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Des milliers de robots humanoïdes vont débarquer dans les usines européennes.

Les robots humanoïdes chinois, notamment le modèle G2 d’Agibot, seront déployés en Europe grâce à un partenariat avec l’équipementier automobile Minth Group. Agibot a déjà livré plus de 5 000 robots humanoïdes début 2026, s’appropriant environ 40 % des parts d’un marché mondial en émergence.

Les robots humanoïdes chinois s’apprêtent à envahir les usines automobiles européennes, ce qui pourrait à terme remplacer les ouvriers des chaînes de production. Faut-il cependant s’en inquiéter ?
AGIBOT G2

Le secteur automobile européen connaît une transformation importante de son outil de production. Au-delà des bras robots traditionnels, une nouvelle génération de machines, les robots humanoïdes, est sur le point d’entrer sur les lignes de montage.

Lors d’un événement récent à Munich, devant 400 ingénieurs et cadres de l’industrie, la start-up chinoise Agibot a annoncé un développement majeur.

L’entreprise se tourne désormais vers les marchés internationaux en nouant un partenariat stratégique avec l’équipementier automobile Minth Group, pour déployer, et éventuellement fabriquer, ses robots à intelligence artificielle directement en Europe.

Une technologie basée sur l’IA incarnée et des puces Nvidia

Les solutions proposées par Agibot s’inscrivent dans le cadre de ce que l’on appelle « l’IA incarnée » (ou embodied AI). En d’autres termes, il ne s’agit pas d’une intelligence artificielle limitée à un écran, mais d’un système qui peut interagir physiquement avec son environnement grâce à un corps robotisé.

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Agibot a présenté son modèle X2 à Munich, un robot de 1,31 mètre capable de danser et d’effectuer des tâches d’accueil, mais c’est surtout sa gamme industrielle qui attire l’attention des constructeurs automobiles.

Le modèle G2, par exemple, abandonne les jambes au profit d’une base roulante stable et est équipé de deux bras à contrôle de force pour des manipulations précises. Son « cerveau » est alimenté par la plateforme Nvidia Jetson Thor T5000, une puce de haute performance conçue pour gérer les calculs complexes nécessaires à la robotique avancée.

Ces machines concentrent de nombreuses innovations technologiques. Agibot propose également l’Omnihand Pro, une main robotique dotée de 19 degrés de liberté, essentielle pour manipuler de petites pièces sur une chaîne d’assemblage. Le modèle G2, le plus coûteux, est vendu à plus de 117 000 dollars l’unité.

L’Europe entre domination sino-américaine

Cette annonce est significative car elle révèle la domination de la Chine et des États-Unis sur ce marché émergent, comme l’a souligné Guillaume Champeau sur X (anciennement Twitter).

Aux États-Unis, Elon Musk fait la promotion de son robot Optimus de Tesla, tandis que des entreprises bien établies comme Boston Dynamics, maintenant sous la direction de Hyundai, collaborent avec Google et Nvidia pour perfectionner le robot Atlas.

En Asie, des entreprises comme Xiaomi avancent dans l’intégration d’humanoïdes dans la fabrication de leurs véhicules électriques, tandis que CATL met en place des robots très rapides pour assembler ses batteries.

En revanche, l’Europe accuse un retard dans le développement de robots humanoïdes de cette envergure, même si Mercedes et BMW effectuent déjà des tests sur leurs lignes de production pilotes.

Le continent européen devient ainsi un champ d’opérations crucial. C’est ici qu’intervient Minth Group. Cet équipementier possède plus de dix sites de production en Europe, notamment en France, en Allemagne et au Royaume-Uni, et servira de point d’entrée pour Agibot.

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Prévision de la robotisation des industries // Source : Longportapp

Selon Chienglien Wei, présidente de Minth, déployer ces robots à grande échelle nécessite plus que des avancées logicielles. « De solides capacités de localisation, des systèmes de fabrication fiables et un support opérationnel à long terme » sont tout aussi essentiels. En d’autres termes, il est crucial d’adapter ces robots aux spécificités des usines européennes.

Le rythme de déploiement est d’ailleurs soutenu. Fondée il y a seulement trois ans, Agibot prétend avoir déjà livré plus de 5 000 robots humanoïdes début 2026, s’octroyant environ 40 % du marché mondial naissant. William Shi, responsable de la division européenne d’Agibot, prévoit une explosion de ce secteur, avec des projections de Morgan Stanley anticipant une demande annuelle de 1,5 million d’unités d’ici 2035.

Remplacement ou soulagement pour les ouvriers ?

La présence de ces humanoïdes sur les chaînes d’assemblage soulève inévitablement des questions concernant l’emploi. Ces machines vont-elles remplacer les ouvriers européens ?

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Dans l’industrie automobile, le travail à la chaîne reste l’un des plus difficiles, entraînant de nombreux troubles musculo-squelettiques (TMS). Des entreprises comme Stellantis investissent massivement dans l’automatisation pour augmenter leur productivité.

Introduire des robots capables d’accomplir des tâches répétitives ou de porter des charges avec l’agilité d’un humain vise à réduire les postes les plus pénibles pour la santé physique.

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Provenance des pièces des robots humanoïdes

À terme, la robotisation presque totale des tâches les plus difficiles semble probable. Cela pose un défi en matière de reconversion professionnelle, mais offre aussi une opportunité d’améliorer le bien-être et la qualité de vie au travail des employés, en les réorientant vers des postes de supervision, de maintenance ou de programmation.

De nombreux acteurs de l’industrie, dont Elon Musk, estiment que ces avancées technologiques pourraient rendre nécessaire l’instauration d’un revenu universel pour les ouvriers qui perdraient leur emploi.

Pour l’instant, Agibot ne cherche pas à produire de manière massive en Europe, mais veut établir des partenariats industriels solides. La fabrication de ces robots dans les usines européennes de Minth devrait débuter plus tard cette année. Les deux prochaines années seront déterminantes pour les constructeurs automobiles, qui évalueront la rentabilité et l’efficacité de ces nouveaux travailleurs.

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