Viva Technology: Retour d’expérience et conseils d’un entrepreneur français avant de se lancer dans la tech

Le salon Viva Tech, qui s’est tenu cette semaine à Paris, ouvre ses portes au public ce samedi 18 juin* afin de se faire une idée des innovations de la tech de demain. A cette occasion, « 20 Minutes » s’est interrogé sur les différentes étapes qui pouvaient attendre un entrepreneur français désireux de développer un projet dans ce domaine. Exemple, avec François Hisquin cofondateur de Bugali. Son projet : celui d’un livre augmenté qui veut redonner le goût de la lecture aux enfants. Et donc, paradoxalement, les sortir de leurs écrans

« Bugali est une console sur laquelle on pose des livres. Elle les rend tactiles et sonores », explique François Hisquin. Pour lui et son associée Emmanuelle Duze, le principe était de trouver une solution d’éveil pour les enfants, qui ne soit pas à base d’écran. « Deux heures passées par jour sur un écran en France pour un enfant de 2 ans, c’est surréaliste ! », s’emporte l’ingénieur de formation.

Emmanuelle Duze et François Hisquin, co-fondateurs de Bugali.
Emmanuelle Duze et François Hisquin, co-fondateurs de Bugali. – BUGALI

« Bugali raconte des histories, mais la différence avec les conteuses numériques est qu’il y a un vrai livre papier, que l’on va utiliser comme la télécommande de l’histoire », ajoute François Hisquin. Ainsi a-t-il développé en partenariat avec des maisons d’édition comme Fleurus des livres spécifiques. De 32 pages, ils se posent sur une console qui va détecter les mouvements du doigt de l’enfant sur la page et déclencher des jeux, des comptines, des histoires…

Le Covid-19, premier obstacle…

Belle idée. Mais idée compliquée à mettre en œuvre. A commencer par un petit imprévu. « Le projet a démarré en septembre 2019. Quand on se lance dans ce type d’aventure avec du hardware et que l’on doit bosser à distance, confiné, ce n’est pas facile… », confesse l’ex-ingénieur qui a pris de front les contraintes du Coronavirus. Mais François Hisquin se donne néanmoins deux ans pour parvenir à ses fins.

Très tôt, se posent des questions de hardware pour sa console et ses bouquins : détecter la présence d’un livre et le lire ; détecter la page à laquelle l’enfant se trouve ; détecter toutes les interactions faites avec doigt ; créer un « moteur » qui va lancer les actions ; implémenter dans les livres une antenne RFID pour qu’ils soient repérés, etc.

Cherchez (et trouvez) les experts

Face à cette feuille de route, François Hisquin se heurte alors à deux autres types de difficultés. La première est humaine. « Il fallait trouver les bons experts. Il n’y a pas pléthore en France. J’ai recruté quelques personnes en interne et travaillé avec Kickmaker. Présente sur Viva Tech, Kickmaker est une agence d’industrialisation qui a déjà participé à de nombreux projets tech en France, comme celui de la conteuse numérique Lunii. « On fait beaucoup de pédagogie auprès de nos clients. On leur explique les technos employées. Ensuite, ils sont soit prêts à commercialiser, soit prêts à innover sur une V2 », relate Alysée Flaut, directrice communication chez Kickmaker.

« Venant du service (il avait fondé le cabinet de conseil OCTO Technology qu’il a revendu à Accenture), j’étais un peu le puceau du hardware. Il fallait en apprendre le vocabulaire, c’était vraiment une découverte », ajoute François Hisquin. Qui se heurta dans un second temps aux difficultés financières du projet Bugali.

Avoir déjà fait ses preuves sur le marché

« Lorsque l’on cherche du financement assez traditionnel, on nous dit : « revenez nous voir lorsque vous aurez une preuve de marché ». Or, cette preuve impose d’avoir déjà conçu fabriqué… et vendu ! Ce qui peut faire crever un projet, c’est la difficulté à le financer. Une bonne idée ne suffit pas », regrette François Hisquin. Passé le premier million d’euros auto financé, lui et son associée parviennent à lever trois autres millions. « Il y a des phases difficiles ou l’on cherche de l’argent sans le trouver, ou l’on part sur une solution techno qui ne fonctionne pas. Avoir un peu d’expérience permet de voir les choses sereinement et continuer ».

La tablette Bugali veut recréer le lien des enfants au livre papier.
La tablette Bugali veut recréer le lien des enfants au livre papier. – BUGALI

Le coût du Made in France

Après le prototypage avec des parties mécaniques réalisées en impression 3D, après des cartes électroniques en microséries commandées en Chine («quasiment personne en France peut le faire, sinon à vingt fois le prix ! », déplore François Hisquin) ; après développement software en interne, celui du firmware qui fait tourner la console, et le testing, la tablette Bugali sera en phase d’industrialisation mi-juillet 2022. Gagné ?

« On a choisi pour bon nombre de raisons de fabriquer en France et là, on commence à se heurter à tous types de problèmes… », constate l’entrepreneur. Si les composants de Bugali et son moule (facturé 60.000 euros au bas mot) seront fabriqués en Asie, l’injection et l’assemblage seront réalisés en France plutôt qu’en Chine. Mais avec à la clé, un produit 15 % plus cher.

« On a donc décidé de s’asseoir sur nos marges sur la partie fabrication », note François Husquin dont l’objectif est de sortir son produit en mars 2023 autour de 100 euros. Le prix des livres sera pour sa part à 14,50 euros. « C’est un modèle très Nespresso ! », s’amuse l’entrepreneur. Qui, au final, se veut rassurant : « Quand on se lance dans un projet hardware en France, on rencontre plein de difficultés, mais ce n’est pas une raison pour se décourager. Il y a quand même quelques success stories qui en témoignent ! ».

* Paris, Portes de Versailles (15e), de 9 h à 18 h, Hall 1.