Mode rafale : buffer, cartes et rolling shutter pour vos photos d’action
Le mode rafale, ou prise de vue continue, permet à un appareil photo de continuer le cycle d’exposition, de lecture du capteur et d’enregistrement tant que le déclencheur est maintenu enfoncé. Par exemple, un appareil avec un capteur de 45 mégapixels peut tirer à 20 images par seconde, générant ainsi environ 1000 Mo (1 Go) de données par seconde.

Face à une scène en mouvement rapide, nous avons tous le même réflexe : espérer avoir appuyé au bon moment. Toutefois, les cadences élevées des appareils modernes — de 20 à 30 images par seconde, voire plus — permettent de saisir l’instant sans se fier à la chance. Cela offre un confort de prise de vue qui transforme l’expérience, que ce soit pour figer un exploit sportif, capturer le mouvement d’un animal ou saisir un sourire spontané éphémère.
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Cependant, cette liberté a un coût technique et une réalité physique. Avez-vous déjà ressenti votre appareil photo s’essouffler, l’écran se figer ou le déclenchement ralentir alors que l’action se poursuivait ? C’est le signe que la mécanique interne atteint ses limites. En effet, ingérer et traiter autant d’images en temps réel nécessite une coordination parfaite entre le processeur, la mémoire tampon et votre carte mémoire. Pour éviter d’être pris au dépourvu par votre équipement et comprendre pourquoi il peut caler parfois, il est temps d’examiner ce qui se passe sous le capot.
Comprendre la rafale
Le mode rafale (ou prise de vue continue, ou Burst Mode en anglais) est celui où l’appareil continue d’exposer, de lire le capteur et d’enregistrer tant que le déclencheur est maintenu enfoncé. La cadence se mesure en i/s ou ips (images par seconde) — fps en anglais.
Pourquoi la vitesse est-elle cruciale ?
Contrairement à la vidéo qui capture un flux continu (souvent compressé et avec une résolution plus faible par image), la rafale saisit des photos en pleine définition, souvent en fichiers bruts sans compression (RAW). L’intérêt est purement statistique : l’action humaine ou animale est imprévisible.
- La micro-expression : Sur un portrait, la différence entre un regard intense et un œil mi-clos peut se jouer en millisecondes. Une rafale lente (3 à 5 i/s) est souvent suffisante pour réussir.
- Le summum de l’action : En sport, on recherche le moment où le sauteur est au sommet ou le moment précis du contact balle/raquette. Ici, 10 à 20 i/s deviennent nécessaires.
- L’éthologie imprévisible : En photo animalière, un oiseau qui s’envole ou un prédateur qui bondit sont des actions si rapides que le réflexe humain s’avère trop lent. Une rafale rapide permet de compenser ce retard physiologique.

Anatomie d’une rafale : que se passe-t-il quand on déclenche ?
Pour saisir pourquoi certains appareils coûtent 500 euros et d’autres 6000 euros, il faut examiner ce qui se passe à l’intérieur lors d’une rafale.
Imaginez un appareil doté d’un capteur de 45 mégapixels (comme le Canon EOS R5 II ou le Nikon Z8) prenant 20 images par seconde.
- Chaque fichier RAW pèse environ 50 Mo (ou plus).
- 20 images x 50 Mo = 1000 Mo (1 Go) de données par seconde. C’est un débit colossal que l’appareil doit gérer en temps réel.
Voici les goulets d’étranglement :
Le processeur
C’est lui (Bionz chez Sony, Digic chez Canon, Expeed chez Nikon) qui doit traiter le signal analogique du capteur, le convertir en numérique, appliquer la réduction de bruit, gérer l’autofocus, et acheminer le tout vers la mémoire. La puissance de calcul requise pour gérer 30 i/s avec suivi d’autofocus est immense.
La mémoire tampon (buffer)
C’est le composant le plus critique et souvent le plus mal compris. Le buffer est une mémoire vive ultra-rapide intégrée à l’appareil.
- Le capteur prend les photos plus vite que la carte SD ne peut les écrire.
- Les photos sont donc temporairement stockées dans la mémoire tampon.
- Le buffer écoule ensuite les photos vers la carte mémoire au rythme de cette dernière.
Cependant, la taille du buffer est limitée. Si vous photographiez en RAW à 20 i/s et que votre buffer ne peut contenir que 40 images, vous ne pourrez shooter que pendant… 2 secondes. Ensuite, l’appareil se bloque ou ralentit considérablement (par exemple, de 20 i/s à 1 ou 2 i/s). C’est la frustration majeure des photographes de sport amateurs. Les appareils pros se distinguent souvent non seulement par la qualité d’image, mais aussi par la taille de leur buffer (qui permet parfois de capturer 1000 images sans interruption).

La carte mémoire
La carte mémoire détermine la vitesse à laquelle le buffer se vide. Un buffer rapide couplé à une carte lente crée un embouteillage : les photos s’accumulent sans pouvoir être écrites, et l’appareil finit par se bloquer.
Bien choisir sa carte mémoire
Acheter un boîtier capable de faire 60 i/s et lui associer une carte SD basique revient à acquérir une Ferrari pour rouler en première sur un chemin de terre. Pour la rafale, la capacité (64 ou 128 Go) importe peu ; c’est la vitesse d’écriture qui compte.
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Les standards de carte mémoire à connaître
Il existe souvent une confusion entre vitesse de lecture (souvent indiquée en gros sur la carte, ex : « 300 MB/s ») et vitesse d’écriture (généralement plus lente).
- SD UHS-I (V30) : c’est le standard grand public. Il plafonne généralement autour de 40-90 Mo/s en écriture. C’est insuffisant pour de la rafale rapide en RAW. Le buffer saturera presque instantanément.
- SD UHS-II (V60 ou V90) : reconnaissables à leur double rangée de connecteurs au dos.
- Les cartes V90 garantissent une écriture minimale de 90 Mo/s (et peuvent atteindre jusqu’à 250 Mo/s). Elles sont indispensables pour des rafales soutenues sur les boîtiers experts (Fujifilm X-T5, Sony A7 V, Canon R6).
- CFexpress : c’est le standard des boîtiers professionnels. Elles utilisent l’interface PCIe (comme les SSD).
- CFexpress Type B (Nikon, Canon, Panasonic) : plus volumineuses, elles atteignent des vitesses élevées de 1500 Mo/s. Avec elles, le buffer se vide instantanément. La rafale devient pratiquement « infinie ».
- CFexpress Type A (Sony) : plus compactes, un peu moins rapides que les B, mais bien supérieures aux cartes SD.

Si votre budget est limité et que votre buffer sature, envisagez de changer de format de fichier. Passer de RAW à C-RAW (RAW compressé sans perte visible) ou à JPEG permet souvent de doubler ou tripler la durée de la rafale avant blocage.
Les compromis de la vitesse extrême
Pour atteindre des cadences extrêmes (20, 30 ou 60 i/s), le processeur doit parfois sacrifier la profondeur de couleur pour accélérer la lecture du capteur. Le standard de qualité est le RAW 14 bits (4 398 milliards de couleurs), mais en mode rafale maximale, de nombreux appareils passent automatiquement en RAW 12 bits (68 milliards de couleurs), voire 10 bits (1 milliard de couleurs).
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Fichier RAW : qu’est-ce que le format RAW utilisé en photographie ?
La conséquence ? Une diminution de la latitude dans les ombres. Si vous tentez d’éclaircir fortement une photo sous-exposée, vous risquez de constater une postérisation (des bandes de couleur) là où un fichier 14 bits aurait maintenu un dégradé fluide.
Faut-il s’en soucier ? Pour le sport ou le reportage, c’est souvent imperceptible. Cependant, pour la photo animalière dans des paysages à haute dynamique, où un post-traitement important est requis, il peut être préférable de revenir à une rafale modérée pour conserver les 14 bits.
Obturateur mécanique vs électronique
C’est la grande transition technique des années 2020.
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Vitesse d’obturation en photo : tout comprendre pour maîtriser le mouvement
Traditionnellement, un appareil photo utilise un obturateur mécanique : deux rideaux physiques qui s’ouvrent et se ferment devant le capteur pour laisser passer la lumière.

Les limites de l’obturation mécanique
Faire bouger des pièces physiques nécessite de l’énergie et du temps.
- Vitesse max : il est difficile de dépasser 15 i/s mécaniquement sans risquer de créer des vibrations, ce qui peut entraîner des images moins nettes.
- Bruit : le « clac-clac-clac » d’une rafale mécanique peut être dérangeant dans certains contextes (mariages, concerts, sports…).
- Usure : un obturateur mécanique est une pièce d’usure (sa durée de vie est souvent donnée pour 200 000 à 500 000 déclenchements).
L’avènement de l’obturation électronique
L’obturateur électronique ne nécessite aucune pièce mobile. Le capteur s’allume et s’éteint électroniquement.
- Vitesse : il permet d’atteindre 20, 30, 60, voire 120 i/s.
- Silence : il est totalement inaudible.
- Pas d’usure : aucune pièce n’est en mouvement.
Le problème du Rolling Shutter (et la solution stacked)
Le principal défaut de l’obturateur électronique est le Rolling Shutter. Sur la plupart des capteurs photo, l’appareil ne lit pas tous les pixels en même temps. Il lit l’image ligne par ligne, du haut vers le bas. Si ce balayage prend du temps (par exemple, 1/15ème de seconde) et que votre sujet bouge très vite (comme une voiture de F1, ou un club de golf), le sujet aura bougé entre le moment où le haut de l’image est enregistré et celui où le bas l’est.

Le résultat ? Des lignes verticales qui deviennent diagonales.
La conception du capteur influe significativement, selon qu’il s’agit d’un capteur classique, rétroéclairé (BSI), empilé ou doté d’un obturateur global :
- Capteur CMOS classique (FSI) : le câblage est devant les photodiodes. La lecture est lente, entraînant un Rolling Shutter très marqué.
- Capteur BSI (Back-Side Illuminated) : le câblage est derrière. L’objectif premier est de capter plus de lumière (meilleure sensibilité ISO). Si la vitesse de lecture s’améliore légèrement par rapport au FSI, cela ne suffit pas à éliminer les déformations lors d’actions rapides.
- Capteur stacked BSI (empilé) : Il offre une réelle révolution en matière de vitesse. Une couche de mémoire vive (DRAM) et de circuits logiques est soudée directement au dos du capteur. Les informations sont « aspirées » instantanément. La vitesse de lecture est telle que le Rolling Shutter devient imperceptible à l’œil nu. C’est ce qui équipe les Sony A1, Nikon Z8/Z9 ou Canon EOS R3.
- Capteur avec obturateur global : la référence, introduite sur le Sony A9 III. Tous les pixels sont lus simultanément, éliminant toute distorsion, quelle que soit la vitesse du sujet.

Rafale et autofocus : ne tirez pas dans le vide
Une rafale à 120 i/s n’est d’aucune utilité si vous obtenez 120 photos floues. La cadence de prise de vue est indissociable de la capacité de calcul de l’autofocus (AF).
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Le piège des astérisques
Il est crucial de se méfier des brochures publicitaires. Parfois, la vitesse maximale (ex : « 30 i/s ») est annoncée avec l’autofocus bloqué sur la première image (AF-S). Si le sujet s’approche, dès la deuxième photo, il sera flou. Pour la rafale, seul le mode AI Servo — chez Canon — ou AF-C (Continu) — chez les autres marques — est pertinent. L’appareil doit recalculer la distance de mise au point entre chaque image.
L’apport de l’IA (Deep Learning)
Aujourd’hui, la rafale repose sur des processeurs neuronaux dédiés. L’appareil ne se contente plus de chercher du contraste, il comprend la scène.
- Reconnaissance sémantique : Il sait identifier un humain, un chien, un oiseau, une voiture, un train ou un avion.
- Le suivi des yeux : Essentiel. Même si le sujet tourne ou se cache derrière un arbre, l’appareil maintient la mise au point sur l’œil ou la tête.
Cela permet au photographe de se concentrer sur le cadre. On compose, on déclenche, l’appareil gère la netteté à 20 i/s.
Les fonctions avancées dérivées de la rafale
La puissance de calcul requise pour la rafale a favorisé l’émergence de fonctions de photographie computationnelle, intégrées directement dans les boîtiers.
Le pré-déclenchement
C’est sans doute l’outil le plus efficace pour la photo animalière et le sport.
- Le problème : Le temps de réaction humain est d’environ 0,2 seconde. Lorsque vous voyez un oiseau s’envoler et que vous déclenchez, il est déjà hors du cadre.
- La solution : Lorsque vous appuyez à moitié sur le déclencheur, l’appareil commence à enregistrer des images dans le buffer sans les écrire sur la carte. Il conserve en mémoire tampon « glissante » les 0,5 ou 1 dernière seconde. Lorsque vous appuyez complètement, l’appareil enregistre sur la carte les photos de l’action qui se sont produites avant que vous ne déclenchiez. Cela revient à remonter le temps.
Le focus stacking pour la macro, une histoire de rafale
Le focus stacking est une technique prisée en macro et en photographie de paysage. En macro, la profondeur de champ est minuscule (parfois 1 mm, même avec une ouverture minimale). En mode « bracketing de focus », l’appareil utilise sa cadence de rafale pour réaliser une série de 15, 30 ou 100 photos, en décalant la mise au point de quelques microns entre chaque image. Ces images sont ensuite fusionnées (soit directement dans le boîtier pour certains modèles, soit via des logiciels comme Photoshop/Helicon Focus) pour obtenir une image à la netteté parfaite du premier plan à l’infini, impossible à obtenir en une seule prise.

Le bracketing d’exposition
Pour les scènes à fort contraste (intérieur sombre avec des fenêtres lumineuses), la rafale permet de prendre 3 à 7 photos à des expositions différentes (-2 IL, 0, +2 IL) si rapidement que le photographe peut le faire à main levée, sans trépied. Les logiciels peuvent ensuite aligner les micro-mouvements pour créer une image HDR parfaite.
Le workflow : gérer l’avalanche de données
C’est l’aspect le plus souvent négligé. Utiliser la rafale modifie votre approche du stockage et du tri. Revenir d’un match de foot avec 4000 photos est courant.
Il faut réapprendre à déclencher. N’appuyez pas constamment sur le déclencheur comme vous le feriez sur une gâchette de jeu vidéo. Apprenez à effectuer des salves courtes. Cela préserve votre buffer, votre batterie et votre santé mentale lors du tri.
Le tri sélectif
N’importez jamais directement 4000 RAW dans Lightroom ou Capture One. Ces logiciels créent des aperçus et catalogues volumineux, ralentissant ainsi l’ordinateur.
- Étape 1 : Utilisez une visionneuse ultra-rapide (Photo Mechanic est la référence professionnelle, FastRawViewer est une alternative moins coûteuse). Ces logiciels lisent le JPEG intégré au RAW instantanément.
- Étape 2 : Effectuez un premier passage rapide. Marquez les photos floues ou ratées pour une suppression immédiate. Sélectionnez les potentielles avec une étoile.
- Étape 3 : N’importez dans votre logiciel de retouche que les photos étoilées. Vous passerez de 4000 images à 150 images réellement à traiter.

Le stockage
La rafale consomme des téraoctets d’espace disque. La règle de sauvegarde 3-2-1 est vitale :
- 3 copies de vos données.
- Sur 2 supports différents (par exemple : SSD interne + disque dur externe).
- Dont 1 copie hors site (cloud ou disque chez un ami) pour se protéger contre le vol ou l’incendie. Investir dans un NAS (serveur de stockage en réseau) devient rapidement indispensable pour les passionnés de rafale.

