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Orange ne développe pas prplOS et son store d’apps pour Livebox.

Orange a lancé officiellement une box sous Purple OS au Maroc la semaine dernière, avec Bitdefender déjà intégré pour gérer le VPN et le contrôle parental. La Roumanie et la Moldavie suivront d’ici début 2026.

Orange est sur le point de transformer nos box en mini-ordinateurs grâce au Livebox Store, une boutique d’applications qui promet de modifier notre quotidien.

Traditionnellement, les box d’Orange n’ont pas été reconnues pour la qualité de leur interface d’administration ni pour leurs fonctionnalités avancées, un domaine où la Freebox brille.

Depuis 2007, le logiciel des Livebox fonctionne en toute discrétion, développé par SoftAtHome. Bien qu’il soit stable, il reste peu excitant comparé à ce que propose la concurrence.

Orange souhaite sortir de cet isolement technique. Lors du Mobile World Congress à Barcelone, l’opérateur a présenté son nouveau système d’exploitation, Purple OS (ou prplOS). Cette mise à jour ne se limite pas à une simple amélioration : elle représente un changement radical, passant d’un système fermé à une plateforme mondiale et collaborative.

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En pratique, les Livebox 6 et 7 intégreront un concept de « Store ». L’objectif ? Permettre l’installation de services personnalisés en fonction des besoins, que l’on soit étudiant, famille nombreuse ou passionné de domotique. Cette fonctionnalité est déjà en place au Maroc et sera disponible chez nous d’ici 2026.

« Ce que nous ici on a introduit, c’est la notion de store, c’est-à-dire la possibilité de pouvoir introduire de nouveaux services qui peuvent fonctionner sur ces routeurs. »

prplOS : l’open source comme moteur de guerre

Un des principaux changements réside dans la fin du développement isolé. Orange contribue à hauteur de 70 % au code de Purple OS, mais ne travaille plus seul. Des entreprises comme AT&T, Verizon et Telecom Italia participent également. Ainsi, si un opérateur américain corrige une faille ou développe une nouvelle fonctionnalité, Orange en profite sans frais.

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D’après les représentants d’Orange, « Si quelqu’un côté AT&T rajoute une fonctionnalité, on peut en hériter ». La base technique, reposant sur OpenWrt, permet enfin l’utilisation d’API standards. De cette manière, les développeurs comme Bitdefender ou EDF n’ont plus besoin de créer une version spécifique pour chaque pays : un développement unique peut être déployé partout.

Orange ne modifie cependant pas le matériel. La Livebox 7 repose sur une architecture XGS-PON capable de gérer des vitesses allant jusqu’à 10 Gbit/s. Les évolutions se situent au niveau de la couche logicielle « Carrier Grade », permettant de contrôler la box à distance sans provoquer de désagréments lors des mises à jour. C’est là que réside la véritable valeur ajoutée de l’opérateur.

Du Linky au Wi-Fi Sensing : les usages concrets

Mais quelles sont les applications concrètes de cette technologie ? Orange a présenté une démonstration avec EDF R&D. Loin de commercialiser une énième box domotique, l’application « Home Energy » s’installe directement dans la Livebox.

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Cette application communique avec un petit module radio connecté à votre compteur Linky et gère vos appareils énergivores en temps réel.

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Une autre technologie impressionnante (et quelque peu inquiétante) est le Wi-Fi Sensing. Celle-ci utilise la déformation des ondes Wi-Fi dans votre salon pour détecter des mouvements. Selon Orange, « On est même capable de voir la respiration d’une personne qui est en train de dormir ». Il n’y a pas de caméra, juste une analyse des signaux pour surveiller les personnes âgées ou assurer la sécurité du domicile.

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Le projet envisage aussi l’ajout de gestionnaires de mots de passe locaux et d’outils de diagnostic Wi-Fi avancés. Orange garantit une sécurité renforcée : « Par défaut… on ferme tout », assure l’opérateur. L’utilisateur contrôle le partage de ses données, une promesse essentielle pour instaurer la confiance concernant une box capable de « surveiller » la respiration des habitants.

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Actuellement, tout fonctionne en Wi-Fi. Mais nous étudions très sérieusement l’intégration du protocole Thread (nous sommes membres de la Connectivity Standards Alliance depuis 2021). Nous collaborons également sur la normalisation du protocole Matter avec Apple, Google, Amazon et Samsung. L’idée à terme serait de faire évoluer la Livebox pour qu’elle devienne un véritable « Hub Matter ».

Pour que la maison connectée prenne enfin son envol chez Orange, le Wi-Fi seul ne suffit plus. L’opérateur en est conscient : membre de la Connectivity Standards Alliance depuis 2021, il travaille sur l’intégration du protocole Thread afin de transformer la Livebox en un hub Matter universel.

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En collaborant avec Apple, Google, Amazon et Samsung sur cette norme, Orange espère transformer votre box en cœur de la maison connectée. Fini les solutions propriétaires qui s’accumulent sous votre meuble TV : la box centrale reprendrait son rôle de contrôleur principal.

Et ça arrive quand sur nos Livebox ?

Pour le moment, la situation est paradoxale. Si vous êtes à Casablanca, vous avez déjà une longueur d’avance. Orange a lancé la semaine dernière une box sous Purple OS au Maroc, intégrant Bitdefender pour la gestion du VPN et du contrôle parental. Ce marché est idéal pour l’opérateur : moins de dépendance à d’anciens systèmes, ce qui facilite la transition vers la nouvelle architecture. La Roumanie et la Moldavie devraient suivre d’ici début 2026.

En France, il faudra faire preuve de patience. Le déploiement ici est un grand défi. Avec des millions de clients et des systèmes hérités complexes, Orange souhaite éviter toute erreur.

Le développement est dirigé par SoftAtHome, une filiale française détenue à 90 % par Orange, qui fournit environ 70 % du code source de prplOS.

Cela dit, même si le code est prêt, le Store ne sera pas accessible immédiatement. L’opérateur appliquera une politique de sécurité stricte. Chaque application doit être validée, et le partage de données sera par défaut restreint.

Orange souhaite éviter un aspect « foire à tout » et privilégie les partenariats solides, comme celui avec EDF, plutôt que de permettre à n’importe quel développeur d’interférer dans votre réseau. En résumé, la structure et les équipes sont prêtes, mais il ne reste plus qu’à obtenir le feu vert pour le marché français.