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L’Autorité de la concurrence dénonce la dépendance des créateurs aux plateformes.

L’Autorité de la concurrence note que les quelque 150.000 créateurs de contenu professionnels en France sont dans une situation de « dépendance structurelle » face aux grandes plateformes du numérique, en raison d’un « rapport de force » « très significativement en faveur » de ces dernières. Elle souligne également que « pour un créateur de contenu, le recours aux plateformes est indispensable » pour exercer son activité, tandis que « pour les plateformes, un créateur de contenu ne représente qu’une part marginale des revenus ».


Le constat est préoccupant : les créateurs de contenu vidéo seraient en situation de « dépendance structurelle » vis-à-vis des grandes plateformes numériques, selon l’Autorité de la concurrence, qui exhorte les géants de la technologie à plus de transparence concernant la monétisation et le fonctionnement de leurs algorithmes.

### La monétisation, enjeu majeur

Le « rapport de force » entre les plateformes et les environ 150.000 créateurs de contenu professionnels en France est « très significativement en faveur des premières », indique l’Autorité dans un avis rendu public mercredi 18 février 2026. Elle précise que « le secteur est actuellement concentré autour de quelques plateformes incontournables » : YouTube, TikTok, Instagram et Twitch.

Cette institution indépendante, qui a commencé à s’intéresser au sujet en mai 2024, a notamment interrogé pour cette étude des représentants des grandes plateformes ainsi que des créateurs de contenu ayant des millions d’abonnés, tels que Squeezie, Maghla, EnjoyPhoenix, HugoDécrypte ou Inoxtag. Ces créateurs captent l’essentiel de l’audience et des revenus générés sur ces plateformes.

### Appel à la transparence

L’Autorité de la concurrence souligne qu’« un créateur de contenu a impérativement besoin des plateformes » pour exercer son activité, alors qu’à l’inverse, « un créateur ne représente qu’une part marginale des revenus » pour ces plateformes. En effet, celles-ci fixent unilatéralement les règles de rémunération et de partage des revenus, les conditions d’accès à la monétisation, ainsi que la visibilité des contenus.

« Les méthodes de modération appliquées par les plateformes sont souvent opaques et désavantageuses pour les créateurs », s’inquiète l’Union des métiers de l’influence et des créateurs de contenus (Umicc), mentionnée dans le rapport. « Les contenus peuvent être supprimés et les comptes sanctionnés sans explication claire, ce qui engendre un sentiment d’injustice parmi les créateurs ».

### Non au favoritisme

L’Autorité de la concurrence appelle donc les plateformes à plus de transparence concernant les mécanismes de rémunération, le fonctionnement des algorithmes et les mesures de modération, tout en « garantissant des conditions équitables » pour les créateurs.

Elle met également en garde contre les risques concurrentiels liés à l’utilisation des algorithmes qui déterminent la visibilité des vidéos, notamment en cas de favoritisme envers des contenus plus rémunérateurs ou générés par intelligence artificielle (IA), et plaide pour « une identification claire » de ces contenus.

### Dossier « Création de contenu »

Face à l’imprévisibilité des revenus issus de la monétisation des contenus sur les plateformes, les partenariats commerciaux deviennent de plus en plus significatifs dans la rémunération des créateurs. L’Autorité souligne à ce sujet « un déséquilibre majeur du pouvoir de négociation entre la majorité des créateurs de contenu et les plus grands partenaires commerciaux, au profit de ces derniers », en particulier pour les créateurs avec une audience moins importante.