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Espace : La fusée française vise « plus attractive » que SpaceX

MaiaSpace, une start-up filiale d’ArianeGroup lancée en 2022, a signé un contrat structurant avec Eutelsat pour le lancement d’une partie des 440 nouveaux satellites à remplacer ou ajouter à la constellation OneWeb. Le contrat avec Eutelsat va représenter « une dizaine de lancements en tout » pour la future fusée dont le tir inaugural est espéré fin 2026.

Un contrat qui offre « de la visibilité au niveau commercial » pour le projet MaiaSpace. Cette start-up, filiale d’ArianeGroup créée en 2022 pour développer une fusée partiellement réutilisable d’ici à la fin de l’année 2026, a récemment signé un contrat important avec Eutelsat.

Après le lancement, le premier étage pourra être récupéré pour être réutilisé, grâce au moteur Prometheus.
Après le lancement, le premier étage pourra être récupéré pour être réutilisé, grâce au moteur Prometheus. - MaiaSpace

Le lanceur de MaiaSpace a été choisi pour envoyer en orbite basse une grande partie des 440 nouveaux satellites qui remplaceront certains, et s’ajouteront pour d’autres, à la constellation OneWeb de l’opérateur de communication par satellites. Ce contrat « vient remplir notre carnet de commandes à hauteur de plus de 50 %, pour les trois premières années d’existence du lanceur », déclare à 20 Minutes Raphaël Chevrier, porte-parole de MaiaSpace.

Une vingtaine de lancements par an d’ici à 2032

Située à Vernon (Eure), à proximité d’une des usines d’ArianeGroup, l’entreprise n’en est pas à son premier succès commercial. « C’est le troisième contrat que nous signons, puisque nous avions déjà remporté le marché en avril dernier avec Exotrail, une start-up française qui déploie des spacevans [véhicules de transfert orbital], puis nous avons été sélectionnés en novembre par U-Space et l’Agence d’innovation de défense pour déployer les deux petits satellites de la future mission Toutatis. »

Toutatis (Test en orbite d’utilisation de techniques d’action contre les tentatives d’ingérences spatiales) est un projet développé par U-Space, en partenariat avec MBDA, « pour réaliser des scénarios d’opposition ou de coopération dans l’espace », précise le ministère des Armées.

Plus significatif, le contrat avec Eutelsat représente « une dizaine de lancements au total » pour la future fusée, dont le premier tir depuis Kourou est prévu pour fin 2026. Maia envisage par la suite « de monter en cadence pour atteindre d’ici 2032 une vingtaine de lancements par an ». Ce lanceur sera réutilisable, à l’instar de ce que réalise déjà SpaceX, bien qu’encore loin du rythme de ce dernier, qui a enregistré 167 lancements en 2025.

Le moteur Prometheus pourra être réutilisé cinq fois

Il s’agira du premier lanceur réutilisable européen (Ariane 6 ne l’est pas encore), avec un atterrissage vertical du premier étage sur une barge en mer. Pour cela, Maia utilisera le moteur Prometheus, développé par ArianeGroup pour le compte de l’Agence Spatiale Européenne (ESA). « Sur le papier, ce moteur peut être réutilisé cinq fois, mais je pense que nous pourrons aller au-delà », estime Raphaël Chevrier.

La fusée, d'une hauteur de 55 mètres pour 300 tonnes, est considérée comme un lanceur de taille moyenne.
La fusée, d’une hauteur de 55 mètres pour 300 tonnes, est considérée comme un lanceur de taille moyenne. - MaiaSpace

La fusée sera proposée en version réutilisable et en version « consommable », permettant de transporter des charges plus lourdes. « À ce stade, nous prévoyons de réaliser quatre lancements avec le lanceur réutilisable et un lancement avec le lanceur consommable pour cinq missions. Mais si cette répartition devait évoluer pour s’adapter au marché, nous pourrions facilement réaliser davantage de lancements avec le système réutilisable avant de passer à un lancement consommable », explique le porte-parole de l’entreprise.

La fusée, qui mesure 55 mètres de hauteur pour un poids de 300 tonnes, est considérée comme un lanceur de taille moyenne, se situant entre le micro-lanceur et le lanceur lourd de type Ariane 6. Elle sera capable de lancer jusqu’à 4 tonnes de satellites, avec un diamètre sous coiffe de 3,5 mètres. Cela la rend « pertinente sur le marché des constellations en orbite basse, car nous sommes en mesure de transporter plusieurs satellites, ainsi que des satellites d’observation de la Terre d’un poids de quelques tonnes, et même des très petits satellites », assure Raphaël Chevrier.

« Des tarifs autant voire plus attractifs que ceux de SpaceX »

En outre, l’entreprise française s’efforcera de proposer des prix plus bas. « Nous allons chercher à réduire au maximum le coût au kilogramme pour le transport vers l’espace, notamment grâce à la récupération du premier étage, qui représente 50 % du coût total du lanceur. » Elle compte également sur ses processus pour réaliser son lanceur moins de cinq ans après le début de son développement. « L’équation économique est au cœur du projet, et nous serons compétitifs car nous déployons des méthodes rapides et agiles, inspirées du secteur numérique », souligne Raphaël Chevrier.

L'usine d'assemblage de la fusée MaiaSpace est située à Vernon, dans l'Eure.
L’usine d’assemblage de la fusée MaiaSpace est située à Vernon, dans l’Eure. - MaiaSpace

Bien que le porte-parole refuse de donner des indications sur les tarifs proposés à ses clients, un prix de 6.000 euros par kilogramme a été évoqué. « Le prix dépend de nombreux paramètres, mais pour certaines orbites, nous proposerons des tarifs aussi attractifs, voire plus, que ceux de SpaceX, qui effectue des lancements partagés via des sortes de bus spatiaux pour satellites. Nous, ce sera une course de taxi au prix du ticket de bus. »

Une fusée qui « préfigure la future famille de lanceurs lourds européens »

Maia se présente également comme un lanceur qui « préfigure la future famille de lanceurs lourds européens, qui sera réutilisable », annonce Raphaël Chevrier. « Le projet Maia s’inscrit dans une stratégie à long terme, et a été conçu pour intégrer des technologies, notamment la réutilisation, qui peuvent rapidement passer à l’échelle sans nécessiter d’investissements massifs. »

Pour l’instant, « nous sommes totalement concentrés sur le développement de notre propre lanceur », en construisant notamment une nouvelle usine capable de soutenir une vingtaine de lancements par an.