William Klein, révolutionnaire de la photographie, est mort à 96 ans

Il restera comme une influence majeure pour de nombreux photographes. L’américain William Klein, qui s’est imposé dans la photographie de mode mais aussi urbaine, est décédé « paisiblement » samedi soir à Paris à 96 ans, a annoncé lundi son fils.

Il a révolutionné la photographie par ses images coup de poing traduisant la fébrilité et la violence des villes, au cours d’une longue carrière. « Conformément à sa volonté, les obsèques se dérouleront dans la plus stricte intimité », a précisé son fils, Pierre Klein, indiquant qu’un hommage public lui serait rendu ultérieurement.

Un « danseur et boxeur de la photographie »

« William souffrait des tracas et complications liés au grand âge qui s’attaquent au corps, à la mobilité, sans gagner l’esprit qui, chez lui, presque jusqu’au bout, est resté lucide », souligne Alain Genestar, le directeur de la revue spécialisée et de la galerie Polka, dans un éditorial en ligne. « Malgré l’épuisement qui le gagnait, il est mort aux commandes », poursuit l’ancien directeur de la rédaction de Paris Match, au sujet de celui qu’il qualifie de « danseur et boxeur de la photographie ».

Photographe mais aussi peintre, documentariste et graphiste, William Klein est considéré comme l’un des artistes les plus influents du XXe siècle. Il s’est éteint alors que s’achève une exposition rétrospective de son œuvre à l’International Center of Photography de New York. « C’était un visionnaire à tous points de vue, qui faisait fi des codes sociaux et artistiques de son époque pour se frayer un chemin singulier tant dans son travail commercial que dans ses projets personnels, et sur tous les supports », écrit ainsi le musée sur son site. « Innovateur et intransigeant, il a ouvert d’innombrables portes aux créateurs d’images ».

De même, la maison européenne de la photographie déplore la disparition d’un « des noms fondateurs » de sa collection, « référence pour de nombreux artistes ». L’Académie des Beaux-Arts, qui a créé un prix en son nom en 2019, tient également à honorer un homme dont l’œuvre « a marqué l’histoire de la photographie ».

Premier appareil au poker

Né le 19 avril 1926 à New York, il avait découvert l’Europe en faisant son service militaire. Démobilisé à Paris en 1946, William Klein se consacre alors à la peinture, après avoir étudié auprès de Fernand Léger. Il vivait en France depuis sa rencontre avec sa future épouse Jeanne Florin, modèle et peintre, avec qui il partagea sa vie jusqu’à sa disparition en 2005.

Celui qui a gagné son premier appareil photo au poker avant de taper dans l’œil de Vogue compte aussi plusieurs longs-métrages à son actif et plus de 250 films publicitaires. Parmi ses célèbres clichés, il y a notamment la pochette de l’album de Serge Gainsbourg Love on the beat en 1984, où le chanteur apparaît en travesti. « Son champ de création était vaste et multiple », avec pour seule devise « No rules, no limits » (pas de règles, pas de limites), résume Alain Genestar, qui l’appelle « l’artiste du chaos ».