Violences sexistes et sexuelles : « Ça va bien se passer », des prix ironiques pour piquer au vif les hommes politiques

Depuis la campagne des élections législatives, et peut-être plus encore depuis la rentrée, la question des violences sexistes et sexuelles (VSS) en politique est partout. Et pour cause : les violences sexistes et sexuelles sont partout, y compris en politique. Pourtant, un an après le lancement du mouvement #MeTooPolitique, rien ne semble avancer. Pour « célébrer » cet anniversaire, l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique, créé lui aussi il y a un an, organise ce vendredi soir une remise de prix, les prix « Ça va bien se passer ». Elle sera diffusée en direct, à partir de 20 heures, sur le site de La Déferlante, et sera accessible en langue des signes.

La phrase vous rappelle peut-être celle prononcée par Gérald Darmanin, il y a quelques mois, face à la journaliste de BFMTV Apolline de Malherbe. Ce n’est pas un hasard. L’idée ? Récompenser – ironiquement, on l’aura compris – les hommes politiques « qui ont su faire œuvre d’imagination et de créativité pour pouvoir s’en sortir, aider les autres et rétablir de toutes leurs forces l’image de leur virilité que l’on cherche injustement à écorner », explique, sourire en coin, l’Observatoire.

Sept prix, 31 nommés

31 hommes, tous partis confondus, sont nommés dans 7 catégories. Parmi elles, « Toutes des hystériques », qui « distingue le sexisme ordinaire des hommes politiques, qui ont le courage de ne pas céder face à la parité, aux discours d’égalité ». Ou bien « Petit ange parti trop tôt », qui « distingue les hommes politiques dont le talent n’a pu pleinement se déployer du fait de cabales néoféministes ». Ou encore le « Meilleur espoir », qui distingue celui qui s’en est le mieux sorti… Alice Coffin, conseillère EELV de Paris et membre de l’Observatoire des VSS en politique, a une tendresse particulière pour le prix du « Parrain » qui illustre bien selon elle « le côté systémique du problème. Les viols, les agressions… Tout cela ne pourrait prospérer s’il n’y avait pas des protecteurs ». Les catégories sont moins ciblées sur les actes que sur le système de protection des mis en cause.

« Ça va bien se passer », c’est aussi L’occasion, d’après Mathilde Viot, ancienne collaboratrice parlementaire et membre de l’Observatoire, de revenir sur « une année où il s’est passé beaucoup de choses » sur le front des VSS en politique. Beaucoup de choses « qu’on veut donner à voir ». Les prix s’inspirent notamment des « Y’a bon awards », organisés il y a quelques années dans le but de récompenser, là aussi ironiquement, les propos racistes de personnalités médiatiques ou politiques. Autre inspiration : les actions du groupe féministe « La Barbe », où l’on trouvait déjà Alice Coffin, et qui venait « féliciter » les évènements où l’on ne trouvait que des hommes au programme. Le ton choisi – humour et ironie – peut néanmoins étonner compte tenu de la gravité du sujet.

« L’ironie féministe n’est jamais très loin de la colère »

« On a toute eu une réflexion à ce sujet-là, précise Alice Coffin. Ce ne sera pas une bouffonnerie, l’approche est d’abord journalistique : on ne parle que de ce qui est documenté, sourcé, rendu public. » Et les victimes seront toujours au centre des discours, assure Mathilde Viot, revendiquant le choix d’investir un terrain souvent dénié aux féministes. « L’ironie féministe n’est jamais très loin de la colère, décrit la conseillère de Paris. Tourner en dérision participe à la stratégie du courage. » Afin de piquer au vif des hommes politiques « toujours très sûrs de leurs compétences, très sérieux, et qui n’ont pas l’habitude d’être mis en défaut alors qu’eux produisent très souvent un humour de mauvais goût sur les femmes », décrit Mathilde Viot.

Ce ton choisi dit aussi toute la difficulté des féministes, qui doivent trouver des trésors d’ingéniosité, pour alerter l’opinion publique sur les VSS, notamment en politique. « Il faut toujours venir étonner pour que les gens s’intéressent au sujet », croit Mathilde Viot. Pour Alice Coffin, c’est une énième manière d’établir un rapport de force : « Malgré l’accumulation des enquêtes journalistiques, l’ampleur des manifestations, rien ne bouge. Ce n’est toujours pas assez impressionnant, au sens propre du terme, pour les hommes politiques. » Il s’agit donc de braver le Boys Club des hommes politiques sur ses terres, sous les ors de la République. Les organisatrices ont ainsi expressément cherché à ce que la soirée se déroule dans un lieu officiel. En l’occurrence une mairie, celle du 12e arrondissement de Paris.

Un risque pour braver

Malgré le ton décalé de la soirée à venir, les organisatrices affirment n’avoir eu aucun mal à convaincre les participantes. « Ça nous a même étonnées ! », reconnaît Mathilde Viot. Hélène Devinck, scénariste, une de celles qui ont témoigné dans l’affaire Patrick Poivre d’Arvor, les journalistes Dolores Bakela et Enora Malagré, la comédienne Corinne Masiero seront notamment présentes pour remettre des prix.

Plus surprenant : l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique a réussi à convaincre la secrétaire d’Etat belge à l’Egalité des chances, Sarah Schlitz, de venir remettre un prix. La soirée sera présentée notamment par Audrey Pulvar, conseillère de Paris. Elles prennent toutes un sacré risque. « On sait ce qui va nous arriver, et il y a déjà des mesures de rétorsion, affirme Alice Coffin. Mais c’est pour ça que c’était important d’avoir des élues sur scène, pour dire aux hommes politiques qu’on n’a pas peur. Qu’il y a des femmes qui peuvent venir les braver, pour toutes celles qui ne peuvent pas prendre la parole. » La sororité en actes, en somme.