« Wap konn Jòj »… Vous avez partagé avec nous vos expressions créoles préférées

On trouve de nombreuses langues créoles dans les territoires d’outre-mer — Don Klein/SUPERSTOCK/SIPA

  • Le 28 octobre est la Journée internationale des langues et des cultures créoles.
  • Nous avons demandé à nos internautes de nous envoyer leurs proverbes préférés et en avons reçu des dizaines.

Des images parfois… Surprenantes. A la lecture de vos expressions et proverbes créoles préférés, on a tantôt souri, tantôt dû se creuser les méninges pour trouver leur signification. A l’occasion de la journée internationale des langues et des cultures créoles, on vous propose une petite sélection de « bon mots » qui témoigne de leurs richesses.

Parmi les multiples dictons que vous nous avez envoyés, certains sont « évidents » ou ont des équivalents à des proverbes qui sont familiers à chacun. Ainsi, vous serez ravis d’apprendre que « Sé lè chyen Fen… I ka ritounen lakay mèt li », qui signifie que lorsque « le chien a faim, il rentre chez son maître ». Concrètement, comme l’explique Florent, Martiniquais à qui l’on doit ce bon mot : « C’est souvent l’intérêt qui guide les actions. » Vous ne l’aviez pas ? Essayons celle d’Agathe : « Kalbass amèr i suiv la racine ». Toujours pas ? Il faut y voir une référence à la calebasse, cette cucurbitacée qui pousse, notamment, en Martinique, et un synonyme du fameux « Tel (le) père (mère) tel (le) fils (fille). » L’avantage ? L’expression fonctionne, peu importe le genre.

Un proverbe martiniquais, encore, avec Christiane qui met en garde : « Ti poul suiv ti kanna mò néyé » ou « les poussins ont suivi les canetons, ils sont morts noyés »… Une invitation à ne pas suivre bêtement les opinions des autres. On reste dans les gallinacés avec une expression qui revient dans plusieurs créoles : « Ravet’ pa janmen ni rézon douvan poul’ », qui signifie que « le cafard n’a jamais raison devant la poule » et illustre la loi du plus fort.

De Haïti à la Guyane

Petit tour en Haïti – dont le créole est la langue officielle – avec Aurore, pour terminer : « Lavé men, siyé l até ». Cela signifie : « Se laver les mains et les essuyer au sol ». On l’utilise pour tout travail qui s’avère vain, évidemment ! Si les précédents étaient relativement aisés à comprendre, ceux-ci sont un peu plus compliqués si vous ne connaissez pas la culture créole qui s’y réfère. Vanessa nous explique le « Wap konn Jòj » haïtien. Bien nécessaire puisque cela veut dire, littéralement « tu vas apprendre à connaître George » : « Il est en réalité utilisé pour nous empêcher de commettre une bêtise ou nous préparer aux futures conséquences de nos actes. » On y voit plus clair. Le proverbe martiniquais préféré de Marie est, lui aussi, quelque peu alambiqué : « Tchimbé rèd pa moli, sé moli a ki rèd ». C’est-à-dire ? « Il y a un jeu de mots entre mou (moli) et rèd qui signifie se tenir droit dans l’adversité. Traduction littérale : « Tiens bon, ne faiblit pas, ce qui est dur c’est de faiblir ». » Dans la catégorie des dictons compliqués, on termine avec celui de Marie Roberte venu de Guyane française : « Piké wèy, nen koulé » qui peut se traduire par « quand on pique les yeux le nez coule ». Une image pour dire que si l’on fait du tort à l’enfant, cela heurte sa mère.

De la poésie

De la sagesse, de l’humour… Les langues créoles font également la part belle à la poésie. Le proverbe préféré de Christelle, Guadeloupéenne ? « Sa ki la pou-w, dlo pa ka chayé-y », qui signifie « ce qui est là pour toi, l’eau ne l’emporte pas. » Dans la même veine, on peut aussi trouver le très beau : « Sa zié pa vwè, tchè pa ka sipoté. » Qui veut dire : « ce que les yeux n’ont pas vu, le cœur n’aura pas à le supporter ».

En créole guyannais, on a également « Anba latè pa gen chouval bwa », soit « dans le tombeau, il n’y a pas de manège ». On ne va pas se mentir, si cette expression qui nous a été envoyée par Jean-Maurice a la même signification que « carpe diem », elle a une toute autre saveur.

Merci à vous pour toutes ces contributions, et comme on dit en créole guadeloupéen : « Adan dòt solèy ! »

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