XV de France: Alors ça y est, on tient l’équipe qui va relancer les Bleus pour de bon?

Louis Picamoles lors de France-Ecosse, le 12 février 2017 au Stade de France. — Christophe Ena/AP/SIPA

  • Le XV de France affronte l’Irlande lors de la 4e journée du Tournoi des VI Nations, dimanche. 
  • Le sélectionneur Jacques Brunel a annoncé ce mardi qu’il faisait confiance à la même équipe que celle qui a battu l’Ecosse lors de la dernière journée.
  • Avec neuf joueurs de moins de 25 ans parmi les titulaires, l’espoir d’un vrai renouveau chez les Bleus est là. 

Le petit jeu du matin, ce mardi à Marcoussis, pour passer le temps entre la conférence de presse de Jacques Brunel dès potron-minet et la venue des joueurs en début d’après-midi ? Retrouver la dernière fois qu’un sélectionneur du XV de France a aligné deux fois de suite la même équipe, joueurs sur le banc de touche compris, comme c’est le cas pour les Bleus entre le dernier match contre l’Ecosse et le prochain en Irlande. Moins fun qu’une belote, mais comme personne n’avait amené son jeu de cartes, il a fallu s’en contenter.

Autant vous décevoir tout de suite, on a lâché l’affaire après avoir remonté tous les matchs jusqu’en 2013. Des collègues plus opiniâtres avancent la date de 2012, même si l’annulation au dernier moment de l’un des deux matchs concernés (France-Irlande) fausse la donne. Bon, bref, ça fait une paye. Et on se demande si c’est un signe fort ou un fait anecdotique.

La jeunesse de cette équipe donne très envie de croire à la première option. Après avoir bricolé des semaines durant, Jacques Brunel a fait tapis contre l’Ecosse. Neuf joueurs de moins de 25 ans au coup d’envoi, avec notamment la charnière Dupont (22 ans)-Ntamack (19 ans) pour organiser la révolte. Il y a eu du déchet, mais aussi de la folie et du mouvement. Et surtout, la victoire au bout. Alors on remet les mêmes pour les deux derniers matchs, on prend de l’expérience, et on part rouler sur le monde dans sept mois au Jap… oups, pardon.

« Une bonne chose pour se construire »

Les choses ne sont pas aussi simples, évidemment. Rappelons que le contexte était très favorable. Déjà qu’elle ne fait plus peur à grand monde, l’Ecosse était venue à Paris à poil, décimée par les blessures. S’ils avaient joué l’Irlande à sa place, il y a quinze jours, pas sûr que tous ces jeunots auraient eu l’occasion de remettre ça. Mais le calendrier est ce qu’il est. A eux d’en profiter et de montrer ce qu’ils valent face à un adversaire autrement plus redoutable.

« On a fait un bon match contre l’Ecosse, maintenant c’est un gros rendez-vous qui nous attend, sait Arthur Iturria, qui fait partie à 24 ans des « vieux jeunes ». Mais ça ne sert à rien de parler de test. C’est simplement une bonne chose, pour se construire, de jouer contre de grandes équipes. On en a besoin. On est une équipe sans recul, on n’a pas assez de bonnes expériences derrière nous. Donc il faut sans cesse se répéter. L’objectif c’est de continuer à gagner, ou si ce n’est gagner, au moins que ça nous fasse avancer. »

Le troisième ligne de Clermont n’est pas fou. Il sait très bien que l’Irlande est archi-favorite, chez elle, dimanche. Et que ne pas prendre une rouste comme en Angleterre il y a un mois, en montrant du répondant à Sexton et ses petits camarades, serait déjà honorable. « On travaille avec un peu plus de certitudes depuis l’Ecosse, parce qu’on sait qu’on est capable de faire de belles choses ensemble, indique Felix Lambey. Mais il ne faudrait pas passer à côté de ce match-là. Pas après ce qui s’est passé en Angleterre. On aimerait bien enchaîner, enfin. »

Capitaliser sur les victoires

C’est vrai que ça fait longtemps que les Bleus n’ont plus enquillé deux ou trois matchs avec une qualité constante. « On n’a jamais su capitaliser sur nos victoires, regrette Jacques Brunel. C’est ce qui nous affaiblit. A partir du moment où on ne trouve pas cette confiance, on est sujet au doute. On l’a vu contre le pays de Galles, on n’a pas été en mesure de tenir le score parce qu’à un moment, le doute s’est installé. »

Charge aux jeunes de relever le défi, donc. A cinq jours de goûter à la pression de 50.000 Irlandais à l’Aviva Arena, ils n’ont pas l’air de trop s’en faire. « Pour ma première sélection, je suis entré à Twickenham devant 80.000 personnes, pose calmement l’arrière Thomas Ramos. J’imagine un contexte atypique, mais je préfère réfléchir à ce que j’ai à faire sur le terrain. Je ne crois pas que ce soit une bonne pression que de penser à ça. »

On en reparlera au 46e temps de jeu consécutif du XV du Trèfle au cœur de la première période, mais là, dans le calme de Marcoussis, on a envie de croire que ça va bien se passer. Malgré les désillusions, nos derniers sentiments pour ce XV de France, enfouis très loin, ne demandent qu’à remonter, portés par la nouvelle vague.

« Ce sera à nous, les plus anciens, de les aider, de les décharger de cette pression pour qu’ils arrivent le plus frais possible, qu’ils tentent, qu’ils jouent comme ils savent le faire », dit papy Bastareaud. Qui du haut de ses 10 ans en équipe de France tient à prévenir tout le monde, quand même : « C’est une bonne chose de travailler dans la continuité, c’est plus facile, mais je suis bien placé pour savoir que ça peut changer du jour au lendemain. Il ne faut pas trop s’enflammer. »