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Artemis 2 : « Un vol qui ne vise pas l’histoire »

La mission Artemis 2 a pris fin tôt ce samedi avec l’amerrissage des astronautes au large de San Diego (Californie). Olivier Sanguy, responsable de l’actualité spatiale à la Cité de l’espace de Toulouse, a déclaré que beaucoup de personnes en parlaient sur les réseaux sociaux, mais que cet attrait pour la mission est relatif, celle-ci souffrant du fait qu’elle ne se pose pas sur la Lune.

Les missions spatiales revêtent toujours une certaine importance, surtout lorsqu’elles impliquent des astronautes. Cependant, toutes ne laissent pas les mêmes impressions dans les mémoires ou dans la culture populaire. Apollo 11 a marqué les esprits avec son célèbre « petit pas pour l’homme, grand pas pour l’humanité », tandis que la mission Apollo 13, ayant évité la catastrophe, a été adaptée au cinéma avec Tom Hanks. Alors que la mission Artemis 2 s’est achevée ce samedi avec l’amerrissage des astronautes au large de San Diego (Californie), il est temps de faire le point : que restera-t-il de ce survol lunaire, le premier en cinquante-quatre ans ?

Pour répondre à cette interrogation, il convient d’évaluer l’enthousiasme suscité par la mission. « J’ai constaté que beaucoup de gens en parlaient sur les réseaux sociaux », observe Olivier Sanguy, responsable de l’actualité spatiale à la Cité de l’espace de Toulouse. Toutefois, cet engouement est relatif, car la mission « souffre du fait qu’elle ne se pose pas sur la Lune ».

« Les atterrissages marquent vraiment le grand public », poursuit le spécialiste. « Là, on ne fait « que » tourner autour de la Lune, et les gens ont compris que c’était une répétition des alunissages. » De plus, le contexte international, notamment le conflit en Iran et la flambée des prix de l’essence, « pèse plus sur le quotidien des gens qu’une mission autour de la Lune », admet l’expert.

Des séquences marquantes

Un moment a cependant marqué un tournant : la diffusion des photos spectaculaires du survol lunaire et de la Terre derrière la Lune. « Les réseaux sociaux ont été inondés de ces images, même de la part de personnes peu intéressées par l’espace », illustrant un moment particulièrement captivant pour un grand nombre de Terriens. Un engouement compréhensible selon Olivier Sanguy : « Ce qui attire l’intérêt du public, ce sont des phases qui parlent plus facilement au plus grand nombre. »

Ces phases incluent le décollage, un spectacle impressionnant même pour les néophytes, le tour de la Lune, avec des photos saisissantes, et le retour sur Terre, une étape critique et mémorable. « Il est courant dans le domaine spatial qu’il y ait un intérêt constant, ponctué de pics d’intérêt », retrace le spécialiste.

Pour Artemis 2, ce sont probablement ces moments marquants qui resteront dans les mémoires. Peut-être aussi une autre séquence qui a diverti les réseaux sociaux : un pot de Nutella traversant la capsule Orion, juste quelques minutes avant l’annonce que les astronautes de la mission étaient désormais les humains ayant voyagé le plus loin de la Terre.

Un vol éclipsé par les missions suivantes

Cependant, cette postérité risque d’être limitée. « Les gens se souviennent d’Apollo 11, mais ont oublié Apollo 7, 8, 9 et 10 », illustre Olivier Sanguy. « Ils connaissent Neil Armstrong et Buzz Aldrin, mais pas les dix autres [astronautes qui ont marché sur la Lune après eux]. » Puisque Artemis 2 n’est qu’une répétition des missions qui se poseront sur notre satellite, elle risque donc d’être oubliée.

Cette idée semble convenir aux astronautes, au contraire. Lors d’une conférence de presse le 24 septembre 2025, le commandant de la mission, Reid Wiseman, avait exprimé son souhait d’être « oublié ». « Si on nous oublie, alors Artemis aura été un succès », a-t-il déclaré, approuvé par ses coéquipiers. Cette déclaration révèle une « humilité » de la part de l’astronaute, qui « est conscient que son vol n’est pas destiné à entrer dans l’histoire », rappelle le spécialiste de l’actualité spatiale.

Des films, des séries et une incertitude persistante

Il y a peu de chances d’assister à l’émergence d’une grande production centrée sur Artemis 2. « Sur un plan dramatique, comment peut-on faire un film sur une suite de succès où tout se passe bien ? » questionne Olivier Sanguy. Il rappelle qu’un film a été réalisé sur Apollo 13, mais pas spécifiquement sur Apollo 11. Le célèbre First Man, de Damien Chazelle, est un biopic sur Neil Armstrong. Il n’existe également pas de film sur Apollo 10, ni sur les réussites de la navette spatiale.

« Si nous étions dans les années 1990-2000, je ne verrais pas quelqu’un produire un film ou une série sur Artemis 2 », insiste le spécialiste de la Cité de l’espace. Cependant, les temps ont changé ces deux dernières décennies, avec une explosion des canaux de diffusion et de la création culturelle. « On n’est pas à l’abri que Netflix, Disney+ ou d’autres lancent une mini-série sur cette mission », notamment en raison des documentaires publiés ces dernières années sur SpaceX et le vol de Jared Isaacman, le patron de la Nasa.

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« Je pense que le domaine spatial se porte bien en matière de création culturelle », conclut Olivier Sanguy. Une chose reste certaine : sans boule de cristal, seul l’avenir pourra dire ce que deviendra Artemis 2. D’autant plus que l’avenir des missions à venir, dont le calendrier et les dates évoluent constamment, demeure très incertain. Profitons donc des images de la Nasa, déjà historiques.