Avec I-Care, la Wallonie tient un futur champion mondial de la maintenance industrielle 4.0

LIBRE ECO WEEK-END | START-UP DE LA SEMAINE

Fabrice Brion, CEO et cofondateur de la société montoise I-Care, a bâti une solution technologique qui ne cesse de gagner du terrain dans l’industrie. I-Care, société investie récemment par la SRIW et IMBC, ambitionne de devenir l’un des leaders mondiaux dans le domaine de la maintenance industrielle 4.0.

Pour être honnête, I-Care n’a plus rien d’une start-up. “On est une vieille start-up !” , ironise Fabrice Brion, CEO et cofondateur de cette société montoise, avec son ami de collège Arnaud Stievenart. La création de I-Care remonte déjà à 2004. Quand on pénètre dans le bâtiment vitré de I-Care, situé au coeur du parc scientifique Initialis, ça sent toutefois la culture start-up à plein nez. « Work + Dreams = Success », peut-on lire sur un tableau placé dans le hall d’entrée. « Je gère la société comme un vieux fermier borain! Les pieds sur terre, de façon pragmatique, mais avec une vision et de l’ambition » . Au cours des deux dernières années, I-Care a recruté, en moyenne, une personne par semaine! Et tout indique que ça devrait se poursuivre. Actuellement, pas moins de 35 postes sont à pourvoir. D’ici quelques mois, des travaux débuteront sur le terrain situé juste en face du siège de la société pour bâtir une extension d’environ 6000 m2. Pour I-Care, la belle aventure ne fait manifestement que commencer et l’ambition est devenue mondiale.

Il y aurait énormément de choses à dire sur celui qui, aujourd’hui, se trouve à la tête d’un groupe employant plus de 450 collaborateurs (dont près de 300 à Mons), enchaînant les taux de croissance annuelle du chiffre d’affaires à deux chiffres (+29 % en 2019, à 40 millions d’euros) et occupant d’ores et déjà le leadership européen dans son cœur de métier, qui est la maintenance prédictive et la fiabilisation d’équipements industriels. “I-Care est le Dr House de la machine industrielle” , se plaît à raconter Fabrice Brion, ingénieur industriel de 40 ans, quand il doit expliquer le métier de I-Care. “Généralement, vous allez chez le médecin quand vous ne vous sentez pas bien et que vous voulez savoir ce dont vous souffrez. La maintenance prédictive, c’est ça. Mais vous pouvez aussi aller chez le médecin parce que vous voulez rester en bonne santé le plus longtemps possible. Ça, c’est la fiabilisation.”

Pionnier de l’Internet des objets industriels et de l’Intelligence artificielle

C’est son mémoire de fin d’études, à l’école des ingénieurs industriels de Mons (Isic), qui a conduit Fabrice Brion à se lancer dans la maintenance prédictive. A l’époque (juin 2000), on ne parlait pas encore beaucoup de « Big data » et d’Intelligence artificielle (IA). « Mon mémoire portait sur l’IA appliquée à la maintenance prédictive dans l’industrie » . Le jeune entrepreneur met le pied dans un domaine qui, quelques années plus tard, explosera: l’Internet des objets industriels. « I-Care a probablement été, sans le savoir, l’une des premières start-up wallonnes dans le domaine du digital » , confie Fabrice Brion.

La technologie développée depuis une quinzaine d’années par les ingénieurs de I-Care permet de faire deux choses. Primo : mesurer grâce à des capteurs placés sur des machines toute une série de paramètres (tels que les vibrations, les dégagements de chaleur, l’émission d’ultrasons, etc.) afin de prédire, avec le plus de précision possible, le moment où il faudra intervenir pour éviter une casse et provoquer une interruption coûteuse d’un processus industriel. Secundo : en associant la collecte des données et un traitement algorithmique de plus en plus sophistiqué des data , I-Care est parvenu à fiabiliser tout processus industriel, c’est-à-dire à “faire en sorte que tout se passe bien et que nos clients soient confrontés à moins de pannes et le moins souvent possible.” Désormais, la plateforme en ligne « I-See » de la société montoise intègre aussi des algorithmes de machine learning . Outre la détection automatique de défauts ou défaillances, I-Care est ainsi être capable de générer des notifications d’intervention auprès du client. Lequel en tire un triple bénéfice en termes de sécurité (l’histoire récente a montré qu’une casse sur un site industriel pouvait avoir des conséquences dramatiques sur les populations et l’environnement), de qualité (il n’y a rien de pire, pour un industriel, de produire des biens qui devront être mis à la poubelle) et financiers (une interruption de production représente souvent un manque à gagner substantiel).

« On examine différentes opportunités d’acquisition »

I-Care a construit son excellente réputation au départ de clients industriels basés dans les pays du Benelux et actifs dans de multiples secteurs (énergie, pharmacie, agroalimentaire, chimie…). Progressivement, la société a étendu son champ d’action en ouvrant des filiales à l’étranger (11 actuellement, dont l’Australie, la Corée du Sud et les États-Unis). I-Care a également racheté son principal concurrent en Belgique. “En 2015, explique le CEO, nous avions défini une stratégie de croissance avec comme objectif, à l’horizon 2025, de multiplier notre chiffre d’affaires par dix (le portant de 10 à 100 millions d’euros, NdlR) . En termes d’effectif, on devrait être environ 600 en 2025.”

Cette croissance annuelle comprise entre 25 et 30 % – soutenue, depuis un peu plus d’un an, par l’entrée de la SRIW et de l’invest montois IMBC dans le capital (via une levée de fonds de 7,5 millions) – doit permettre à I-Care de figurer, d’ici cinq ans, dans “les trois ou quatre” premiers groupes mondiaux spécialisés dans les solutions de maintenance industrielle 4.0. De façon organique mais aussi, de plus en plus clairement, par une stratégie de croissance externe. « On examine différentes opportunités d’acquisition à l’étranger. On veut jouer un rôle actif dans le processus de consolidation du marché de la maintenance prédictive » , glisse, sans trop s’étendre, Fabrice Brion. Actuellement, la part du chiffre d’affaires réalisée à l’international représente déjà 40%. Avec la signature de plusieurs contrats récents, notamment aux Etats-Unis, cette part ne devrait cesser de croître au fil des mois et mener I-Care dans la cour des grands.

Ce qu’il faut encore savoir sur I-Care

Société: I-Care, fondée par Fabrice Brionet Arnaud Stievenart, en 2004.

Investisseurs: fondateurs, employés, IMBC et SRIW.

Site: https://www.icareweb.com

Particularité: en 2000, étudiant à l’Isic (école des ingénieurs industriels à Mons), Fabrice Brion entame un mémoire sur la “maintenance prédictive”. “Tout est parti de là” , dit-il vingt ans plus tard.