« Vous n’aurez pas ma haine » : Comment Pierre Deladonchamps est devenu Antoine Leiris, veuf du Bataclan

Sa prestation est si forte dans Vous n’aurez pas ma haine de Kilian Riedhof que Pierre Deladonchamps fait totalement oublier qu’il n’est pas le vrai protagoniste de cette histoire. L’acteur, vu récemment dans l’excellent Reprise en main de Gilles Perret, confirme aussi la solidité de ses choix en incarnant Antoine Leiris, journaliste dont la compagne a été tuée au Bataclan le 13 novembre 2015.

« J’ai essayé d’être à la hauteur de la grandeur cet homme. J’avais été impressionné par son intelligence émotionnelle dans ses interventions tout de suite après les attentats », reconnaît Pierre Deladonchamps. Le message bouleversant d’Antoine Leiris dans lequel il contrebalance la sauvagerie des terroristes par son amour pour son épouse disparue et son jeune fils, comme ses livres Vous n’aurez pas ma haine (2016) et La Vie après (2019), ont nourri la performance de l’acteur.

Un homme qui ne cède pas à la colère

« Il concentre le peu d’énergie qui lui reste pour s’occuper de son fils de 17 mois et lui donner de la joie, mais il a aussi des moments où il craque, explique Pierre Deladonchamps. On ne peut pas vivre une pareille tragédie sans vaciller. » Le récit n’angélise en rien cet homme brisé tentant de composer avec une perte inacceptable. Sa relation avec son fils est montrée de façon très juste tant dans sa tendresse que dans les instants où il perd patience face à son bambin turbulent.

Ce portrait d’un homme qui refuse de céder à la colère se révèle déchirant, mais la puissance de caractère dont il fait montre face à l’horreur est apaisante. Le spectateur partage sa peine sans que la réalisation n’insiste de façon gênante sur les manifestations de sa douleur. « J’ai été en contact avec Antoine Leiris : il a vu le film en projection privée et il en a été content, précise Pierre Deladonchamps. Je ne peux imaginer ce qu’il a ressenti en revivant tout cela alors qu’il avait essayé d’exorciser sa peine dans ses livres. »

Une grande noblesse politique

La générosité et le courage d’Antoine Leiris apparaissent dans ce biopic d’une grande humanité qui donne envie de serrer le journaliste et son fils dans ses bras. « Antoine ne s’est pas arrêté à sa personne, martèle Pierre Deladonchamps. Il s’est élevé pour parler aux gens, pour panser leurs plaies avant de panser les siennes, ce qui est d’une grande noblesse politique. » Celle que l’on retrouve dans Vous n’aurez pas ma haine, premier film particulièrement pudique et digne.