L’IA menace désormais les architectes, après traducteurs et graphistes.
Une étude Coface et OEM, qui sera publiée début avril, explique que ce sont cinq millions d’emplois en France qui seront, sinon menacés, tout au moins fragilisés par l’implémentation grandissante de l’intelligence artificielle générative. Dans le top 3 des métiers considérés par l’étude comme menacés, on trouve l’architecture et l’ingénierie, avec 26,9 % des tâches qu’il est désormais possible d’effectuer de manière automatique par des IA.
L’intelligence artificielle générative (IA) suscite des réactions variées. D’un côté, elle permet de créer des images amusantes, de retranscrire des fichiers audio ou d’assister dans des tâches pratiques. De l’autre, l’émergence d’une IA au bureau, capable d’effectuer plus rapidement certaines tâches, peut susciter des craintes. Plusieurs métiers, notamment ceux de traducteurs et de graphistes, ressentent déjà les effets négatifs de l’IA. À mesure que ces technologies progressent, la liste des professions menacées continue de s’allonger.
Selon une étude de Coface et OEM, relayée par Mobigeeks et à paraître début avril, cinq millions d’emplois en France pourraient être fragilisés par l’adoption croissante de l’intelligence artificielle générative. Initialement, on pensait que l’IA se contenterait d’automatiser des tâches répétitives, mais il apparaît qu’elle impactera également des emplois plus qualifiés.
Dans le classement des métiers perçus comme menacés, l’architecture et l’ingénierie figurent en bonne place. Coface et OEM indiquent que 26,9 % des tâches de ces secteurs peuvent désormais être réalisées automatiquement par des IA. Le secteur de l’architecture éprouve déjà des difficultés ; une enquête de 2025 menée par le Crédoc révèle une diminution de 7 % des agences ayant réussi à dégager des bénéfices. Presque la moitié d’entre elles anticipent une baisse de leurs revenus pour 2026.
Myrtille Allard, directrice de l’agence Redcat architecture à Rennes, confie à 20 Minutes : « L’arrivée grandissante de l’IA, d’un côté ça fait peur. Parce qu’on voit ce qui arrive aux graphistes, à qui on confiait nos perspectives et qui, aujourd’hui, n’ont plus de boulot parce que n’importe quelle agence est capable grâce à l’IA de sortir ses propres images pour les concours ».
L’enquête du Crédoc montre que « presque deux tiers des agences ayant moins de deux ans utilisent ces outils » d’IA. Une agence d’architectes du Nord, qui préfère rester anonyme, précise que « beaucoup de tâches administratives passent désormais par l’IA, comme les dossiers d’appels d’offres ». Redcat envisage également de s’adapter à cette technologie pour ne pas « laisser passer le train ». Myrtille Allard souligne que l’IA peut être bénéfique pour les « tâches sans valeur ajoutée, dans les appels d’offres pour mettre en place des tableaux analytiques ». Elle admet qu’« une agence utilisant un moteur IA pour traiter plusieurs dossiers dans la journée sera plus compétitive qu’une agence où un humain ne pourrait en traiter qu’un ».
Sridhar Ramaswamy, directeur général de Snowflake, une entreprise spécialisée en cloud AI, estime qu’« à l’horizon 2026, l’usage des outils d’IA deviendra aussi fondamental que l’utilisation d’un ordinateur ». Il ajoute : « L’écart entre ceux qui adoptent rapidement ces outils et ceux qui peinent à s’adapter devient très visible. Et ce sont ce type de différences qui risquent d’être difficiles à gérer à mesure qu’elles se généralisent dans le monde du travail. »
Chez Redcat, on persiste à croire que « l’architecte est une sorte de chef d’orchestre qui a une conscience profonde de l’acte de construire ». Néanmoins, Myrtille Allard affirme que l’IA offre un « vrai gain de temps, même sur des processus très créatifs ». Une IA liée à un logiciel de modélisation peut déjà générer des projets rapidement. Toutefois, elle peut négliger des détails cruciaux, ce qui pourrait appauvrir la conception architecturale.
La puissance de l’IA continue de croître. L’entreprise Luma, spécialisée en IA générative, a noté que « lorsqu’un architecte humain esquisse un bâtiment, il ne trace pas simplement des lignes, il simule simultanément la structure, la lumière, la dynamique spatiale et l’expérience vécue ». Lors du lancement de sa « nouvelle catégorie de collaborateurs IA », Luma a annoncé que ses agents seraient capables « d’exécuter de bout en bout des travaux créatifs à travers le texte, l’image, la vidéo et l’audio ».
Luma rassure cependant : les humains conserveront la responsabilité de « définir l’intention créative », tandis que les agents s’occuperont de l’orchestration et de l’exécution. Ces tâches représentent probablement les 27 % de tâches exposées aux architectes.

