser.

Une austérité inévitable chez Paramount ?

Pas besoin d’être un expert en finance pour comprendre qu’avec une dette passant de 15 à 87 milliards de dollars, Paramount va devoir se soumettre à une rigueur budgétaire, sinon ce sera la faillite. Cela pourrait entraîner des licenciements, une mutualisation des studios et des plateformes, la fermeture de CNN (que Donald Trump désire) ou de Comedy Central.

Avec une santé financière aussi précaire, Paramount risque de réduire ses investissements pour rembourser ses créanciers, ce qui pourrait inclure la suppression de postes, l’annulation de projets de films et de séries, et l’arrêt de certaines activités. Paramount Skydance pourrait même être amené à revendre des actifs récemment acquis comme des chaînes d’information, des chaînes sportives, WB Games ou des biens immobiliers. Une hausse des prix des abonnements sur les plateformes de streaming est également à envisager.

Pour éviter de se retrouver en défaut de paiement, la société doit générer des bénéfices, ce qui implique qu’elle doit réussir ou risquer de s’effondrer sous le poids de ses propres ambitions et de son arrogance. Il est à rappeler que Paramount Skydance choisit (sans aucun doute pour des raisons politiques) d’acheter les chaînes câblées de Warner Bros. pendant que ce secteur est en déclin depuis plusieurs années.

Alors qu’elle aspirait à se positionner comme plus grande que Disney et Universal, Paramount devra faire des sacrifices pour survivre. Cependant, même avec cette stratégie, il est difficile de dire si Paramount Skydance pourra régler sa dette de près de 90 milliards de dollars.

Les chances de Netflix ne sont pas perdues

L’annonce de Netflix de ne pas surenchérir ne signifie pas que la bataille est terminée. Le géant rouge reste dans la course, car son offre est toujours valide ; selon les dernières nouvelles, le conseil d’administration de Warner Bros. soutient encore le projet avec Netflix. Ce sera aux actionnaires de WBD de décider le 20 mars lors d’un vote, et compte tenu de la fragilité du montage financier de Paramount par rapport à la solidité de Netflix, ce dernier a encore ses chances.

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