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Fin des surtaxes sur les voitures électriques chinoises : l’Europe abandonne les 35 %

Bruxelles propose officiellement de remplacer les droits de douane punitifs sur les voitures électriques chinoises par des prix minimums obligatoires. En novembre 2024, l’Europe frappait fort en imposant des droits de douane allant jusqu’à 35,3 % sur les voitures électriques importées de Chine.


L’Europe a peut-être évité une guerre commerciale totale, mais à quel prix ? Bruxelles propose officiellement de remplacer les droits de douane punitifs sur les voitures électriques chinoises par des prix minimums obligatoires. Cette « main tendue » ressemble davantage à un ultimatum économique déguisé.

La guerre commerciale n’aura peut-être pas lieu, ou du moins, elle évolue. En novembre 2024, l’Europe avait imposé des droits de douane allant jusqu’à 35,3 % sur les voitures électriques importées de Chine. Cette mesure, qui visait à contrecarrer les subventions de Pékin, prend un tournant en janvier 2026. La Commission européenne a publié une nouvelle directive qui modifie la donne : les taxes pourraient disparaître si un prix minimum est respecté.

Ce n’est pas un don, mais plutôt un accord. Concrètement, Bruxelles propose aux constructeurs de « contourner » les droits de douane en soumettant des engagements de prix concrets. L’objectif est clair : empêcher le marché européen d’être inondé de voitures à prix réduits, subventionnées par l’État chinois.

La Chambre de commerce chinoise (CCCEU) se félicite déjà de cet « atterrissage en douceur ».

Le fonctionnement de ce système est à la fois complexe et intelligent. Jusqu’ici, un constructeur comme SAIC (MG) devait s’acquitter de 35,3 % de taxe aux frontières. BYD s’en sortait avec 17 %, tandis que Tesla, qui produit à Shanghai, avait négocié 7,8 %. Ces montants étaient versés directement dans les caisses de l’UE.

Avec cette nouvelle directive, le constructeur peut faire une promesse : « Je m’engage à ne pas vendre ma voiture en dessous de X euros ». Si la Commission valide ce prix comme « équitable » et qu’il ne nuit pas aux constructeurs européens, la taxe sera levée.

Cependant, Bruxelles ne se contente pas d’un simple prix affiché. La directive exige que l’offre inclue des informations sur les circuits de distribution, la compensation croisée et surtout, les investissements futurs dans l’UE. Cela vise à inciter des géants comme Geely ou BYD à accélérer l’établissement de leurs sites de production en Europe, plutôt que d’importer uniquement.

Pour le consommateur, cette situation représente une victoire en demi-teinte. Si l’on espérait une guerre des prix qui permettrait d’acheter une compacte électrique à 15 000 euros, c’est raté. Ce mécanisme de prix minimum a un effet pervers : il institutionnalise des tarifs plus élevés. Au lieu de permettre aux constructeurs chinois de pratiquer des prix bas (et d’encaisser des amendes), l’UE leur demande de s’aligner sur des tarifs qui ne nuisent pas à Renault, Stellantis ou Volkswagen.

Pour les constructeurs chinois, c’est une meilleure alternative : plutôt que de verser 35 % de taxe, ils augmentent leurs prix de vente et conservent la différence (ou investissent dans leur réseau). De plus, les constructeurs n’ont pas attendu cette nouvelle directive pour agir. Beaucoup, comme MG ou BYD, avaient déjà fortement orienté leur production vers les hybrides rechargeables, qui échappaient aux surtaxes. Avec ce nouvel accord, ils pourraient revenir sur le marché des véhicules 100 % électriques, mais avec une tarification plus « premium ».

En résumé, l’Europe protège son industrie, la Chine préserve ses parts de marché, et l’OMC se réjouit du respect des formes. Mais pour l’automobiliste européen, l’ère des bonnes affaires en provenance de l’Empire du Milieu semble bel et bien révolue.