« Les gouvernements ne voulaient pas dépenser des milliers de dollars en janvier, maintenant ils vont devoir dépenser des milliards »

« Non la pandémie de coronavirus n’est pas un cygne noir », a lancé Nassim Nicholas Taleb dans une interview à Bloomberg. 

Pour le statisticien et ancien trader libanais, la pandémie était prévisible et ne peut donc pas être qualifiée de « cygne noir », terme qu’il a inventé pour un événement imprévisible, rare et catastrophique, dans son best-seller de 2007, « la puissance de l’imprévisible ». Dans son essai, Nassim Nicholas Taleb théorisait la survenue d’événements rares, qu’il juge imprédictibles. Selon lui, « les hommes rationalisent a posteriori les événements ayant bouleversé leur existence ».

Or le risque de pandémie était tout à fait prévisible, Bill Gates et d’autres l’avaient prédit. « En janvier, nous avions déjà émis un avertissement alors que le virus était encore principalement confiné à la Chine », déclare-t’il. « Les gouvernements de l’époque ne voulaient pas le voir pour ne pas dépenser des milliers de dollars, maintenant ils vont devoir dépenser des milliards pour y faire face. »

L’avertissement auquel l’ancien trader fait référence est un article du 26 janvier qu’il a co-écrit avec Joseph Norman et Yaneer Bar-Yam. Le document explique que, en raison d’une « connectivité accrue », la propagation sera « non linéaire » – deux facteurs clés qui ont alerté Taleb. Pour les statisticiens, la « non-linéarité » décrit des événements très semblables à une pandémie, en raison de données « connues » (la contagion par exemple) et « d’inconnues » (le temps d’incubation chez l’homme ou les mutations du virus). Dans son article, Taleb et les co-auteurs préconisaient aux gouvernements « d’agir rapidement et « d’éviter le sophisme selon lequel avoir un respect approprié de l’incertitude face à une éventuelle catastrophe irréversible équivaut à de la paranoïa. »

Pour lui, la pandémie était prévisible dans la mesure où c’est une des conséquences de la mondialisation. « Mais il n’y a rien à craindre de la mondialisation tant que l’on connaît les effets secondaires », affirme-t-il. « Le problème, c’est que les gens regardent les choses sans les effets secondaires. » S’il se dit fervent partisan de la mondialisation, il préconise une attention toute particulière à l’origine des problèmes et pour rendre cela plus facile, « il faudra revenir à un système décentralisé, où les gens prennent des décisions localement. »