WWE: Comment le catch a-t-il effectué sa révolution féminine grâce aux lutteuses?

Ronda Rousey à la WWE — SIPA

  • Les catcheurs et catcheuses de la WWE seront ce mardi soir à l’AccorHotels Arena de Bercy.
  • Depuis quelques années, les femmes lutteuses prennent de plus en plus d’importance dans les shows de catch.

« BECKY ! BECKY ! BECKY ! », scandent les 80.000 spectateurs venus assister à Wrestlemania 35, plus grand événement annuel dans le monde du catch. La lutteuse irlandaise vient de remporter le « Main Event », autrement dit le combat le plus important et le plus attendu du show, et celui qui a l’honneur de finir la soirée. Au-delà de la victoire de la rouquine aux coups dévastateurs, le match est un évènement historique dans le sport-divertissement : pour la première fois, c’est un combat entre lutteuses qui a conclu Wrestlemania. Le paroxysme de la révolution féminine opérée dans le catch, et qui sera encore à l’honneur ce mardi soir à l’AccorHotels Arena de Bercy pour un show de la WWE (World Wrestling Entertainment), la plus grande fédération américaine de catch.

Il y a encore quelques années, imaginer les femmes squatter le haut de l’affiche de cette compagnie relevait de la fantaisie. Les combats féminins étaient plus vus comme la pause de la soirée, lorsqu’on allait chercher sa bière au frigo ou qu’on filait aux toilettes. Des combats mous, peu enivrants et aux enjeux assez faiblards, voire carrément ubuesques, style « La gagnante aura le droit de poser pour Playboy » (et oui, c’est dur à assumer en tant que fan de catch, mais cette période a bel et bien existé).

L’argent n’a pas de sexe

Depuis, Becky Lynch et consort se sont imposées à la WWE et leurs combats sont autant – si ce n’est plus – appréciés que ceux de leurs homologues XY. Alors, pourquoi un tel virage a été réalisé ? On est allé enquêter auprès de Philippe Chereau et Christophe Agius, commentateur de catch sur AB1 et madeleine de Proust pour tout adolescent des années 2000 ayant connu les soirées Raw et Smackdown. De suite, Philippe Chereau nous livre une première explication : « L’ambition de la WWE, c’est de devenir le Disney du catch, un produit pour toute la famille, afin de maximiser les revenus. Tu ne peux donc pas ignorer la fille, la mère, la grand-mère dans ton public, il leur faut à elles aussi des héroïnes à qui s’identifier, qui soient aussi intéressantes et captivantes que les hommes. »

Après la raison financière, place au ressort scénaristique. Si les années 1980 de guerre froide ont vu fleurir les catcheurs patriotiques contre les méchants étrangers, les années 2010 voient l’émergence d’un mouvement féminin revendiqué. Logique donc pour Christophe Agius que le catch se mette à la page : « C’était important pour la WWE de ne pas être à la traîne de ce côté-là. Elle se doit d’avoir un regard contemporain, surtout aux Etats-Unis où le sport féminin est très populaire, notamment grâce à l’équipe nationale de soccer, mais aussi en volley, en basket. »

Des combats de plus en plus titanesques

C’est d’ailleurs en engageant une ex-star du MMA, Ronda Rousey, que la WWE a passé la vitesse supérieure. La fédération a bien sûr son lot de stars formées par ses propres soins, Becky Lynch et Charlotte Flair en tête, mais la venue de Ronda Rousey a permis de mettre un sérieux coup de projecteur à la division féminine, notamment pour un public non-catchesque. Beaucoup plus médiatisé au vu de son passif, Ronda Rousey a fait passer aux lutteuses un palier que leur seul talent n’aurait pas permis.

Et celles-ci le rendent bien. Fini l’époque où dans les combats, les catcheuses se tiraient les cheveux. Place maintenant aux gros coups de genoux pleine face, à l’utilisation d’armes blanches dans la tronche et aux brisages de côtes. Les combats féminins impressionnent désormais par leurs violences, et la force brute est de plus en plus un des éléments scénaristiques du combat (oui, car pour les deux du fond qui ne suivent pas, tout est scénarisé et chorégraphié dans le catch). Les catcheuses de la WWE étaient officiellement nommées des « Divas », désormais elles sont des lutteuses et des « superstars », là aussi comme les hommes.

Biberonnée au catch

Des performances sportives rendues possibles grâce à la passion qui anime les lutteuses, beaucoup plus intéressées par ce qu’il se passe sur le ring qu’auparavant, comme le précise Christophe Agius : « Il y a actuellement une génération de lutteuses qui sont réellement fans de catch, biberonnées par les shows des années 1990 [époque où le catch était le plus populaire]. Elles rejoignent la fédération avec de réels objectifs catchesques et une énorme passion, là où les lutteuses d’il y a dix ans venaient plus dans le seul but d’être vue…. C’était soit la téléréalité, soit le catch pour elles. »

Son partenaire commentateur apporte une nuance : « Il y avait déjà quelques femmes qui avaient largement les capacités physiques pour livrer de gros matchs, seulement à l’époque, la WWE ne les laissait pas s’exprimer, ou ne leur en donnait pas l’occasion. »

Ecrire les nouvelles pages du sport-divertissement

Cette période où les catcheuses étaient bridées semble bien loin. Désormais, la compagnie les forme et les accompagne, notamment dans sa division NXT, sorte de petite ligue pour faire ses armes avant de rentrer dans le grand bain. Moins de limites, plus de patience, les résultats sont vite là. « Forcément, quand on prend le temps de former les lutteuses, qu’on leur donne les moyens et la liberté de s’exprimer, cela paie », appuie Philippe Chereau.

Le tournoi de catch organisé pour la première fois par la WWE en Arabie Saoudite ne s'est pas passé comme prévu. Le tournoi de catch organisé pour la première fois par la WWE en Arabie Saoudite ne s’est pas passé comme prévu. – Amr Nabil

Au point donc de voir Becky Lynch conclure un Wrestlemania. Hasard ou non, la trame scénaristique de l’Irlandaise est presque une allégorie de l’histoire des lutteuses depuis quelques années. Jadis la meilleure amie un peu insignifiante et girl next door de la numéro 1 de la compagnie, Charlotte Flair, Becky Lynch pète soudainement les plombs après la défaite de trop, tabasse Charlotte, et réclame plus de considérations et de chances de toucher au titre. Elle se définit comme étant désormais la figure de la compagnie, homme et femme confondue, la tête d’affiche numéro 1 et savate tout le monde depuis plusieurs mois.

Des superstars de la WWE Des superstars de la WWE – SIPA

Faut-il pourtant craindre que cette révolution féminine ne soit que passagère et que les catcheuses retournent vite dans l’ombre ? Philippe Chereau n’y croit pas du tout : « Je ne vois aucune raison que la WWE fasse ça. En plus, chez les hommes, on a déjà tout vu, tout fait, tout testé. C’est désormais aux femmes d’écrire les nouvelles pages de l’histoire de ce show, de faire de nouvelles choses, d’amener des choses qu’on n’aura jamais vues auparavant. » La scène est à vous, mesdames.

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