Voyager loin en polluant moins, comme Greta Thunberg, c’est vraiment possible?

Greta Thunberg a pris la mer direction New York, mercredi 14 août. — Kirsty Wigglesworth/AP/SIPA

  • Pour répondre à l’invitation de l’ONU à New York alors qu’elle ne prend jamais l’avion, l’activiste écologiste Greta Thunberg a décidé de prendre un voilier pour faire le voyage.
  • Alors que les trajets en avion sont parmi les plus polluants, les alternatives pour voyager loin sont encore très peu nombreuses et les rares qui existent creusent encore un peu plus les inégalités.

Greta Thunberg est invitée pour un sommet sur le climat de l’ONU organisé à New York. Problème : Greta Thunberg ne prend pas l’avion. Solution : Greta Thunberg y va en bateau à voile. Vu comme ça, la vie écolo et sobre en carbone, c’est simple. Pour le commun des mortels, si on a envie de voyager loin sans polluer, c’est plus souvent la croix et la bannière. Il faut dire que la jeune défenseuse de l’environnement profite pour son voyage du parrainage de la famille princière de Monaco, rien que ça, qui est propriétaire du Malizia II. Un bateau au luxe loin d’être princier : un seau en plastique fait office de toilettes et pour la douche, il faudra attendre New York, soit deux semaines.

Tout le monde n’a pas cette chance. Greta Thunberg « cherche des alternatives à l’avion et peu de gens cherchent à ce point-là des alternatives », explique Anne Lassman-Trappier, référente mobilité à France Nature Environnement. La militante rappelle que le seul secteur du transport aéronautique est responsable de 5 % de l’effet de serre qui provoque le réchauffement climatique. « Il y a les émissions directes, mais on sait aujourd’hui que la chaleur dégagée par les traînées de vapeur a aussi un effet sur le climat. »

Sur le continent, ça reste très jouable

Quand on reste sur le continent, voyager loin reste encore quelque chose d’à peu près aisé. Et Greta Thunberg, justement, qui ne prend jamais l’avion, a plutôt bien réussi depuis près d’un an qu’elle est de toutes les grèves scolaires pour le climat. « On arrive à faire pas mal de choses par le train si on est motivé. Ça fait longtemps qu’on le dit, on fait des voyages en train qui durent la journée ou un jour et demi. C’est confortable en plus, on peut travailler », décrit Anne Lassman-Trappier.

La Grèce, par exemple, peut être une destination de moyenne distance tout à fait accessible en train. D’accord, mais si vraiment l’objectif c’est l’Amérique ? L’option de Greta Thunberg est-elle vraiment crédible à plus grande échelle ? « Cette possibilité-là ne se trouve pas vraiment dans le commerce », reconnaît l’activiste de France Nature Environnement. Ce n’est pourtant pas tout à fait impossible.

Partager des bateaux

Certains navigateurs, comme Hugo de Pavant, dans une interview au blog de « slow tourisme » Atelier bucolique, parlent de leur pratique du « bateau-stop » ou du « cobaturage ». Le plus souvent ça se passe de gré à gré, à une échelle réduite. Pour New York ou l’Amérique en général on peut aussi embarquer sur un cargo. Ce n’est pas exactement un moyen de transport « zéro carbone » mais les voyageurs et voyageuses viennent là se greffer à un voyage de toute façon déjà prévu.

Les armateurs « ont compris qu’il y avait un marché », estime Anne Lassman-Trapier. « Il y a beaucoup de destinations possibles : New York, Rio… Ça prend du temps mais c’est faisable. C’est une sorte de co-navigation. » Et on n’a pas besoin de beaucoup chercher sur Internet pour effectivement trouver des traversées de tout type. Il faudra tout de même débourser 100 à 200 euros la nuit. Pour un voyage de huit jours vers la Grosse pomme, treize ou quatorze vers les Antilles. Le temps, c’est de l’argent.

Créer des vocations

« C’est sûr que c’est du luxe de prendre son temps », juge Romain Vallon, du site voygeons-autrement.com qui, depuis douze ans, met en lumière des initiatives pour un tourisme plus durable. Mais il estime que prendre son temps peut être une bonne chose : « Là, je suis sur le chemin de Compostelle, je peux prendre du temps pour moi, pour réfléchir. » Si on veut voyager loin, Romain Vallon conseille d’ailleurs de rester longtemps sur place, un mois au moins, pour « atténuer » la consommation d’énergie du voyage. Mais, « il faut avoir le temps, c’est un investissement », reconnaît aussi la militante de France Nature Environnement. Voyager, écolo ou pas, c’est donc encore pour longtemps un truc de gens qui ont plutôt les moyens.

La meilleure option pour moins consommer d’énergie, aujourd’hui, reste donc de limiter ses déplacements. Anne Lassman-Trappier espère tout de même que « la réflexion de Greta Thunberg pourra déclencher quelque chose, il y aura peut être des offres alternatives dans quelques années ». Romain Vallon est encore plus optimiste : « Il y a douze ans, nos interlocuteurs, c’étaient surtout des militants. Aujourd’hui pas une agence de voyages, pas un territoire qui cherche à développer le tourisme n’y réfléchit pas. » Le fondateur de voyageons-autrement.com, qui revendique une attitude bienveillante avec des acteurs du tourisme, espère « qu’ils prennent confiance pour avoir envie d’en faire plus ».

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