Des data centers dans l’espace : un projet fou qui ne devient pas réalité.
En 2021, environ 8 000 centres de données étaient recensés à travers le globe, tandis qu’ils sont près de 12 000 aujourd’hui. Selon une étude, les plus grands centres consomment aujourd’hui l’équivalent de la consommation quotidienne de 1 000 foyers.

Derrière chaque vidéo que nous regardons ou chaque requête envoyée à une intelligence artificielle, des milliers de serveurs œuvrent constamment. Ces machines, regroupées dans de vastes centres de données, fonctionnent en continu et consomment une quantité d’énergie considérable.
Le nombre de ces data centers ne cesse d’augmenter. En 2021, leur nombre était d’environ 8 000 à travers le monde ; aujourd’hui, il est proche de 12 000, et ce chiffre devrait exploser avec la montée en puissance de l’IA et l’augmentation des données produites au niveau mondial.
Les systèmes électriques sont-ils toutefois capables de soutenir un si grand nombre d’installations ? L’électricité pour les alimenter doit être suffisante et, surtout, décarbonée. À cela s’ajoute un besoin colossal en eau pour leur refroidissement. Selon une étude, les plus grands centres consomment aujourd’hui l’équivalent de la consommation quotidienne de 1 000 foyers, une situation jugée aberrante par beaucoup, étant donné que l’eau n’est pas une ressource infinie.
Pourtant, rien ne semble freiner les géants de la technologie. Pour contourner ces problématiques, certains envisagent une idée audacieuse : délocaliser les centres de données dans le ciel.
Des centres de données dans l’espace ?
Dans ce scénario, il ne s’agirait pas de bâtiments comme sur Terre, mais d’une constellation de satellites dotés de processeurs et de panneaux solaires. Ces satellites communiqueraient entre eux à très haute vitesse et fonctionnent comme un immense centre de calcul en orbite. Les données seraient transmises depuis la Terre via des stations au sol, traitées dans l’espace, puis renvoyées aux utilisateurs.
Pourquoi l’espace ? Deux raisons principales sont souvent avancées. La première est l’accès presque permanent à l’énergie solaire. Les installations pourraient être situées en orbite, à un niveau où elles seraient quasi constamment exposées au Soleil.

La seconde raison concerne le refroidissement. Comme mentionné précédemment, les centres de données sur Terre utilisent d’énormes quantités d’eau pour dissiper la chaleur. En revanche, dans l’espace, le vide et les températures extrêmement basses (jusqu’à -157 °C) facilitent l’évacuation thermique.
Plusieurs acteurs intéressés
Elon Musk est l’un des plus fervents partisans de cette idée. Sa méga-fusée réutilisable Starship pourrait être utilisée pour envoyer des infrastructures informatiques dans l’espace. Sa société d’IA, xAI, a d’ailleurs récemment été intégrée à l’écosystème SpaceX dans cette optique.
Cependant, la start-up américaine Starcloud semble être la plus avancée dans ce domaine. En novembre dernier, elle a lancé le satellite Starcloud-1, de la taille d’un réfrigérateur, équipé d’un processeur graphique NVIDIA H100. Ce satellite servira de démonstrateur technique. À terme, l’entreprise envisage de construire un immense centre de données orbital de 4 kilomètres de côté, doté de panneaux solaires et de radiateurs thermiques, capable de remplacer plusieurs centres terrestres.

Il y a aussi l’entreprise américaine Aetherflux qui développe son projet Galactic Brain, une constellation de satellites en orbite alimentée par l’énergie solaire. Le premier satellite est prévu pour début 2027, suivi de nombreux autres au fur et à mesure de son déploiement.
Google participe également à cette course. Le géant technologique mène un projet spatial nommé Project Suncatcher. Selon des annonces officielles, l’entreprise prévoit de lancer des satellites tests dès 2027 pour vérifier la faisabilité du projet.
De son côté, Blue Origin, fondée par Jeff Bezos, ne développe pas directement des centres de données orbitaux, mais travaille sur TeraWave, un réseau haut débit spatial. Cette infrastructure pourrait permettre de connecter efficacement des centres de données, qu’ils soient sur Terre ou en orbite, via des liaisons sans fil à très haute capacité.
Des coûts de lancement élevés
Outre les défis techniques, la question des coûts pourrait représenter l’un des plus grands obstacles à ces projets, notamment en ce qui concerne les frais de lancement.
À titre indicatif, la fusée Falcon 9 de SpaceX facture environ 2 500 $ par kilogramme. L’envoi d’une tonne de matériel coûterait ainsi 2,5 millions de dollars. Or, un centre orbital nécessiterait des dizaines, voire des centaines de satellites, chacun étant équipé de panneaux solaires, de processeurs, de systèmes de refroidissement et d’antennes. La facture peut rapidement atteindre des centaines de millions de dollars. Toutefois, la réutilisabilité de Starship pourrait permettre de réduire ces coûts.

Cependant, une fois en orbite, les coûts d’exploitation pourraient rapidement être amortis. Un centre terrestre peut dépenser jusqu’à 10 millions de dollars par an en électricité, sans compter le refroidissement. Dans l’espace, la facture énergétique tombe à zéro, et le refroidissement ne nécessite ni eau ni infrastructure complexe. Théoriquement, ces dépenses disparaissent presque entièrement.
L’avenir dira si ces centres de données orbitaux dépasseraient le stade de l’expérimentation. Ce qui est certain, c’est que plusieurs acteurs du secteur semblent persuadés que l’évolution de l’IA rendra cette option réalisable.
« Si l’IA ne croît pas de manière exponentielle, alors l’espace n’aura pas de sens de sitôt ; mais je pense qu’elle va croître de façon exponentielle », a d’ailleurs noté un ancien scientifique de la NASA, comme le rapporte l’AFP.

