Les Bourses européennes retrouvent de l’entrain, Wall Street se replie

Au terme d’une séance hésitante, les Bourses européennes sont finalement parvenues à rester dans le vert mardi mais Wall Street a fini par plier, alors que la pandémie de coronavirus continue à générer de profondes incertitudes sur les marchés.

L’indice vedette de la Bourse de New York, le Dow Jones Industrial Average, a cédé 1,84%. Il achève ainsi dans le rouge son pire mois depuis 2008 (-13,7%) et son pire trimestre depuis 1987 (-23%).

L’indice élargi S&P 500, qui représente les 500 plus grandes entreprises de Wall Street, a lui baissé de 1,60%, encaissant une baisse de 20% depuis début 2020. Le Nasdaq, à forte coloration technologique, a reculé plus modestement de 0,95%.

Côté européen, la Bourse de Francfort a terminé en hausse de 1,22% et celle de Londres de 1,95% tandis que la progression a été moins marquée à Paris (+0,40%) où le luxe, les bancaires et l’aéronautique ont pesé.

Milan a pour sa part progressé de 1,06% et Madrid de 1,88%.

Les marchés européens ont notamment pu profiter de la remontée surprise de l’activité manufacturière en Chine en mars ainsi que de premiers signes encourageants sur le front sanitaire européen.

Si le bilan de l’épidémie s’est de nouveau alourdi mardi dans le monde, avec plus de 41.000 morts, en Italie, pays qui enregistre le plus grand nombre de décès, le confinement commence à produire des résultats encourageants après trois semaines.

L’annonce de la Réserve fédérale américaine sur la mise en place mardi d’un nouveau dispositif permettant à des banques centrales étrangères, notamment, d’avoir facilement accès à des dollars en échangeant « temporairement » leurs bons du Trésor américains contre des billets vert ne semblait pas suffire à calmer la nervosité ambiante.

« Pour observer une accalmie durable, il faudra d’abord une véritable stabilisation sur le plan sanitaire », souligne auprès de l’AFP Vincent Juvyns, stratégiste de JPMorgan AM.

« On nous annonce un pic prochain, mais tout ceci reste encore au conditionnel et appelle à la prudence », poursuit-il.

Le pétrole, après avoir chuté lundi à son plus ba niveau depuis 18 ans, s’est stabilisé, le Brent à Londres finissant quasi inchangé à 22,74 dollars tandis que le WTI à New York a progressé de 1,9% à 20,48 dollars. Les deux barils ont toutefois perdu 66% de leur valeur depuis le début de l’année, ce qui représente leur plus lourde chute trimestrielle depuis la création de ces contrats dans les années 1980.

Ils sont touchés de plein fouet par la chute de la demande liée au nouveau coronavirus et la guerre des prix à laquelle se livrent la Russie et l’Arabie saoudite.

L’euro continuait à faiblir face au billet vert tandis que le marché de la dette a conservé son flegme des derniers jours, largement abreuvé par la générosité des banques centrales.

Seuls les taux à dix ans de la France et de l’Espagne ont enregistré une tension un peu plus marquée mardi.

Nous avons « des banques centrales qui ont sifflé la fin de la partie sur la hausse des taux souverains » et, en particulier, sur le taux italien, relève auprès de l’AFP Alexandre Neuvy, responsable de la gestion privée chez Amplegest.

La clé du temps 

« Ce qui assure malgré tout un retour à davantage de sérénité, c’est l’arsenal de mesures sans précédent déployées rapidement tant par les banques centrales que par les gouvernements », et ce « beaucoup plus rapidement qu’en 2008 et de manière mieux coordonnée », estime M. Juvyns.

Et, au-delà de la crise sanitaire, l’autre clé pour permettre un rebond solide et prolongé reste la durée du confinement et de la paralysie économique qu’il provoque.

Nous n’arrivons « pas à donner un prix aux actifs tant que nous n’avons pas de visibilité sur la durée du confinement et de l’arrêt de l’économie », ajoute M. Neuvy.

« De combien les résultats d’entreprises vont baisser en 2020 et de combien ils devraient rebondir en 2021? C’est la grande question », selon lui.

« La crise est plus intense qu’en 2008 mais l’espoir réside désormais dans le fait qu’elle ne soit que temporaire », analyse pour sa part M. Juvyns.

« Il y aura une vie après la crise du coronavirus. Mais il s’agit d’éviter une vague de faillites et la montée en flèche du chômage », développe-t-il. « Aux Etats-Unis, c’est comme une casserole de lait, cela monte vite mais cela redescend aussi vite » tandis qu’en Europe, résorber le chômage est plus délicat.

Mais, rappelle-t-il, « l’Union européenne est mieux équipée en filets de sécurité sociaux, c’est aussi pour cela qu’il y a une différence dans les montants débloqués » et que les Etats-Unis ont ainsi mis plus de 2.000 milliards sur la table.