Le secteur pharmaceutique a du potentiel, en Europe et ailleurs

Quel secteur privilégier au cours des dix prochaines années? C’est une question récurrente. Les prévisions à long terme laissent souvent dubitatifs. Cela étant dit s’il fallait me prononcer, j’opterais pour le secteur pharmaceutique.

– Chronique signée Ken Fisher, président et directeur de Fisher Investments Europe.

Ce secteur renferme des sociétés innovantes qui sont déjà prospères et, par ailleurs, il peut s’appuyer sur des facteurs structurels qui devraient lui être favorables au cours des prochaines décennies. En outre, les grandes valeurs pharmaceutiques sont actuellement bon marché et traversent une phase idéale de fin de cycle de marché haussier. Si le BEL 20 permet de s’exposer à la santé dans une certaine mesure, le reste de l’Europe et du monde offrent bien plus de possibilités. N’hésitez donc pas à faire vos emplettes tant ici qu’à l’étranger.

La plupart des observateurs auraient tendance à privilégier le secteur technologique au cours des dix prochaines années uniquement parce qu’il est très prisé. Avec un gain de… 678% (au 30 septembre), les valeurs technologiques écrasent la concurrence depuis le début du cycle haussier actuel, y compris le secteur de la santé, qui n’a progressé « que » de 379%. Sur les trois dernières années, la technologie a signé une envolée de 80%, soit deux fois mieux que les actions mondiales (38%). La santé n’a quant à elle avancé que de 30%. Les performances exceptionnelles des sociétés technologiques et leurs discours séduisants, ces entreprises entendant changer le monde, attirent de nombreux investisseurs.

Je suis optimiste à l’égard du secteur technologique, et en particulier des plus grands noms de ce secteur, mais la santé compte elle aussi des entreprises qui se veulent révolutionnaires. Les chercheurs ont de plus en plus recours à l’intelligence artificielle pour élargir l’ensemble des données au-delà des essais cliniques. D’autres ont découvert de nouveaux modes de décongélation d’organes, ce qui est crucial dans le cadre des transplantations. Des chercheurs de l’hôpital universitaire de Gand (UZ Gent) viennent pour leur part d’identifier des cellules spécifiques non atteintes par les inhibiteurs du SIDA. Il s’agit là d’une étape clé dans la quête d’un moyen d’éradiquer la maladie. Evoquons encore le cas de chirurgiens belges ayant récemment joué un rôle crucial dans la mise au point d’un nouvel implant méniscal, lequel constitue une alternative de choix au remplacement total du genou. Ce genre de découvertes capitales est très fréquent.

La demande devrait également progresser parallèlement au vieillissement de la population, qui devient également plus prospère et consomme dès lors davantage de soins de santé. Nous vivons plus longtemps que par le passé. Selon les statistiques de la Banque mondiale, l’espérance de vie au sein des nations à revenu élevé est passée de 70,1 ans en 1967 à 80,7 ans en 2017. En Belgique, ce chiffre est passé de 71,0 à 81,4 ans.

Les nations à faible revenu sont à la traîne mais rattrapent rapidement leur retard. Leur espérance de vie, qui était de 42,4 ans en 1967, atteignait 63,4 ans en 2017. Il y a donc de plus en plus de personnes âgées, où que vous soyez. La population mondiale des plus de 65 ans, qui se chiffrait à 184 millions en 1968, s’est établie à 673 millions l’an dernier et devrait atteindre un milliard d’ici 2030 selon les Nations Unies. En Belgique, les plus de 65 ans représentent aujourd’hui 18,8% de la population, contre 13,2% il y a 50 ans.

S’il est certes appréciable de pouvoir vivre plus longtemps, les maladies liées au vieillissement sont de plus en plus nombreuses. Le diabète est ainsi de plus en plus fréquent. En cause, l’impact du vieillissement et de l’accroissement de la richesse dans les pays en développement sur le mode de vie. 425 millions de personnes sont atteintes de diabète à travers le monde et ce chiffre devrait bondir de près de 50% d’ici 2045. Selon l’Institute for Health Metrics and Evaluation, le nombre de personnes atteintes d’un cancer dans le monde est passé de 45 millions en 1990 à 100 millions en 2017. La Belgique, sixième pays au monde où le taux de cancer est le plus élevé, ne fait pas exception. La maladie d’Alzheimer touche quant à elle 94 millions de personnes dans le monde, un chiffre qui devrait grimper en flèche avec le vieillissement de la population. Selon des spécialistes, le nombre de Belges atteints de troubles de la mémoire devrait progresser de 190.000 aujourd’hui à 390.000 d’ici 2050.

Le vieillissement de la population mondiale conjugué à l’essor économique rapide de l’Asie se traduira par une forte croissance de la demande de médicaments et de dispositifs médicaux. Aux Etats-Unis, en Allemagne et en France, les dépenses de santé par habitant, corrigées de l’inflation, ont pratiquement doublé depuis 2000. En Belgique, cette envolée est encore plus forte (125%). Quant à l’Inde et la Chine, les deux pays les plus peuplés au monde, elles enregistrent un bond des dépenses de 234% et 840% respectivement. Cette croissance effrénée devrait se poursuivre compte tenu de la prospérité toujours plus grande des consommateurs.

À court terme, les actions des grandes sociétés pharmaceutiques présentent toutes les caractéristiques habituellement recherchées par les investisseurs en fin de marché haussier. Citons notamment une croissance des revenus relativement prévisible, des marges brutes d’exploitation (revenus moins coût direct des biens vendus) élevées, des équipes dirigeantes de qualité, des bilans solides, une taille notable et une notoriété internationale, soit autant de qualités également présentes parmi les valeurs technologiques.

Notons par ailleurs que le récent retard observé au niveau des valeurs pharmaceutiques devrait leur être favorable lors de la prochaine phase haussière. En effet, de manière générale, les secteurs qui tirent un marché à la hausse diffèrent d’un cycle à l’autre. Cela est pratiquement toujours le cas. Ainsi le secteur technologique qui était en tête dans les années 90, ne l’a pas été lors de la phase haussière du milieu des années 2000. Les pharmaceutiques se sont distinguées alors qu’elles sont actuellement à la traîne. Les investisseurs ont tendance à s’imaginer que ce qui a marché, fonctionnera à nouveau. Si cette hypothèse se vérifie généralement lors des dernières phases d’un marché haussier, cela ne dure pas. Le secteur pharmaceutique est donc bien placé pour profiter au mieux du prochain cycle haussier.