Protoxyde d’azote : le fabricant confirme la disponibilité du test OCINO pour la police
La France ne permet pas encore aux autorités de procéder à des contrôles pour détecter l’ingestion de protoxyde d’azote chez les conducteurs. L’appareil OCIN₂O de la société Olythe peut détecter le protoxyde d’azote dans l’air expiré en une minute et est testé par la Police scientifique française.
Alors que l’usage du protoxyde d’azote cause de nombreux accidents sur nos routes, la législation française ne permet pas encore aux autorités d’effectuer des contrôles pour détecter la consommation de ce « gaz hilarant » par les conducteurs. Basée à Aix-en-Provence, la société Olythe a néanmoins développé un outil de dépistage efficace, l’OCIN₂O. Ce dispositif peut détecter le protoxyde d’azote dans l’air expiré en une minute, jusqu’à plusieurs heures après ingestion, à l’instar d’un éthylotest. Pour en savoir plus, 20 Minutes a interrogé Guillaume Nesa, cofondateur d’Olythe.

En quoi consiste l’appareil que vous avez développé ?
Il s’agit d’un spectroscope que nous avons réussi à miniaturiser. Un capteur, utilisant une technologie optique, permet de mesurer divers gaz dans l’air expiré, notamment le protoxyde d’azote. Concrètement, un faisceau lumineux traverse une petite « chambre », avec un émetteur d’un côté et un détecteur de l’autre. L’échantillon, correspondant à l’air expiré de la personne testée, circule alors. La présence de molécules ciblées, comme le protoxyde d’azote, permet, grâce à la mesure optique, de déterminer la concentration de ces molécules. Cette technologie est identique à celle utilisée dans les éthylotests que nous fabriquons.
Notre OCIN₂O affiche instantanément son évaluation en « ppm » (particules par million). En théorie, ce chiffre devrait être nul. Si une personne a consommé du protoxyde d’azote, plusieurs milliers de ppm seront mesurés.
Est-ce un appareil fiable pour d’éventuels tests policiers ?
Notre détecteur est fiable à 100 %. De son côté, le protoxyde d’azote est un gaz dont la concentration est si élevée qu’il faut un certain temps pour que ses traces s’évacuent, car il peut également être piégé dans certaines graisses. Ainsi, nous pouvons le détecter pendant une période prolongée. D’après une étude clinique, il est nécessaire d’environ 5 heures pour passer de 5.000 ppm à 0 ppm.

À qui est destiné exactement l’OCIN₂O ?
Nous collaborons avec les forces de l’ordre de certains pays, mais pas encore en France, la loi actuelle ne le permettant pas. Néanmoins, l’appareil est testé dans les laboratoires de la Police scientifique française. Il faudra encore beaucoup de temps avant que la législation française ne se prononce : une première proposition de loi a été rejetée, et une seconde devrait être acceptée pour encadrer la consommation de protoxyde et interdire son usage lorsqu’on conduisait. Des décrets précisant les sanctions et les modalités de mesure doivent également être établis, ce qui prendra un certain temps.
Lorsqu’on a commencé à discuter de ce sujet en novembre 2025, on évoquait un délai de 12 à 18 mois. Toutefois, les élections présidentielles risquent de retarder ce processus, et malheureusement, d’ici là, nous pourrions encore assister à des accidents mortels dus à des jeunes ayant consommé du protoxyde d’azote avant de prendre le volant.
Nous avons aussi vendu des appareils à des centres de traitement des addictions, leur permettant de suivre des patients, car le protoxyde d’azote est considéré comme une drogue. Certaines personnes en deviennent dépendantes, et il arrive que des jeunes en consomment chaque soir, jusqu’à plusieurs bouteilles.
Notre dossier «Protoxyde d’azote»
Avec quels pays travaillez-vous déjà ?
La conception du détecteur de protoxyde d’azote a été motivée par un besoin exprimé par les forces de l’ordre d’Allemagne, de Belgique, des Pays-Bas et du Danemark. Nous leur avons fourni des appareils pour des tests simultanés, et le Danemark a été le premier à y apporter une réponse législative, en stipulant que le protoxyde d’azote ne peut pas être consommé en conduisant, avec des sanctions à la clé. Actuellement, notre appareil est utilisé depuis fin 2025 pour le dépistage lors des contrôles routiers, suivis de prises de sang et d’analyses en laboratoire.
Les premiers retours indiquent qu’une diminution du nombre de conducteurs sous l’influence du protoxyde d’azote aurait été observée dans la région de Copenhague : les contrôles s’avèrent efficaces, et les sanctions, oscillant entre amende et emprisonnement en cas de récidive ou d’usage d’autres drogues, s’avèrent dissuasives.
Néanmoins, votre appareil est-il en vente en France ?
Oui, bien que son prix, fixé à 900 euros hors taxes, puisse sembler élevé. Nous avions tenté de collaborer avec un fabricant français pour concevoir un dispositif connecté permettant aux parents de demander à leurs enfants de se tester avant de prendre le volant. Cependant, le coût de l’OCIN₂O reste trop élevé. Il est peu probable que nous puissions le réduire de dix fois. Si nous devions le proposer à 100 euros, cela ne serait pas faisable, car les composants sont coûteux. À moins de se diriger vers une solution moins précise.

