Fabrice Sancho (Ericsson): « L’indexation des salaires a des bénéfices mais c’est un défi compétitif »

Covid, guerre en Ukraine, inflation… Fabrice Sancho, récemment arrivé à la tête d’Ericsson Belux (Belgique et Luxembourg), sait qu’il a de nombreux défis à relever, alors que la pression sur les coûts est généralisée. Mais comment voit-il le marché belge ? Et l’arrivée future de la 5G ? Entretien.

L’explosion des coûts énergétiques vous inquiète-t-elle ?

On revendique un leadership sur tout ce qui est consommation énergétique. Et l’actualité prouve que c’est un point critique. Donc on y fait attention et c’est un point clé dans les discussions avec les opérateurs télécoms, qui sont nos clients. Car le poids de la facture énergétique est énorme dans leurs dépenses opérationnelles. C’est pour cela qu’on a investi énormément dans l’efficacité énergétique. On parle de plus de 4 milliards d’euros en R&D (recherche et développement, NdlR) annuellement. Et on les augmente.

Huawei se dit très bon également. C’est devenu leur « business », après les déboires sur le secteur mobile (interdiction du recours à Android à la suite des tensions entre la Chine et les États-Unis, etc.)…

Je ne vais pas commenter leurs performances, mais on est reconnus par des experts indépendants à ce niveau. Le plus gros écart ne se fait pas avec Huawei, mais on n’a pas à rougir de nos performances.

Les nouveaux opérateurs télécoms qui débarquent en Belgique, vous voyez ça d’un bon œil ?

Ce qu’on voit avec ces intégrateurs de solutions, en particulier B2B (business to business, entre entreprises, NdlR), c’est que ça va dynamiser les cas d’utilisation de la 5G.

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Un challenge pour l’explosion de la consommation de données et d’énergie…

En particulier pour les opérateurs. Jusqu’à présent, les acteurs comme Google and Co (Netflix, Prime Video, etc.) consomment toutes les données et les opérateurs n’arrivent pas forcément à augmenter leurs revenus. Ils doivent continuer à investir dans le réseau alors que la consommation augmente. Mais, quoi qu’il en soit, l’arrivée de nouveaux acteurs est bonne pour l’écosystème.

Vous avez déjà noué des contrats avec eux ?

Pas encore, ils n’ont pas encore les fréquences (pour lesquelles ils ont participé aux enchères, finalisées fin juin, NdlR). Mais ces nouveaux entrants feront certainement des partenariats avec des opérateurs existants, qui sont pour certains nos clients. Et nous avons l’avantage d’être bien implantés localement, de connaître les partenaires et d’avoir une bonne maîtrise des processus et des coûts.

Un point essentiel…

La pression sur les coûts est permanente. Il faut être compétitifs, en particulier aujourd’hui avec l’inflation. On n’est plus sur un modèle à l’ancienne avec des sous-traitants sur lesquels on met une pression pour qu’ils livrent leurs services le moins cher possible. Aujourd’hui, il faut prendre en compte la digitalisation et la réduction de la consommation énergétique. D’où l’importance de l’innovation.

L’inflation vous touche sur quels niveaux ?

Au niveau des chipsets (puces électroniques, semi-conducteurs, NdlR), des frais de transport – alors que les routes qui passaient par la Russie et l’Ukraine en train ne sont plus disponibles -, sur l’explosion du prix du transport maritime par containers, qui a été multiplié par six. Mais nous avons rapatrié une grosse partie de notre production en Europe.

À quel point ?

Quatre-vingts pour cent de notre production destinée au marché européen se fait en Europe. C’est aussi un moyen de sécuriser notre chaîne d’approvisionnement. On a aussi investi pour créer plus de stocks.

On sort de la logique à flux tendus qui s’était généralisée ?

Oui. Les enjeux sont énormes. Si on n’arrivait pas à déployer les réseaux de nos clients à temps, ça ne serait pas bon pour eux, ni pour nos parts de marché. Donc on a créé les stocks nécessaires pour respecter nos engagements.

C’est une stratégie mise en place à cause de la crise sanitaire ? Elle a permis d’ouvrir les yeux ?

Il y a toujours eu des composants critiques et donc des stocks, des stratégies de diversification des chaînes d’approvisionnement. Et ça, on le fait depuis longtemps, bien avant la crise. On a diversifié au maximum. Mais ce qui a changé, c’est le niveau de stocks. On fait, par exemple, des stocks sur douze mois plutôt que sur six mois auparavant. Mais cette hyperinflation, sur l’énergie et les matières premières, est préoccupante. On espère que cela va se stabiliser.

La guerre en Ukraine a des impacts directs sur Ericsson ?

Un des impacts directs, c’est qu’on a arrêté nos opérations en Russie, comme pour beaucoup.

Le chiffre d’affaires a chuté ?

Je ne peux pas vous le dire, mais ça a un impact. Mais on a réussi à l’absorber car les parts de marché d’Ericsson progressent bien dans le monde, même si nos parts de marché ont été réduites en Chine. Plus de 90 % du marché chinois est désormais dédié aux acteurs chinois. Ce marché a de toute façon toujours été très réservé aux entreprises du pays. Mais donc on progresse malgré cela. C’est une raison qui nous permet d’être confiants en l’avenir.

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La Belgique permet d’être compétitif ?

Il y a l’indexation des salaires, chez nous et nos partenaires… Et on se doit de pouvoir assurer notre profitabilité et celle de nos sous-traitants, donc il faut réussir à réduire les coûts inutiles pour rester à flot…

Vous êtes pour la révision du système d’indexation automatique des salaires ?

C’est un défi compétitif. C’est aussi un challenge dans le sens où ça s’impose de manière non différenciée aux employés qui sont très bien payés et à ceux qui ont le plus besoin de cette indexation… Et pour des multinationales, le challenge de l’index, c’est plus compliqué pour les budgets globaux. Je comprends les bénéfices de l’index, mais il faut comprendre les challenges aussi. Et il n’y a pas de rééquilibrage dans l’autre sens, ce qui n’est pas toujours simple d’un point de vue managérial. Mais on reste compréhensifs et on a de bonnes relations avec nos partenaires sociaux.