L’OCDE enjoint aux Etats de prolonger leur soutien à l’économie en 2021

« Moins de consommation, moins d’investissement, moins de production, moins d’échanges commerciaux, moins d’emploi »: c’est ainsi que Laurence Boone, la chef économiste de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a résumé la situation économique mondiale.

Les chiffres donnent le tournis: entre la fin 2019 et la fin 2021, l’économie mondiale pourrait avoir perdu 7.000 milliards de dollars, « soit le PIB cumulé de l’Allemagne et de la France ». Un manque à gagner qui pourrait être ramené à 4.000 milliards dans le meilleur scénario d’évolution du virus, mais atteindre 11.000 milliards dans le pire scénario.

Car une chose est sûre: « le niveau d’incertitude demeure extrêmement élevé » et le Covid-19, qui a franchi mercredi le seuil des cinq millions de personnes contaminées en Inde et continue de tétaniser l’Europe, « va nous accompagner dans les 12 à 18 mois qui viennent ».

« La politique, ça compte »

En dépit de ce tableau noir, la leçon à tirer de cette crise est que « la politique, ça compte », et que « les gouvernements ont encore beaucoup de marge d’action », a ajouté Laurence Boone, en présentant les perspectives économiques intermédiaires de l’OCDE.

Par rapport à juin, l’organisation basée à Paris se montre moins catastrophiste pour 2020, notamment « grâce aux résultats meilleurs que prévu enregistrés en Chine et aux États-Unis au premier semestre ». Elle table ainsi sur un recul de 4,5% du PIB mondial, contre une récession de 6% en juin.

Un chiffre qui masque des « différences considérables » selon les pays, entre l’Inde dont le PIB devrait plonger de 10,2% et la Chine qui devrait être la seule économie du panel à afficher une croissance cette année, de 1,8%.

Mais si la Chine, où l’épidémie a éclaté plus tôt, en décembre 2019, a de l’avance sur les autres pays, elle ne devrait pas être un « moteur » de la reprise mondiale comme elle l’a été après la crise de 2008, a tempéré Mme Boone. En effet, le modèle chinois est désormais davantage tiré par la consommation intérieure que par les exportations, a-t-elle souligné.

L’autre bonne surprise vient des États-Unis, qui devraient faire mieux que la moyenne mondiale avec un recul du PIB estimé à 3,8% en 2020. L’Allemagne (-5,4%) devrait, elle, faire mieux que la zone euro (-7,9%). En revanche, la France (-9,5%), l’Italie (-10,5%) et le Royaume-Uni (-10,1%) devraient accuser fortement le coup, et rebondir un peu moins en 2021 que ce que l’OCDE anticipait en juin.

« Peur de sortir »

Pour 2021, l’OCDE se montre un peu moins optimiste, tablant sur un rebond de 5% en 2021 (contre +5,2% anticipé en juin). En effet, après avoir accéléré au printemps, lorsque les mesures de confinement destinées à combattre la pandémie de coronavirus ont été allégées, « le rythme de la reprise mondiale a perdu de son élan au cours des mois d’été, en particulier dans les économies les plus avancées », constate-t-elle.

Surtout, « clé de la reprise », la confiance demeure « faible », déplore la chef économiste. En atteste un sondage réalisé par YouGov mesurant la proportion de personnes disant « éviter de sortir en général » pour se protéger du virus: 70% en Inde, 55% aux États-Unis, près de 40% en France et en Grande-Bretagne, et près de 30% en Allemagne et en Italie.

« Les gens ont encore très peur de sortir et cela n’a pas beaucoup changé depuis mai », a commenté Mme Boone.

Aussi, « ne répétez pas les erreurs de 2008, n’interrompez pas votre soutien budgétaire trop tôt », a-t-elle dit à l’adresse des gouvernants, qu’elle a appelés également à revoir leur politique de formation professionnelle, encore trop ciblée sur les travailleurs qualifiés.

Enfin, « cette crise offre une opportunité de changer » de modèle de croissance. Or, pour l’instant, « les ambitions sont très élevées mais les engagements concrets trop rares » en matière de transition écologique, a-t-elle pointé du doigt.