Les sanctions américaines, une décision « pernicieuse » et « arbitraire » selon Huawei

Le géant des télécoms Huawei a fustigé lundi les dernières mesures de l’administration Trump visant à entraver la capacité du groupe chinois à mettre au point des semi-conducteurs à l’étranger grâce à de la technologie américaine. 

D’après le groupe chinois, ces sanctions l’acculent à la « survie » et risquent en outre de perturber fortement les chaînes d’approvisionnement mondiales. Elles auront en outre des conséquences pour plus de 3 milliards de personnes qui utilisent les produits et services de l’entreprise chinoise. Huawei a été mis sur liste noire par les Américains il y a un an. L’entreprise n’est plus autorisée à utiliser certaines technologies américaines. Les téléphones de la marque, par exemple, ne sont plus autorisés à avoir une version étendue du système d’exploitation Android de Google. Il y avait néanmoins des possibilités de contourner cette sanction.

Les Etats-Unis ont dès lors annoncé vendredi des mesures visant à entraver la capacité du numéro deux mondial du smartphone à mettre au point des semi-conducteurs à l’étranger grâce à de la technologie américaine.

Le ministère américain du Commerce a expliqué avoir « ciblé stratégiquement et très précisément les achats de semi-conducteurs par Huawei, qui sont directement issus » du savoir-faire américain.

Il s’agit d’une décision « arbitraire et pernicieuse » et qui « aura des conséquences sur un grand nombre d’industries dans le monde », a réagi Huawei dans un communiqué. Les sanctions affectent « l’expansion, la maintenance et la gestion » des réseaux mobiles dans plus de 170 pays, qui, selon l’entreprise, valent des centaines de milliards.

L’administration Trump perçoit Huawei comme une menace pour la sécurité nationale américaine. Les Etats-Unis soupçonnent l’entreprise d’espionnage au profit des autorités chinoises, chose que le groupe nie catégoriquement, et se dépensent sans compter auprès de leurs alliés pour qu’ils empêchent Huawei d’accéder au marché de la 5G.

Le groupe basé à Shenzhen (sud de la Chine) se revendique comme le champion mondial de cette nouvelle norme de téléphonie mobile qui doit démultiplier vitesse et capacité de transmission.

Pour justifier leurs nouvelles mesures, les autorités américaines assurent que Huawei contourne de précédentes restrictions imposées depuis 2019. Le groupe chinois et 114 filiales avaient alors été placées sur une liste noire, qui oblige les entreprises à obtenir une licence pour pouvoir exporter des produits américains.

Washington accorde toutefois un délai pour l’application de ces restrictions. Il a été renouvelé vendredi pour 120 jours.

Les nouvelles mesures auront « inévitablement des répercussions sur nos affaires », a reconnu lors d’une conférence l’actuel président en exercice de Huawei, Guo Ping. Il a toutefois refusé de les chiffrer.

Selon le géant chinois, elles seront contre-productives: « Les États-Unis utilisent leur propre puissance technologique pour écraser les entreprises des autres pays. Cela mine la confiance des entreprises internationales dans la technologie américaine. En fin de compte, cela va nuire aux intérêts américains. »

« La survie est la clé pour nous maintenant », a encore souligné M. Guo, reprenant un terme déjà utilisé dans le passé par Huawei pour réagir aux sanctions américaines. « Mais nous sommes confiants de pouvoir prochainement trouver des solutions », a cependant assuré le président de Huawei.

Après avoir été relégué au deuxième plan par la crise du coronavirus, le conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine semble reparti de plus belle, sur fond de détérioration de leurs relations en raison de la pandémie de Covid-19, dont le président américain Donald Trump impute la responsabilité à Pékin.

Face aux dernières sanctions américaines, « la Chine prendra les mesures qui s’imposent pour défendre fermement les droits et intérêts légitimes des entreprises chinoises », avait répliqué dimanche le ministère chinois du Commerce dans un communiqué. « La Chine exhorte les Etats-Unis à cesser immédiatement ses mauvaises actions », avait ajouté le ministère, considérant les restrictions comme une « menace sérieuse sur les chaînes d’approvisionnement mondiales ».