Contrôle de l’âge des internautes : les géants de la tech se renvoient la balle.
Le gouvernement souhaite interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans d’ici septembre, mais les acteurs du secteur sont divisés sur les responsabilités de vérification. En France, environ 43 millions d’utilisateurs mensuels utilisent Facebook et Instagram, tandis que TikTok et Snapchat sont fréquentés par plus de 27 millions de Français chaque mois.
Cela s’annonce comme un véritable casse-tête… Le gouvernement souhaite interdire l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans d’ici septembre, mais les acteurs du secteur sont partagés sur la responsabilité de cette vérification et son application.
Le règlement européen sur les services numériques (DSA), qui sera effectif en 2024, précise que la protection des mineurs revient aux applications ou sites eux-mêmes. En cas d’interdiction, cela signifierait donc, en théorie, que Meta (Facebook, Instagram), X, TikTok ou Snapchat devraient vérifier l’âge de l’utilisateur lors de son inscription.
**Un contrôle similaire aux sites pornographiques ?**
Ce principe rappelle celui mis en place en 2025 en France pour accéder aux sites pornographiques : les internautes doivent prouver leur majorité via une application dédiée ou en présentant une pièce d’identité. Cependant, cette approche a montré ses limites. « Les sites pornos ont instauré divers systèmes de vérification d’âge, mais des microsites sont apparus, attirant les utilisateurs en raison d’un contrôle moins strict », remarque Thomas Rohmer, directeur de l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique (Open).
La question de la confidentialité se pose également, car tous les utilisateurs seraient contraints de justifier de leur âge. L’enjeu est considérable : Facebook et Instagram affichent environ 43 millions d’utilisateurs mensuels en France, tandis que TikTok et Snapchat attirent plus de 27 millions de Français chaque mois, d’après les rapports de transparence de ces entreprises publiés cet été.
**Un contrôle par les magasins d’applications ?**
Dans son projet de loi initial, le gouvernement ne définit pas comment ce blocage doit être mis en œuvre techniquement. Des géants du secteur, tels que Meta et Snapchat, plaident pour que la vérification revienne aux boutiques d’applications mobiles de Google et Apple, qui rejettent cette responsabilité.
Meta a demandé une « réglementation européenne exigeant la vérification de l’âge et un accord parental » au niveau des magasins d’applications afin de « mieux protéger » les mineurs. « Les adolescents utilisent en moyenne 44 applications par semaine. La vérification de l’âge au niveau de l’app store faciliterait la tâche des parents qui n’auraient qu’à confirmer l’âge de leur enfant une seule fois, au lieu de le faire pour chaque application », défend l’entreprise.
À travers Google Play et l’App Store, Google et Apple centralisent les téléchargements et jouent un rôle de « douanier », estime Jean Gonié, directeur régional des affaires publiques de Snapchat, « tandis que nous, nous sommes à la fin de la chaîne ».
**Un contrôle « à partir de la connexion internet » ?**
Google rétorque que cela pourrait générer un faux sentiment de sécurité, déchargeant les entreprises de leur obligation d’investir dans des mesures de protection adaptées aux différents âges. Cette approche est également soutenue par Apple, qui rappelle que « seule une petite partie des applications nécessite une vérification de l’âge » et que « le bon endroit » pour appliquer cette vérification se limite « aux sites web et applications » concernés.
L’Alliance française des industries du numérique (Afnum), incluant des fabricants de téléphones comme Samsung et Xiaomi, propose de contrôler l’accès « à partir de la connexion internet (sim pour les mineurs et box internet) » fournies par les opérateurs téléphoniques. Elle affirme que « les fournisseurs d’accès internet » doivent être « intégrés à cette chaîne de responsabilités ».
Dernière option possible : lors de l’achat d’un appareil permettant l’accès à ces plateformes. Cette méthode est notamment soutenue par le géant des sites pornographiques Aylo, propriétaire de Youporn, Pornhub et Redtube. Un premier pas a été franchi avec l’entrée en vigueur à l’été 2024 de la loi Studer, imposant qu’un dispositif de contrôle parental soit pré-installé sur les téléphones portables, tablettes, ordinateurs et autres objets connectés.

