« C’est une arnaque » : la batterie solide de Donut Lab ne convainc pas
Yang Hongxin, le PDG de Svolt, a déclaré lors d’une interview au Xuanyuan Business Review que la batterie solide de Donut Lab est « une arnaque ». Il a avancé que promettre une densité de 400 Wh/kg et une charge en 5 minutes est, selon lui, physiquement impossible avec les chimies connues à ce jour.

La fête est finie.
Lors du CES, la batterie solide de Donut Lab était présentée avec un mélange d’espoir : 400 Wh/kg, 100 000 cycles, charge en 5 minutes. Sur le papier, c’était un rêve européen. Ce miracle a été évoqué dans notre émission Survoltés. Cependant, ces derniers jours, le rêve s’est transformé en cauchemar médiatique et technique.
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La start-up finlandaise fait face à des attaques de toutes parts. Et attention, il ne s’agit pas de jalousie (quoique), mais d’arguments techniques percutants. Deux fronts se sont ouverts : la Chine, qui défend son hégémonie avec assurance, et d’autres pays, qui utilisent leur rigueur mathématique pour démonter le mythe.
L’attaque chinoise : « Si nous ne savons pas le faire, personne ne le peut »
Le premier tir provient de Svolt, un géant chinois de la batterie (9e mondial). Son PDG, Yang Hongxin, n’a pas mâché ses mots lors d’une interview au Xuanyuan Business Review. Pour lui, la conclusion est claire : « C’est une arnaque ».

Son argumentation repose sur deux axes. D’abord, la contradiction physique. Promettre une densité de 400 Wh/kg tout en garantissant une charge ultra-rapide (12C, soit 5 minutes) et une performance optimale à -30°C est, selon lui, physiquement impossible avec les chimies actuelles. « Tous les paramètres sont contradictoires », déclare-t-il.
Ensuite, il y a l’arrogance géopolitique. Yang Hongxin affirme sans hésitation : « La technologie chinoise est la plus avancée au monde. Si la Chine ne peut pas le produire ou le perfectionner, les entreprises d’autres pays ne le peuvent certainement pas. »Cette affirmation peut sembler prétentieuse, mais est-elle fausse ? La Chine contrôle 90 % de la chaîne de valeur. Il est surprenant de voir une petite entreprise finlandaise réussir là où CATL et BYD ont investi des milliards depuis dix ans. Cependant, cet argument d’autorité ne suffit pas.
L’attaque reste argumentée
La réaction chinoise, bien qu’elle puisse sembler une défense de territoire, devient embarrassante lorsqu’on examine certaines informations. Donut Lab essaierait-il de nous faire passer pour des « clowns » ?

Le problème réside dans le chiffre des 100 000 cycles. Faisons le calcul. Une année compte environ 525 000 minutes. Pour tester 100 000 cycles de charge/décharge, même en mode accéléré (disons 10 minutes par cycle complet, ce qui est déjà excessif sur le plan thermique), il faudrait 1 million de minutes, soit presque 2 ans de tests ininterrompus.

Or, Donut Lab est une start-up récente. Où sont les données ? Comment ont-ils validé cette durée de vie sur une technologie qui n’existait pas il y a trois ans ? L’absence de réponses techniques claires à ces questions fondamentales constitue un immense red flag.
Au-delà de cet aspect, plusieurs éléments factuels semblent préoccupants :
- L’usine fantôme : Donut Lab évoque une production de masse (« OEM ready »). Cependant, aucune gigafactory ne semble être en cours de construction. On ne peut pas produire des millions de cellules dans un garage à Helsinki.
- L’absence de validation tierce : Aucune entité indépendante (TÜV, organismes de certification) n’a validé ces chiffres. Verge Motorcycles est le seul « client », mais Verge est propriété de Donut Lab (ou très liée). C’est un circuit fermé : ils s’autovalident.
- Le syndrome « Theranos » : La culture du « Fake it till you make it » (faire semblant jusqu’à ce que l’on réussisse) est toxique. Promettre l’impossible pour lever des fonds en espérant résoudre les problèmes techniques plus tard est une stratégie connue, mais périlleuse.
- Manque de financement: Pour développer une technologie de batterie solide, des milliards sont nécessaires. QuantumScape a consommé des montagnes de capitaux. Toyota investit depuis dix ans. ProLogium met des moyens considérables en France… et en face, que trouve-t-on ? Donut Lab et sa société mère, Nordic Nano. Ici, on parle de financements publics et privés de quelques millions d’euros (environ 3 à 4 millions selon les sources publiques). Penser qu’une petite équipe de quelques dizaines de personnes avec un tel budget réussisse là où les autres n’y sont pas parvenus semble inconcevable.
Pourquoi c’est grave
Si Donut Lab s’avère véritablement être une « arnaque » ou une surenchère marketing majeure, les répercussions seraient considérables. Pas seulement pour les investisseurs ou les clients de motos à 50 000 €. Mais pour l’ensemble de la filière batterie européenne. Chaque euro investi dans cette chimère détourne des ressources de la recherche sérieuse. Chaque fausse promesse nuit aux efforts industriels européens face à la puissance asiatique.
Jusqu’à nouvel ordre, le scepticisme prend le dessus. Lorsque la Chine déclare « c’est impossible » et que plusieurs médias soulignent que « les maths sont fausses », il ne suffit plus d’un beau stand au CES pour convaincre. Donut Lab va devoir montrer ses données de laboratoire, et vite.
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