Le monde s’organise

Une chronique signée Sylviane Delcuve – Senior Economist

Le Coronavirus est une crise sans précédent, que personne n’a vu venir et dont les conséquences économiques sont impossibles à anticiper tant le choc est violent. Cette crise plonge la planète entière en terre inconnue car jamais dans l’histoire 2 milliards d’individus n’ont été confinés chez eux en même temps. Mais le monde s’organise et c’est tant mieux !

D’abord un choc d’offre

La crise du Coronavirus a d’abord été qualifiée, à juste titre, de choc d’offre. Les entreprises du monde entier ont assez vite réalisé qu’elles allaient être impactées par la mise en quarantaine de nombreux chinois, car un grand nombre de pièces détachées n’arrivaient plus.

Puis un choc de demande

Dans un second stade, le choc s’est transformé en choc de demande, car les entreprises de certains secteurs ont compris qu’elles allaient souffrir de cette crise: ce fut notamment le cas dans l’automobile ou encore dans les télécoms, et plus cruellement dans le secteur de la santé (médicaments, masques). C’est également le choc de demande qui a plongé le prix du pétrole et de bien d’autres matières premières vers le bas.

Hasard du calendrier ou pas, le choc de demande est allé de pair avec le début de l’épidémie en Italie, et les bourses du monde entier se sont retrouvées sur un toboggan infernal, qui a déjà provoqué des pertes de près de 40% des principaux indices en l’espace d’un mois à peine. Au stade actuel, il est impossible de savoir jusqu’où cette dégringolade ira, car il faudra vraisemblablement attendre d’avoir de bonnes nouvelles relatives au nombre de contaminations pour pouvoir envisager une embellie. Si l’on se réfère à la Chine, qui a appliqué le confinement très tôt, il aura fallu de nombreuses semaines pour voir cette embellie. Si l’on regarde la Corée, il faudra moins longtemps.

Les banques centrales en action

Le choc de demande a provoqué des réactions rapides de nombreuses banques centrales un peu partout dans le monde : toutes celles qui en avaient la possibilité ont abaissé leurs taux directeurs, et toutes ont pris des mesures visant à garantir la liquidité des entreprises, des banques et des marchés financiers. En Europe, la BCE s’est engagée à acheter pratiquement €1000 milliards de papier (public et privé) et même plus si besoin est. Aux USA, la Fed va acheter « ce qu’il faudra » sans avoir mis de limite. De nombreuses autres banques centrales ont emboité le pas, ce qui nous pousse à conclure que la violence du choc provoqué par le Coronavirus garantit des taux d’intérêt très bas partout. Le monde entier s’est donc brusquement rapproché du Japon, pays aux taux immuablement bas depuis 30 ans, où la banque centrale finance la dette publique sans broncher.

Et enfin un choc de revenus

Les gouvernements prennent la mesure du choc qui va frapper le monde entier, car avec le coronavirus en Europe, et la déclaration de pandémie, une grande partie des économies du monde entier (plus de 2 milliards d’êtres humains depuis que l’Inde a pris cette décision également) est à l’arrêt, ce qui représente un choc de revenus pour tous ceux qui ont cessé de gagner leur vie au moment du lock-down et ils sont nombreux (indépendants, PME).

Les gouvernements ont bien pris la mesure du problème et les annonces arrivent rapidement : plusieurs états se sont dit prêts à donner leur garantie pour que des entreprises puissent emprunter si et quand elles en auront besoin. En Allemagne, une enveloppe de €500 milliards a été proposée, en France ce seront €300 milliards et en Belgique, €50 milliards, soit 10% du PIB.

Trump débloque $2000 milliards

L’Etat permettra également des reports de paiements des charges fiscales et sociales, mais le reste des charges fixes restera dû pour la plupart des victimes de ce choc de revenus. Il est donc impératif que ces lock-down durent le moins longtemps possible. Le Président américain l’a bien compris, puisqu’il vient de débloquer la somme gigantesque de $2000 milliards pour aider l’économie et préparer le rebond une fois la crise sanitaire passée. C’est sans doute ceci qui explique le rebond des bourses auquel nous venons d’assister.

Le monde s’organise

Il est évidemment trop tôt pour crier victoire, car la pandémie n’est pas stoppée, mais il semble que le monde commence à s’organiser : davantage de masques, davantage de tests, mise en route de moyens pour tester qui a développé des anticorps et est donc immunisé au coronavirus etc … tous ces éléments mis ensembles devraient peu à peu permettre de maintenir nos outils de production en état de fonctionnement (retour des employés au travail, reprise de certaines activités même si c’est de manière progressive), ce qui devrait faciliter la reprise, plus tard, une fois la fin des lock-down décrétée.