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Eurosky et W Social : alternatives européennes à X et Threads à explorer

Une lettre ouverte adressée à la Commission européenne qualifie X de site de « pornographie truquée » en raison des contenus générés par l’IA Grok, qui n’ont pas été modérés sérieusement. Eurosky et W Social émergent comme deux projets destinés à remplacer la plateforme américaine et sont perçus comme des alternatives à Twitter.

Vous avez vu cette lettre ouverte adressée à Ursula von der Leyen ? L’Europe souhaite ne plus être tributaire des décisions d’Elon Musk. Pour remplacer la plateforme américaine, deux projets émergent : Eurosky et W Social.
Généré avec Gemini par Frandroid

X est désormais perçu comme plus qu’une plateforme contestée ; il est décrit, dans une lettre ouverte adressée à la Commission européenne, comme un site de « pornographie truquée ». L’IA Grok, liée à ce réseau, a franchi des limites en produisant des contenus pédopornographiques et des deepfakes nuisibles, sans qu’une modération sérieuse ne soit mise en place pour l’en dissuader.

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Suite à la lettre ouverte adressée à la Commission européenne en réponse aux scandales liés à l’IA Grok, les noms d’Eurosky et W sont évoqués comme des alternatives à Twitter.

Eurosky : l’infrastructure au lieu du réseau

Commençons par le projet le plus complexe, mais possiblement le plus durable : Eurosky. Il ne s’agit pas simplement d’un « réseau social ». Eurosky se positionne en tant qu’infrastructure.

L’objectif ici est de ne pas réinventer la roue. Eurosky s’appuie sur l’AT Protocol, la même technologie que celle utilisée par Bluesky. Que signifie cela concrètement ?

  • Identité unique : vous aurez la possibilité de créer une identité @eurosky.social.
  • Interopérabilité : ce « passeport » fonctionnera non seulement sur Bluesky, mais aussi sur d’autres applications compatibles telles que Flashes ou Tangled.
  • Cible : Eurosky s’adresse également aux développeurs, aux médias et aux institutions afin qu’ils développent leurs propres outils sur cette base solide et hébergée en Europe.

Plutôt que de créer un environnement fermé, Eurosky propose des ressources (conformes au RGPD et hébergées localement) et permet aux autres de les utiliser.

W Social : la réponse à la toxicité

Face à cela, nous avons W. Cette proposition est plus classique, mais elle répond à un besoin urgent : la toxicité. W se propose clairement comme l’opposée de X. Pas de protocole complexe à offrir aux développeurs ici, mais une promesse forte pour les utilisateurs : la fin des bots.

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Le calendrier, en revanche, suscite des inquiétudes :

  1. Bêta : prévue pour février 2026.
  2. Lancement public : attendu pour fin 2026.

Cependant, un an peut sembler long. Actuellement, X compte 126 millions d’utilisateurs quotidiens sur mobile.

W se concentre sur la « pureté » du réseau (lutte contre les fausses informations, vérification rigoureuse). C’est une initiative louable. Mais cela suffira-t-il à attirer les utilisateurs habitués au chaos addictif de X ? C’est incertain.

En effet, la technologie ne constitue pas le réseau social. Ce sont les utilisateurs. L’Europe a déjà connu des échecs. Vous vous souvenez de Qwant, qui devait remplacer Google ? De la « souveraineté cloud » qui peine à avancer ? Mastodon, aussi vertueux soit-il, demeure un service de niche pour les technophiles et les journalistes (dont je fais partie, coupable).

Le risque pour l’Union européenne est de financer des infrastructures techniquement solides, mais socialement vides. Si les créateurs de contenu, les médias et les politiques continuent à publier leurs exclusivités sur X parce que « c’est là que cela se passe », Eurosky et W resteront des coquilles vides. Le financement sollicité auprès de la Commission européenne ne doit pas seulement servir à couvrir les coûts des serveurs. Il doit être destiné à favoriser l’utilisation.

L’Europe a raison de se montrer ferme. Laisser une plateforme privée américaine gérer le débat public européen est une aberration stratégique, surtout lorsque son dirigeant modifie les règles de modération à sa guise.

Eurosky apparaît comme le compromis le plus réaliste à court terme : une technologie éprouvée (AT Protocol) associée à une gouvernance locale. Quant à W Social, l’idée d’un web sans bots est séduisante, mais l’enfer est pavé de bonnes intentions en matière d’identification numérique.