Quand plus de 40 millions d’euros de cryptomonnaies disparaissent mystérieusement

Environ 4 500 membres de RR Crypto, une association basée dans la banlieue de Dijon qui conseille et gère les placements d’actifs numériques de ses membres, ont été prévenus dimanche soir par le président-fondateur Vincent Ropiot que les fonds confiés se sont volatilisés après que « le portefeuille de crypto-actifs » ouvert par l’association sur la plateforme spécialisée Binance a été « réinitialisé », selon un courriel consulté par l’AFP après les révélations de l’affaire lundi par Le Journal du Coin et le Bien Public.

Le président-fondateur ajoute avoir déposé plainte auprès de la gendarmerie de Beaune le 17 juin.

De son côté, la plateforme mondiale Binance, fondée à Hong Kong, a formellement démenti détenir un compte de cette association française, et explique qu’il « n’existe pas de processus pour réinitialiser les fonds enregistrés » chez elle.

« Une banque ne peut pas effacer votre compte courant, de la même manière, Binance ne peut pas faire disparaître les fonds déposés », indique un expert de cette entreprise à l’AFP.

RR Crypto, une association hors des clous

Sur son site internet, RR Crypto se présente comme une association qui « propose un accompagnement personnalisé », en intervenant comme une sorte de gestionnaire de patrimoine qui place en « crypto-actifs » des sommes d’argent confiées par ses membres.

Il est « très rare » de voir des associations proposer de la gestion d’actifs numériques, indique Alexandre Stachtchenko, directeur Blockchain et cryptos chez KPMG, qui « recommande fortement aux néophytes » de passer par « des prestataires enregistrés » auprès des autorités de régulation.

En effet, depuis la loi PACTE de mai 2019, tout prestataire de services sur actifs numériques (PSAN), doit s’enregistrer auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF).

18 sociétés sont ainsi enregistrées pour la gestion et l’échange d’actifs numériques à l’AMF, qui a affirmé jeudi à l’AFP que RR Crypto « n’est ni enregistré, ni agréé et n’a déposé aucun dossier d’enregistrement ou d’agrément ».

Le fondateur de l’association avait pourtant affirmé qu’une demande était en cours, a confié à l’AFP Anthony Jeandot, victime dans cette affaire.

Suspicions autour du fondateur de la société

Pour M. Jeandot, qui avait misé 1 600 euros en mars, le fait que Vincent Ropiot ait disparu « ne témoigne pas de sa bonne foi ».

Il relève d’ailleurs plusieurs incohérences dans le courrier reçu le 20 juin : « Il est dit qu’il a pris connaissance de la réinitialisation du portefeuille en mars 2021. Or, nous recevons tous les mois un bilan, et celui de juin n’indiquait rien d’anormal. »

« De plus, aucun employé n’était au courant de cette affaire », assure-t-il d’après le courriel, dans lequel M. Ropiot affirme être « le seul et unique responsable de cette situation ».

Sollicitée par l’AFP, l’association RR Crypto n’avait pas réagi jeudi après-midi.

Selon l’enquête du Journal du coin, M. Ropiot se disait victime d’une « arnaque », ayant fait confiance « aux mauvaises personnes ».

« Il aurait fait rentrer quelqu’un dans la société en décembre dernier qui lui aurait conseillé de faire un investissement sur une cryptomonnaie peu fiable (…) et qui finalement était invendable », croit savoir Franck, un autre membre victime de RR Crypto.

Dans ce milieu, « il est plus facile de se planter (dans un investissement, ndlr) que monter un schéma d’arnaque », estime, sans vouloir se prononcer, Simon Polrot, spécialiste des cryptomonnaies et fondateur d’Ethereum France, un protocole informatique sécurisé.

Cette affaire survient dans un contexte de chute des cours des cryptomonnaies.

Le bitcoin s’échange actuellement sous la barre des 30 000 dollars, alors qu’il avait atteint un plus haut historique de 64 870 dollars à la mi-avril.