Voitures, vélos, scooters, trottinettes, piétons… Tout le monde enfreint le Code de la route

Ambiance tendue, ce lundi matin, à la machine à café. Damien, qui vient de se garer au parking, fulmine : « Non mais, sérieux, ce gros c… en trottinette qui zigzaguait au milieu de la route… ». La trottinette, c’est justement ce qu’a pris Justine pour venir au bureau. « Attends, je t’arrête, là, rétorque-t-elle. Le pire, c’est les gens à vélo qui ont oublié qu’il y a des feux rouges ». Fabien, casque encore sur la tête, embraye : « Ouhhh la la, doucement… Et les tarés en scoot qui t’écrasent dès que le feu est vert, on en parle ? »….

Qui a tort ? Qui a raison ? Tout le monde, et personne. C’est le principal enseignement d’un sondage OpinionWay pour MMA sur les modes de déplacement des Français et leurs conséquences * que nous dévoilons en exclusivité : sur le bitume, les torts sont (vraiment) partagés.

A chacun ses « prédateurs »

Une précision avant de démarrer : il ne faut pas considérer les automobilistes, les cyclistes, les piétons, les trottinettistes et les motards comme des profils cloisonnés. Car oui, les transports, ça bouge. Les Français utilisent en moyenne 2,2 modes différents pour leurs déplacements réguliers, nous dit ce sondage. Et même trois ou plus pour un tiers d’entre eux. Le cycliste du lundi pourra donc être le trottinettiste du mardi et le piéton de mercredi.

Au moment de rentrer dans l’arène, chacun a alors ses « prédateurs en tête ». Les piétons craignent par exemple particulièrement les trottinettes et les vélos sur les trottoirs, les conducteurs inattentifs et l’état des trottoirs. Pour un cycliste, le trio à surveiller sera davantage les voitures – les autres usagers qui doublent – le partage des voies. De manière générale, trois « dangers » émergent pour tous les usagers : la voiture (le transport le plus imposant), les personnes qui doublent et/ou changent de file, et le fait de partager la chaussée.

« Personne n’est irréprochable »

Et ils ont raison de se méfier, car sur la route,  « personne n’est irréprochable, qu’importe le moyen de transport, note Cécile Lechère, chargée de la prévention routière pour MMA. On se dit toujours que le danger vient des autres, mais en réalité, c’est vrai pour tout le monde. »

Au moins 86 % des personnes interrogées disent « faire attention » sur la route. Mais les piétons sont-ils exemplaires ? Non : 79 % d’entre eux traversent en dehors des passages cloutés, et 35 % ne lèvent pas le nez en s’engageant. Les cyclistes ? Près d’un sur deux change de file sans prévenir, ou grille les feux. Pas mieux pour les motards et les automobilistes, qui sont 61 % et 71 % à dépasser les limitations de vitesse. Enfin, à trottinette, c’est un pot-pourri : environ la moitié des usagers va trop vite, slalome, ignore les feux et les piétons, ou a son téléphone en main en conduisant…

Une question de méconnaissance

Faut-il alors désigner les utilisateurs de trottinette, gyropodes et autres nouveaux venus sur la route comme les bonnets d’âne du peloton ? Pas nécessairement, tempère Cécile Lechère. Car selon elle, « les comportements dangereux ne sont pas forcément effectués sciemment et peuvent être dus à une méconnaissance des règles. Si l’on se met par exemple à la trottinette sans avoir de permis de conduire, on n’a pas toutes les clés. »

Idem pour le vélo, qui déverse ses adeptes en masse chaque matin. « Ce n’est pas pareil de faire une balade à vélo en forêt, le dimanche, que d’aller avec au bureau le lundi matin, à l’heure de pointe, sous la pluie ». Mais un automobiliste expérimenté peut aussi se tromper : 49 % des Français ignorent que les vélos peuvent être autorisés à circuler dans le sens inverse de la circulation (bon à savoir avant de hurler sur le prochain qui passe).

Au final, qu’importe le nombre de roues qu’on a, moteur ou pas, « le secret, c’est la bienveillance et le respect du Code de la route », conclut Cécile Lechère. L’enfer, ce n’est donc pas que les autres. Pas sûr que ça détende l’atmosphère à la machine à café.