La petite encryptopédie: le tour des connaissances sur la blockchain et les cryptomonnaies (Mise à jour)

Non, les cryptomonnaies n’ont pas disparu avec le désintérêt généralisé de médias en manque de scandales financiers. Non, la blockchain n’a pas été soudainement expulsée de l’agenda stratégique des entreprises. Dès lors, La Libre Eco vous propose un tout petit tour des connaissances de cet écosystème technologique qui poursuit son développement. Un contenu objectif, évolutif et librement réutilisable, que chaque internaute peut nous suggérer d’améliorer.

Altcoin: le phénomène des cryptomonnaies alternatives a mis un certain temps à voir le jour (2011, voir Namecoin ci-dessous). Mais depuis, il ne s’écoule plus une semaine sans que des prodiges de l’informatique, plus ou moins inspirés, prétendent pallier les défauts du bitcoin. Car les projets d’altcoins entendent le sublimer, le surpasser, le suppléer. Bon nombre de ces jetons numériques s’appuient d’ailleurs souvent sur le code du réseau Bitcoin, accessible librement sur Github , reproduisant notamment la même mécanique de validation (de minage de bloc ou le fait de résoudre des équations mathématiques ultra-complexes en échange de bitcoins en récompense).

Bitcoin: il s’agit d’un système de paiement électronique basé sur des preuves mathématiques imaginé en 2008. Il comprend le bitcoin avec un « b » minuscule qui est une sorte de reconnaissance de dette numérique, et Bitcoin avec un « B » majuscule qui est une sorte de registre comptable des bitcoins (voir réseau distribué). Le système permet aux utilisateurs du registre de s’en échanger, sans autre intermédiaire que des logiciels et un protocole informatique, d’un ordinateur à l’autre partout dans le monde. L’algorithme de Bitcoin limite la création de nouveaux bitcoins à un rythme ralentissant jusqu’à atteindre la limite conventionnelle de 21 millions d’unités. En théorie, si la demande grandit, l’offre étant strictement plafonnée, la valeur devrait elle aussi augmenter.

Bitcoin Cash (BCH): cet altcoin provient d’une « arborescence » (voir fork ) de Bitcoin voulue par une partie de la communauté d’utilisateurs préoccupés par la taille des blocs de la chaîne, ce qui a ralenti les délais de traitement.

Blockchain: le concept de chaîne de blocs définit simplement une base de données où les mises à jour s’ajoutent en ordre chronologique les nouvelles données à la fin les unes de l’autre. Les blockchains peuvent être publiques, comme Bitcoin, permettant à n’importe qui d’y accéder, de les utiliser et de les gérer. Elles peuvent également être privées, ce qui signifie qu’une organisation les contrôlent et accordent des permissions d’accès, d’utilisation ou de validation des données.

Cardano (ADA): cette autre blockchain se donnant pour objectif de résoudre les problèmes d’évolutivité, d’interopérabilité et la durabilité de Bitcoin et d’Ethereum.

Clé privée/publique : la clé publique est une série de 34 lettres et chiffres, aussi appelée adresse, renfermant l’historique des transactions à laquelle d’autres utilisateurs peuvent envoyer des cryptomonnaies. Cette adresse est reliée à une clé privée de 64 caractères qui, elle, permet de signer numériquement les transactions.

Contrat intelligent : un smart contract est un programme qui s’exécute sur une blockchain scrupuleusement puisqu’il a été programmé en fonction des données partagées par les utilisateurs. Il s’agit d’un contrat qui automatise via la cryptographie le bon déroulement des termes entre partie pour un service, par exemple une assurance. (voir Ethereum, une plateforme blockchain conçue spécifiquement pour créer des contrats intelligents).

Cryptographie: avec l’avènement des cryptomonnaies et des chaînes de blocs, la science de l’écriture secrète s’est imposée dans nos conversations de tous les jours. Depuis que l’homme échange des données, il s’est naturellement interrogé sur les moyens de sécuriser les communications. L’un des moments déterminant dans l’histoire de la cryptographie est survenu lors de la Seconde Guerre mondiale, avec le décryptage par Alan Turing de la machine de Lorenz (Enigma) des nazis. Les gouvernements ont ainsi pris conscience de l’utilité et de la nécessité de contrôler la prolifération de la cryptographie.

Cryptomonnaie : équivalent numérique de l’argent comptant recourant à la cryptographie, notamment pour des raisons de sécurité. Il en existe des milliers depuis la création du bitcoin qui diffèrent de par leurs fonctionnalités ou spécificités. On a tendance à oublier le fait que l’invention d’une monnaie cryptographique constituait bien avant les années 2000 une véritable obsession pour certains experts de l’informatique. Dès 1988, le célèbre cryptographe David Chaum, du Centre de mathématiques d’Amsterdam, présenta un protocole pour du  » cash électronique non traçable « , qui permettait notamment à un commerçant de vérifier la validité d’un coin et son usage unique sans contacter le banque pendant la transaction. Mais les tentatives d’utilisation de ces recherches dans un système fonctionnel échouèrent les unes après les autres. Jusqu’à l’apparition du bitcoin.

DAO : organisation conçue pour être automatisée et décentralisée (decentralized autonomous organization), elle se plie à des règles de gouvernance inscrites sur une blockchain publique. On peut se la représenter comme à un fonds de capital-risque où la haute direction a été remplacée par un code source libre et vérifiable par n’importe qui, appartenant aux participants et utilisateurs.

DApp : une application décentralisée (DApp) est un programme informatique qui, au lieu de fonctionner sur un seul ordinateur, fonctionne sur une blockchain ou un réseau pair-à-pair d’ordinateurs.

Décentralisation : c’est le concept même du réseau ouvert d’ordinateurs dédiés, répartis aux quatre coins de la planète et idéalement gérés par des codeurs bénévoles. Par exemple, les données de Bitcoin ne sont pas centralisées sur un seul serveur ni administrées par une seule institution.

Double dépense : les ressources numériques, comme un courriel, peuvent facilement être copiées et réutilisées. Dans le cas d’une cryptomonnaie, c’est le risque qu’un utilisateur la dépense plusieurs fois, ce qui crée un décalage entre l’historique des transactions, les volumes disponibles de cette cryptomonnaie et la façon dont elle est distribuée. Il s’agit d’un problème que le Bitcoin surmonte grâce à une combinaison ingénieuse de cryptographie et d’incitations économiques (voir minage).

ERC20 : il s’agit d’un standard pour les tokens d’Ethereum, une norme technique qui dicte un certain nombre de règles et d’actions qu’un jeton ou un contrat intelligent doit pouvoir mettre en œuvre (ethereum request for comment).

Ether : partie intégrante de la blockchain Ethereum, l’Ether fonctionne davantage comme un incitatif pour les participants qui souhaitent exécuter des opérations sur le réseau comme une cryptomonnaie. Un développeur qui crée des dApps sur Ethereum et un utilisateur de la plateforme doivent tous deux payer le recours au service, et l’Ether sert de support technique à ces paiements. Ether a une offre limitée plafonnée à 18 millions d’unités par an.

Ethereum : plateforme logicielle décentralisée lancée en 2015, Ethereum permet de créer et d’exécuter des dApps et des smart contracts. Ethereum constitue également un langage de programmation s’exécutant sur d’autres blockchains, aidant les développeurs à créer et à publier des applications distribuées. L’un des grands projets des fondateurs est le concept d’EBaaS (Ethereum Blockchain as a Service) afin d’offrir un écosystème infonuagique de dévelopmment basé sur la chaîne de blocs.

EOS: il s’agit d’une plateforme conçue pour résoudre les problèmes d’évolutivité d’Ethereum et pour éliminer les frais d’utilisation des utilisateurs.

Fork : on évoque l’écartement des dents d’une fourchette pour représenter un changement de protocole informatique d’une blockchain, produisant une séparation en seconde chaîne de blocs. La version radicale, dite hard fork, est une divergence permanente par rapport à la version précédente de la blockchain où les nœuds exécutant des versions précédentes ne seront plus acceptés par la version la plus récente. Tous les utilisateurs doivent ainsi effectuer une mise à niveau vers la dernière version du logiciel. La version moins abrupte, dite soft fork, est une modification du protocole après laquelle un logiciel est compatible avec les versions antérieures.

Hachage : le hachage est produit par une fonction, une équation mathématique complexe qui réduit un ensemble particulier de données en une série unique de 64 caractères. Dans une blockchain, chaque bloc contient parmi ses données un hachage du bloc précédent. Ce qui signifie qu’une tentative d’altération d’un bloc modifierait le hachage et ne le ferait plus correspondre à la chronologie de la chaîne.

Halving : dans le contexte de blockchains sécurisées par la technique du minage, ce terme anglais signifie que la récompense va être réduite de moitié. Le halving est un événement récurrent programmé dans le protocole d’une chaîne de blocs qui intervient de façon automatique au moment où un seuil préétabli de blocs est dépassé. Il y a trois ans, les mineurs de Bitcoin recevaient par exemple 12,5 bitcoins alors qu’en 2012, ils en recevaient deux fois plus.

ICO: une première émission de cryptomonnaies ( initial coin offering ) est un moyen généralement non réglementé permettant de recueillir des fonds pour une nouvelle entreprise crypto. Les ICO sont également appelées des « token sales » puisque l’organisation menant l’ICO vend des tokens échangeables contre des cryptomonnaies, le plus fréquemment de l’Ether ou du Bitcoin. Contrairement à une introduction en Bourse, ces tokens n’offrent pas de parts dans l’entreprise, mais permettent généralement d’être utilisés comme monnaie pour les services de l’entreprise émettrice.

Litecoin (LTC) : cet altcoin est une « version allégée » de Bitcoin, pour un traitement en bloc 4 fois plus rapide de Bitcoin.

Minage : en référence à l’extraction de l’or, on emploie le terme minage pour parler de l’extraction de bitcoins du protocole informatique, en récompense au travail d’audit de la blockchain réalisé par les participants de Bitcoin, appelés mineurs. Ils vérifient les transactions en résolvant un casse-tête mathématique complexe faisant partie du programme bitcoin et en incluant la réponse dans le bloc. Les mineurs aident à prévenir le problème de la double dépense. Une fois qu’un mineur a vérifié 1 mégaoctet de transactions sur Bitcoin, il est éligible à 12,5 BTC. Mais tous ceux qui vérifient les transactions ne seront pas récompensés. Être un mineur peut aussi vous donner le pouvoir de « voter » lorsque des modifications sont proposées dans le protocole Bitcoin, telles qu’une fork. Une fois la limite d’extraction des 21 millions de bitcoins atteinte, les mineurs seront récompensés par un système de frais de transactions versés par les utilisateurs du réseau.

Monero (XMR): c’est un système de paiement pair-à-pair complètement anonyme et intraçable.

Namecoin : la première cryptodevise alternative a été créée en 2011 mais son objectif avait paradoxalement peu de lien avec la numérisation de la monnaie.  » Bitcoin libère l’argent. Namecoin libère le DNS et les identités « , résume simplement l’équipe fondatrice . En effet, un site web créé via la blockchain Namecoin dispose d’un nom de domaine en .bit, en opposition à l’omniprésent .com, et entend fournir davantage de sécurité et de contrôle pour la vie privée et la liberté d’expression.

Noeud : ordinateur détenant une copie d’une chaîne de blocs entière, c’est-à-dire de toutes les transactions valides. Sur Bitcoin, les nœuds considèrent toujours la chaîne de blocs la plus longue comme étant la chaîne légitime.

Plateforme d’échange : parfois surnommées « cryptobourses », ces places de marché servent à acheter et vendre des cryptomonnaies, en devises comme le dollar canadien ou en autres jetons (bitcoin, ether, …). Des plateformes et des protocoles d’échange décentralisés se développent pour réduire le risque de piratage et de cybervol, car les échanges avaient jusqu’ici tendance à centraliser des données sensibles derrière une sécurité nettement moins importante que celle d’une blockchain publique comme Bitcoin.

Pool : des mineurs de cryptomonnaies se regroupent en pool afin de combiner leurs ressources informatiques sur un réseau. Par exemple, si un groupe parvient à extraire un bitcoin, leur récompense est répartie entre les membres selon leur contribution respective du minage.

Preuve de participation : méthode pour atteindre le consensus dans un réseau blockchain, la proof of stake (preuve de participation) demande aux participants de prouver, en quelque sorte, leurs avoirs, c’est-à-dire la part de cryptomonnaies qu’ils possèdent. Ils obtiennent ainsi le droit de valider des blocs supplémentaires. Plus la cryptofortune d’un utilisateur est grande, plus les chances qu’il soit sélectionné comme validateur sont élevées.

Preuve de travail : méthode originellement introduite par Bitcoin pour atteindre le consensus, on retrouve souvent la preuve de travail ( proof of work ) dans un grand nombre de blockchains publiques. Il s’agit d’un casse-tête mathématique à résoudre (minage) qui consiste à trouver un nombre qui, combiné aux données du bloc et passé dans une fonction de hachage, produit un résultat situé dans un certain intervalle. Dans le cas de bitcoin, le nombre est un entier compris entre 0 et 4 294 967 296. La preuve de travail récompense ceux qui peuvent se permettre le plus de puissance de calcul. Le travail, difficilement réalisable pour l’auditeur, doit être facilement vérifiable par les autres participants.

Ripple : plus connu pour son protocole de paiement numérique lancé en 2012 que sa cryptomonnaie (XRP), Ripple fonctionne sur une blockchain de consortium qui permet aux utilisateurs autorisés d’effectuer un transfert d’argent sous n’importe quelle forme, que ce soit en dollars américains, en yens, en bitcoins. L’entreprise Ripple, basée à San Francisco, collabore avec des dizaines de grandes institutions bancaires.

Scalability : caractéristique d’un système qui décrit sa capacité à s’adapter et à bien fonctionner à une échelle supérieure, où la charge de travail est significativement accrue. La mise à l’échelle (scalability en anglais) signifie que le système parvient à maintenir, voire améliorer, ses performances opérationnelles. Dans le cas des blockchains, c’est un enjeu majeur dont dépendra leur viabilité. Plusieurs projets de développement suivent leur cours, pour Bitcoin (réseau Lightning), Ethereum (Raiden, sharding), etc.

SegWit : le processus de témoin séparé (segregated witness), formulé par le développeur de Bitcoin, Pieter Wuille, sert à limite la taille d’un bloc en supprimant les données des signatures numériques des transactions de bitcoins, qui occupent en fait une majeure partie de l’espace nécessaire.

Shitcoin : on doit vous faire un dessin? Toute autre cryptomonnaie que le bitcoin est souvent nommée altcoin (jeton numérique alternatif). Pour les puristes, ces « pièces de rechange » ne sont que des shitcoins… C’est généralement un terme péjoratif utilisé pour décrire une crypto qui a perdu toute sa valeur, car la demande n’a pas été au rendez-vous, sa création reposant sur une arnaque ou encore uniquement sur des spéculations.

Sidechain : comme son nom le laisse entendre, il s’agit d’une chaîne de blocs secondaire qui se rattache à une blockchain principale afin d’en augmenter le volume d’informations traitées.

Stellar (XLM): cet altcoin est une réécriture complète de Ripple destinée aux usagers sans comptes en banques, afin de faciliter les paiements rapidement avec des transactions à faible coût.

Testnet : il s’agit de versions simulées de chaînes de blocs que les développeurs utilisent pour vérifier leurs conceptions sans risquer de perdre de l’argent.

Token : le terme token, désignant un jeton crypto, est souvent utilisé dans le langage courant de façon interchangeable avec celui de cryptomonnaie. Mais, techniquement, ces deux mots renvoient à des réalités nuancées. Les jetons sont une typologie des cryptomonnaies qui résident sur leur propre blockchain et représentent en fait un ou plusieurs actifs (des produits financiers traditionnels, des points de fidélité chez un commerçant ou même d’autres cryptomonnaies). Du reste, les tokens sont transférables, non duplicables, infalsifiables, uniques et comptabilisés dans un registre distribué inaltérable.

Traçabilité immuable: le protocole Bitcoin consiste à inscrire chacune des transactions et à suivre la circulation de chaque jeton numérique d’une adresse à l’autre du réseau. Toute cette information est conservée dans un grand registre commun. Et si on peut suivre le trajet d’un jeton d’une transaction à l’autre dans ce grand livre jusqu’à la toute première transaction, le bitcoin est authentifié. Ces grands livres, ou chaînes de blocs, peuvent être lus par tous. Chacun des numéros de compte est inscrit dans la liste comme une adresse et leur solde peut être facilement calculé par l’addition des transactions.

Tron (TRX): cette plateforme de distribution relie directement des créateurs de contenu aux consommateurs, supprimant donc les intermédiaires.

USD Coin (USDC): la cryptomonnaie du géant américain Coinbase, plateforme d’échange, et de la start-up Circle, dont Goldman Sachs est actionnaire, permet aux consommateurs de convertir leurs dollars directement depuis leurs comptes bancaires

Wallet : pour échanger, dépenser mais aussi conserver leurs cryptomonnaies, les utilisateurs ont besoin d’un portefeuille électronique qui offre le stockage dit « à chaud » (hot wallet), c’est-à-dire via une application web, ou le stockage « à froid » (cold wallet) ou portefeuille hors ligne, comme une clé USB ou un disque dur qui ne sont pas reliés à Internet. Il existe également une version hybride, des « porte-monnaie » complètement intégrés à un petit dispositif électronique (hardware wallet) qu’on peut brancher à un ordinateur et qui contient par exemple toutes les clés de bitcoin d’un utilisateur. Les plus connus sont le Trezor ou le Ledger Nano S.

Whale : le terme baleine (whale en anglais) désigne ici des particuliers ou des institutions qui détiennent de grandes quantités de cryptomonnaie. Ce genre d’animal inquiète dans les milieux de la blockchain, car cela sous-entend que quelques personnes peuvent détourner la gouvernance du réseau décentralisé. D’un point de vue financier, la « baleine » est perçue comme un monstre de spéculation qui peut souffler le chaud et le froid sur le cours des cryptos.

White paper : un livre blanc ( white paper en anglais) est un document d’information publié par un seul auteur, un groupe ou une organisation afin de mettre en valeur les fonctionnalités d’une solution, d’un produit ou d’un service. Dans le secteur des cryptos, il sert d’outil marketing pour attirer ou persuader des clients potentiels d’approfondir leurs connaissances sur un projet blockchain, ou d’acquérir des tokens dans le cadre d’une ICO.

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Sources: Bitcoin.org , Bitcoin Magazine , Coindesk , Cointelegraph , Investopedia .