Le nouveau Gouvernement devra s’appuyer sur une accélération de la transition énergétique pour préparer la sortie de crise

A l’heure où les négociations en vue de former un nouveau Gouvernement fédéral semblent enfin être entrées dans le vif du sujet, les partis autour de la table sauront-ils pleinement saisir l’opportunité d’une transition énergétique réussie pour accompagner la sortie de crise que nous connaissons ? La question est sur toutes les lèvres tant les gouvernements successifs ont manqué l’opportunité de mettre en place une réelle stratégie énergétique répondant aux enjeux climatiques, énergétiques, environnementaux et sanitaires.

La crise sanitaire actuelle a démontré l’importance d’évoluer vers une société plus résiliente, plus juste, tout en préservant notre capital environnemental et en évoluant vers une économie de plus en plus circulaire. De nombreuses voix rappellent que la crise sanitaire n’efface nullement les urgences climatiques et environnementales mais au contraire en catalyse l’importance. L’Union européenne envisage en ce moment une révision à la hausse de son niveau d’ambition climatique, les préformateurs fédéraux promettent de lui embouter le pas … Un cadre garantissant une accélération de transition énergétique devra ainsi être développé dans la future Déclaration de Politique Générale.

De plus la Commission devrait rapidement proposer revoir à la hausse l’objectif climatique Européen qui aurait un impact important sur la Belgique,

Augmentation de l’attractivité des solutions énergétiques durables

Il est ainsi primordial de mettre en place une stratégie de relocalisation de notre économie pour des besoins essentiels via des investissements contribuant durablement à l’économie locale, régionale et européenne.

Un juste équilibre doit être trouvé entre les mesures incitatives et la mise en place de normes sociales, environnementales et sanitaires au niveau européen. L’économie de marché ne peut en effet fonctionner sans un certain nombre de garde-fous protégeant contre différentes pratiques abusives, néfastes à l’environnement, à la durabilité de notre économie et à la Vie tout court.

Mobilisation de l’épargne

Afin de favoriser la transition énergétique, il est nécessaire de prendre les mesures visant à réorienter massivement les investissements et l’épargne vers des solutions énergétiques durables.

Une meilleure mobilisation de l’épargne accumulée par les citoyens belges sur leurs livrets d’épargne (300 milliards d’euros) devrait être envisagée et pourrait ainsi générer ce qu’il est convenu d’appeler de la « bonne dette » contribuant durablement à la création de valeur dans notre pays en évitant de transférer un insupportable héritage climatique aux générations futures.

Les pouvoirs publics peuvent stimuler les épargnants à investir davantage en Belgique, dans les secteurs durables et générateurs d’emplois locaux liés à la transition énergétique, en prenant les mesures utiles permettant d’améliorer l’attractivité de ce type d’investissements.

Vers un tax shift environnemental efficace sans accroissement de la pression fiscale globale

L’attractivité des investissements dans les secteurs et les activités les moins intensifs en carbone doit aussi être améliorée par la mise en œuvre d’un shift fiscal environnemental devant passer par la suppression des subventions accordées aux énergies fossiles, en réduisant au moins à due concurrence d’autres prélèvements (TVA sur les équipements et combustibles durables, réductions d’impôts conditionnelles sur les revenus générés…) liés aux investissements, services et achats courants dans l’utilisation rationnelle de l’énergie et les sources d’énergie renouvelable. A titre d’exemple, une majoration progressive des accises sur les énergies fossiles, en fonction de leurs émissions de CO2, pourrait être compensée par une forme d’allocation universelle de transition au profit des ménages et/ou par une diminution modulable des charges patronales des entreprises.

Levée de contraintes au développement des filières renouvelables

Ces politiques devraient aussi être assorties de mesures concrètes visant à lever une série de contraintes excessives au développement renouvelable. Le Gouvernement fédéral dispose à ce titre de leviers permettant de lever certaines contraintes à l’installation des technologies renouvelables (ex : adaptation des zones d’entraînement militaires en fonction du potentiel de développement éolien, faciliter l’accès aux données cadastrales…) et de sécuriser le cadre juridique (via l’imposition d’un délai de rigueur pour les recours en annulation au Conseil d’Etat).

Il est urgent que la Belgique s’accorde sur une stratégie énergétique globale permettant d’offrir le cadre d’investissement le plus stable et clair possible pour les investisseurs dans la transition énergétique et ainsi tendre très rapidement vers un système énergétique durable, décarboné, flexible, décentralisé et basé (quasi) exclusivement sur des sources énergétiques renouvelables. A l’aube de la sortie du nucléaire, les négociateurs fédéraux sauront-ils cette fois passer de la parole aux actes et faire en sorte que les énergies renouvelables et les mesures d’efficacité énergétique sortent en grands bénéficiaires des crises que nous connaissons ?