XV de France : Invaincus mais pas invincibles… « Le plus dur reste à venir » pour les Bleus de Fabien Galthié

Au Stadium de Toulouse,

Pour commencer cet article, une petite séquence : « Le temps file à une vitesse… on en parlait encore avec le boulanger ce matin. » Le 21 novembre 2021, les Bleus rejoignaient leurs clubs de Top 14 au lendemain d’un formidable succès sur les All Blacks dans un Stade de France en extase (40-25). Un an plus tard tout pile, les joueurs de Fabien Galthié se sont claqué la bise après avoir ajouté 10 victoires aux trois de l’automne dernier.

Invaincus sur l’année civile, lauréats du Grand Chelem, les favoris de la prochaine Coupe du monde à la maison ont battu les meilleures équipes (Irlande et Angleterre au printemps, Australie et Afrique du Sud ces dernières semaines) et ne tombent plus dans les pièges tendus par les équipes de second rang comme le Japon, dominé deux fois cet été puis de nouveau ce dimanche à Toulouse (35-17).

« On l’a vu avec la victoire de la Géorgie au pays de Galles [12-13, samedi], il y a toujours des surprises pendant les tournées de novembre, relève le centre Jonathan Danty. On ne voulait pas en faire partie. » Non, cette équipe n’est plus du genre à se faire accrocher par les Nippons comme lors du dernier match de l’ère Novès en novembre 2017 (23-23) ou à se faire taper par les Fidjiens un an plus tard, pendant le court mandat de Jacques Brunel (14-21).

Bien sûr, si elle se montre surpuissante devant, elle ne fait pas toujours rêver derrière. Et le jeu de dépossession systématique (les coups de pied a gogo, pour vulgariser) a parfois arraché des bâillements dimanche dans la grisaille haut-garonnaise, avant l’apparition de l’anticyclone Matthieu Jalibert. De là à regretter « les défaites encourageantes qui ne l’étaient pas », telles que les appelait Mathieu Lartot dans une récente interview à 20 Minutes…

Sciences et pragmatisme

Cette équipe gagne, que ce soit tranquillement comme contre les Brave Blossoms, ou de justesse comme face aux Wallabies ou aux Springboks. Et c’est l’essentiel pour le très scientifique et pragmatique staff de Fabien Galthié qui, cet automne, a souvent gardé les envolées lyriques pour ses discours aux journalistes.

Le record historique de 13 victoires d’affilée, série en cours ? « C’est le fruit du travail, depuis un certain nombre d’années, du staff, de tous les joueurs et des clubs qui accompagnent ces joueurs dans leur pratique, leur éducation, leur formation. Et c’est aussi celui du public qui pousse derrière nous. Il y a une sorte de dynamique derrière cette équipe qui lui permet de performer. »

Objectif Stade de France

A entendre Galthié, tout un peuple porte Antoine Dupont (suspendu face au Japon) et ses apôtres vers les portes du Paradis, censées s’ouvrir un soir de finale de Coupe du monde, le 28 octobre 2023 au Stade de France. « L’objectif est d’arriver [au Mondial] avec des victoires, un meilleur classement mondial, des titres, lance le sélectionneur. Pour le moment, on est en phase. Mais avant la Coupe du monde, il y a un Tournoi des VI Nations, des échéances en club et toute la préparation l’été prochain. »

« On sait que le plus dur reste à venir », assure Anthony Jelonch, auteur du quatrième essai face au Japon, après le doublé de la machine à marquer Damian Penaud et la réalisation de l’épatant revenant Charles Ollivon. La formule du 3e ligne toulousain n’est pas du simple prêt-à-mâcher livré à la presse dans la zone mixte du Stadium.

Avant de retrouver les Blacks en match d’ouverture de la Coupe du monde, les Bleus auront droit à des rendez-vous en terre connue, mais hostile, pendant le Tournoi : d’abord à Dublin contre l’Irlande, numéro 1 au classement de World Rugby (juste devant la France) et patrie du nouveau meilleur joueur du monde, le 3e ligne Josh van der Flier qui a détrôné ce dimanche notre Dupont national. Puis à Twickenham face à une Angleterre pas dans la meilleure forme de sa glorieuse histoire, mais capable de coups d’éclat, comme remonter 19 points à la Nouvelle Zélande en neuf minutes, samedi (25-25).

Si les blessures ne s’en mêlent pas trop, et si un nouvel ovni n’atterrit pas d’ici là à Marcoussis, les Bleus censés relever ces défis devraient beaucoup ressembler à ceux qui ont attaqué cet automne, même si certains postes peuvent prêter à discussion (arrière, ailier gauche, 3e ligne aile, 2e ligne).

Un jeu décrypté par les adversaires

Mais ils devront proposer la meilleure version d’eux-mêmes, offrir davantage de variété dans un jeu que leurs adversaires ont logiquement décrypté. Il faudra aussi gommer les scories, comme cette fâcheuse tendance à connaître un trou d’air en cours de partie. Face au Japon, il s’est manifesté au retour des vestiaires, et a débouché sur une superbe percée du centre Nakano convertie en essai par le demi de mêlée Saito.

« C’est difficile à analyser, avoue Ollivon, capitaine en l’absence de  »qui-vous-savez ». On l’a évoqué dans la semaine, et aussi les semaines précédentes. Il y a parfois de petites erreurs individuelles qui peuvent mettre l’équipe sur le reculoir. Je retiendrai qu’on a su repartir de l’avant. »

Galthié a la réponse à ce mal « identifié » par l’encadrement tricolore. « Il faut enchaîner les gestes justes, pour éviter les fins de temps forts et le début des temps faibles. On va travailler là-dessus. » La série d’invincibilité en cours délivre une confiance qui va sans doute faciliter le boulot. Sans servir de garantie : les Anglaises restaient sur 30 victoires de rang avant de perdre en finale de la Coupe du monde du rugby (34-31), le 12 novembre dernier contre la Nouvelle-Zélande.