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Batteries : l’Europe peut-elle rivaliser avec la Chine grâce au sel et au charbon ?

La batterie au sodium suscite un intérêt croissant pour les industriels du stockage énergétique, tandis que des chercheurs au Royaume-Uni essaient de maîtriser localement sa production. Une équipe de l’université de Swansea et de Batri a développé la première cellule sodium-ion utilisant uniquement des matériaux produits au Royaume-Uni, financée par l’institut de recherche Faraday Institution.


Si elle a toujours été moins mise en avant que le lithium, la batterie au sodium suscite désormais un intérêt croissant de la part des industriels du stockage énergétique. Au Royaume-Uni, des chercheurs s’efforcent de maîtriser la production locale de cette nouvelle technologie.

Ces derniers mois, les annonces concernant les batteries sodium-ion se sont multipliées. Les recherches avancent rapidement et cette technologie commence progressivement à s’implanter sur le marché. Ces batteries au sel visent principalement le stockage stationnaire, certaines applications de mobilité électrique et l’utilisation dans des environnements difficiles, notamment à basse température.

Avec l’émergence de ce nouveau marché, une course industrielle a débuté. En Chine, de grandes marques ont déjà lancé des initiatives. Le géant CATL a, par exemple, annoncé son intention de produire à grande échelle des batteries sodium-ion pour les véhicules électriques.

En Europe, plusieurs acteurs tels que Bihar Batteries, Moonwatt, Phenogy, et d’autres, travaillent également au développement de cette technologie. Le continent intensifie ses efforts de recherche et, pour renforcer la souveraineté industrielle, une équipe britannique a récemment mis au point la toute première cellule utilisant des électrodes fabriquées à partir de matériaux locaux.

### Des matériaux et du savoir-faire locaux

Cette réalisation résulte d’une collaboration entre des chercheurs de l’université de Swansea et l’entreprise britannique Batri, spécialisée dans les technologies de stockage d’énergie. Ensemble, ils ont conçu une cellule de démonstration sodium-ion en n’utilisant que des matériaux produits au Royaume-Uni. Le projet a été financé par l’institut de recherche Faraday Institution.

L’anode, ou pôle négatif de la batterie, est réalisée à partir d’un carbone composite dérivé du charbon gallois. Les matériaux de la cathode, le pôle positif, ont également été fabriqués localement. D’après le communiqué, ces matériaux reposent sur « une propriété intellectuelle nationale et des chaînes d’approvisionnement disponibles à l’échelle du pays ».

Pour Stephen Hughes, directeur technique de Batri, cette réussite prouve concrètement qu’une production de batteries fondée sur des ressources et des savoir-faire locaux est réalisable. Il a déclaré que cela constitue « une preuve que la production souveraine de batteries est viable ».

### Vers l’industrialisation

Au-delà de cette démonstration de faisabilité, de nouvelles cellules sont déjà en cours de fabrication. L’objectif affiché est de passer à l’étape de l’industrialisation et, à terme, de conquérir le marché mondial. Batri prévoit d’intensifier la production de matériaux et d’optimiser ses capacités industrielles au Pays de Galles pour produire des cellules à grande échelle.

Parallèlement, l’entreprise a conclu un partenariat avec le groupe britannique AceOn, qui est spécialisé dans le stockage et les énergies renouvelables, pour intégrer ces cellules dans des packs modulaires et interchangeables, destinés au stockage stationnaire et à la mobilité industrielle. L’université de Swansea continue, quant à elle, ses recherches sur le sodium-ion, en se concentrant sur le développement de nouveaux matériaux et l’ingénierie des cellules.