L’un des principaux artisans de la chute de Carlos Ghosn témoigne

Avec la fuite de M. Ghosn au Liban fin 2019 avant le début de son procès au Japon pour malversations financières, seul son ancien assistant américain Greg Kelly, 64 ans, est jugé au pénal depuis septembre.

M. Kelly est accusé d’avoir illégalement et sciemment omis de mentionner dans les rapports boursiers de Nissan de 2010 à 2018 une rémunération d’environ 9,2 milliards de yens (73 millions d’euros) que M. Ghosn était censé toucher ultérieurement.

Les audiences depuis le début de ce procès sont souvent très techniques, passant au peigne fin les divers moyens avec lesquels M. Ghosn cherchait selon ses accusateurs à contourner une loi japonaise renforçant à partir de 2010 la transparence sur la rémunération des patrons.

En costume sombre, M. Nada, ancien membre de la garde rapprochée de M. Ghosn chez Nissan, a déclaré jeudi que l’ex-patron voulait réduire la partie publiée de sa rémunération parce qu’il craignait de perdre son poste en cas de scandale lié à l’importance de ses revenus, a rapporté la chaîne de télévision japonaise NHK.

Constamment debout devant les juges, il a ajouté qu’il avait été missionné par M. Kelly pour trouver par conséquent des moyens d’augmenter la part de rémunération que M. Ghosn devait toucher après sa retraite de Nissan.

« Nous sommes arrivés à la conclusion que nous pouvions inclure des SAR (primes indexées sur la performance de l’action Nissan sur une période donnée, NDLR) dans ces calculs », a notamment déclaré M. Nada, selon un journaliste de l’AFP sur place.

Comme M. Ghosn, M. Kelly nie depuis le début avoir violé les règles boursières japonaises, soulignant qu’il cherchait une façon « légale » de rémunérer davantage le grand patron.

Les rémunérations supplémentaires de M. Ghosn n’avaient pas été définitivement validées par Nissan, fait aussi valoir la défense de M. Kelly, qui risque jusqu’à dix ans de prison.

M. Nada a été protégé de poursuites judiciaires en collaborant avec la justice japonaise avant l’éclatement de l’affaire Ghosn, en vertu d’un nouveau statut de « lanceur d’alerte ».

Il est toujours employé par Nissan, qui peut difficilement le licencier malgré ses anciens liens très ambigus avec MM. Ghosn et Kelly.

L’ancien directeur général de Nissan, Hiroto Saikawa – poussé à la démission en septembre 2019 après avoir dû révéler qu’il avait lui-même perçu des SAR en excès sous Carlos Ghosn – doit comparaître fin février au procès de M. Kelly, en tant que simple témoin lui aussi.

Le nouveau directeur général de Nissan, Makoto Uchida, doit quant à lui témoigner début juillet, à la fin du procès.